Panama Papers : " C’est le coeur même du capitalisme ", rappelle Eva Joly

, par  DMigneau , popularité : 28%

Panama Papers : " C’est le cœur même du capitalisme ", rappelle Eva Joly

Interrogée ce mardi 5 avril sur France Info au lendemain des premières révélations des “ Panama Papers ” sur les pratiques offshore de personnalités du monde entier dans les paradis fiscaux, l’ancienne juge écologiste Eva Joly a dénoncé le scandale démocratique du secret fiscal.

Sipa

A 72 ans, l’ancienne juge spécialiste des dossiers politico-financiers n’est pas surprise par les “ Panama Papers ”. Invitée ce mardi 5 avril de France Info, Eva Joly a réagi aux fuites massives qui permettent cette semaine au “ Monde ” de révéler les pratiques offshore de milliers de personnalités du monde entier : “ (On n’est) pas vraiment surpris, nous savions bien que le Panama était l’un des paradis fiscaux les plus opaques.

Ce n’est pas un accident, c’est consubstantiel au système. C’est le cœur même du capitalisme. C’est pour ça que c’est si difficile de le combattre ”, a rappelé l’ancienne candidate écologiste à la présidentielle avant d’appeler à “ mettre fin à ce scandale démocratique que constitue la possibilité de se cacher via des structures opaques. ”

" La culture du secret fiscal est antidémocratique "

Alors que de plus en plus de personnalités citées dans ce scandale arguent de leur bonne foi, Eva Joly a par ailleurs fait cette mise au point : “ On entend souvent que c’est légal, que ce n’est pas interdit d’ouvrir une société au Panama. Je veux faire référence à une grande enquête qui avait été produite au Sénat américain au début des années 2000 (...) où ils constatent que 98 % des sociétés ouvertes offshore n’ont pas un objectif légitime. Lorsqu’on ouvre une société au Panama, c’est qu’on a quelque chose à cacher ”.

Concernant les manifestations massives en Islande où la classe politique au gouvernement est épinglée par les “ Panama Papers ”, Eva Joly a salué la réaction des citoyens islandais : “ Dans ce pays qui a beaucoup souffert de la crise de 2008 (où) les salaires ont été réduits de 10 % (...), voir leur Premier ministre, leur ministre des Finances et leur ministre de l’Intérieur avoir des comptes dans des sociétés au Panama, c’est totalement insupportable et les Islandais. Je leur fais confiance, vont se débarrasser de ce gouvernement qui les a trahis.

Eva Joly salue également l’annonce d’enquêtes en France : “ C’est exactement ça qu’il faut faire, il faut sortir du secret (...) faire un pool de juges d’instruction (...) et qu’on se lance réellement concernant les 1 000 Français ”.

Quant à rendre publics les noms des personnalités impliquées, elle en défend l’idée : “ En France, la culture du secret fiscal est antidémocratique (...) donc pour moi, si les citoyens ont pris le risque de constituer des sociétés occultes au Panama, il n’y a pas de secret et la publicité des noms c’est ce qu’il y a de mieux ”.

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