Où est Carles Puigdemont ? L’incroyable cache-cache du candidat à la présidence du Parlement catalan

, par  DMigneau , popularité : 64%

Où est Carles Puigdemont ? L’incroyable cache-cache du candidat à la présidence du Parlement catalan

En bateau, déguisé ou par parachute : Carles Puigdemont doit rejoindre le Parlement catalan à tout prix pour être élu président. - PAU BARRENA / AFP

Carles Puigdemont est le seul candidat à la tête du Parlement où les indépendantistes sont majoritaires. Mais s’il doit absolument être présent à la cérémonie d’investiture ce mardi 30 janvier pour être élu... il risque également d’être emprisonné par les autorités dès qu’il posera un pied en Espagne. Un scénario digne d’un polar politique.

L’Espagne retient son souffle ce mardi 30 janvier. A quelques heures de l’investiture du futur président de la Catalogne, le sort du pays est lié à une invraisemblable histoire de cache-cache.

Où se trouve Carles Puigdemont, et où se trouvera-t-il à la fin de la journée ?

Explications : alors que la crise couve depuis des mois autour de l’indépendance de la Catalogne, les partis indépendantistes l’ont emporté aux élections régionales le 21 décembre dernier, en raflant 70 sièges sur 135.

Le Parlement local doit maintenant élire son président et il n’y a qu’un seul candidat : Carles Puigdemont... destitué fin octobre après deux ans de mandat. Le chef du parti " Junts per Catalunya " (JpC) est exilé à Bruxelles depuis le 30 octobre, car il est sous le coup d’un mandat d’arrêt lancé par les autorités espagnoles pour « sédition » et « rébellion ».

Un pas sur le sol espagnol, et Carles Puigdemont sera jeté en prison... mais il doit absolument être présent en personne à la cérémonie d’investiture du Parlement catalan, sinon il ne pourra pas être nommé président.

Un temps envisagée, la piste d’une élection par téléconférence depuis Bruxelles a été refermée par la Cour constitutionnelle d’Espagne. Élément essentiel, pour rajouter du piquant à l’histoire : s’il est réélu président du Parlement, Puigdemont bénéficiera d’une immunité !

Attention tout de même : d’après l’arrêt rendu par les juges constitutionnels, Puigdemont doit rentrer en Espagne, se constituer prisonnier et obtenir la permission des autorités judiciaires espagnoles pour être investi.

Pas sûr que l’indépendantiste l’entende de cette oreille...

" Nous allons veiller à ce qu’il ne puisse pas passer la frontière "

Barcelone devient ainsi le théâtre d’un jeu de cache-cache grand-guignolesque, digne d’un polar haletant. Les forces de l’ordre du gouvernement central surveillent toutes les entrées du pays : " Nous allons veiller à ce que [Puigdemont] ne puisse pas passer la frontière sans être arrêté, que ce soit par hélicoptère, en bateau ou dans le coffre d’une voiture ", a prévenu le ministre de l’Intérieur la semaine dernière.

Les policiers ont fouillé tous les recoins du Parlement, et même les bouches d’égout aux alentours, pour y déceler un improbable passage secret ! Le zoo situé près de l’hémicycle régional est aussi sous surveillance (peut-être envisage-t-on un déguisement en lion pour Carles Puigdemont ?).

Les associations de parachutisme situées près de la frontière ont dû livrer leurs registres aux autorités espagnoles. Et les services secrets ibériques envisagent même l’utilisation d’un sosie...

Puigdemont déjà infiltré ?

Carles Puigdemont, le vrai, n’est pas en reste. Dans la nuit du 29 au 30 janvier, le leader indépendantiste a posté sur son compte " Instagram " une photo d’une rue de Barcelone, agrémentée de cette légende : " A 24 heures de l’investiture. Pour le pays. Pour les libertés. Pour nos institutions. Pour la démocratie. Pour la démocratie. Pour la dignité. Pour l’avenir. Pour toi. "

Le cliché a-t-il été pris il y a plusieurs mois ou Puigdemont s’est-il déjà infiltré dans la capitale catalane ?

Nul ne le sait.

Les partisans de Puigdemont ont eux prévu de se réunir à l’entrée du Parlement catalan ce mardi 30 janvier. Ils devraient être tous affublés de masques à l’effigie de leur chef de file, comme pour palier son absence, défier les forces de police... ou l’aider à passer incognito parmi la foule.

Hadrien Mathoux

Marianne