" #OnVeutLesNoms ". Les soirées clandestines de luxe, symboles d’un confinement à deux vitesses

, par  DMigneau , popularité : 0%

" #OnVeutLesNoms ". Les soirées clandestines de luxe, symboles d’un confinement à deux vitesses

Les révélations de " M6 " sur des soirées clandestines où la " haute bourgeoisie " se gaverait de caviar et de champagne pendant que le reste de la population est condamné à ne pas pouvoir sortir à plus de 10 km de chez elle n’ont pas l’air de passer. Les hashtags " #OnVeutLesNoms " et " #MangeonsLesRiches " rappellent le mépris et la décadence de la bourgeoisie que représentent ces dîners clandestins.

Le 2 avril, " M6 " diffusait un reportage démontrant l’existence à Paris de clubs privés et de " soirées mondaines " clandestines organisées par la grande bourgeoisie parisienne en plein confinement. À ces occasions-là, les convives ignorent délibérément les " gestes barrières " et les " recommandations sanitaires ", que ce soit le port du masque ou la " distanciation sociale ".

On entend ainsi le probable maître d’hôtel dire lors du reportage : " Les gens qui viennent ici retirent le masque ; une fois que vous passez la porte, il n’y a plus de covid ". L’objectif : faire en sorte que les invités se sentent à l’aise dans ces soirées où le menu est compris entre 160 et 400 €. Caviar et champagne y sont mis à l’honneur. Forcément. Dans le reportage publié par " M6 " on peut voir une quarantaine de convives sans masque, certains se faisant même la bise.

Pourtant, ces petits " rendez-vous mondains " ne semblent aucunement déranger " les autorités ". Le lieu où ils se déroulent est pourtant facilement identifiable. Dans la vidéo, les internautes ont ainsi facilement reconnu le " Palais Vivienne ", un hôtel particulier détenu par le collectionneur d’art Pierre-Jean Chalençon. Et si récemment, sur les « réseaux sociaux » du chef Christophe Leroy qui cuisinerait pour ces soirées, une publication présentant Chalençon en train d’inviter les gens à le contacter pour un " dîner-soirée " le 1er avril à partir de 17h45 autour d’un menu " caviar et champagne " est parue, ni le chef ni le collectionneur n’ont eu l’air d’être inquiétés par la police.

La même police qui organisait d’ailleurs, il n’y a pas si longtemps, des grosses soirées en plein confinement, comme au commissariat d’Aubervilliers. L’illustration d’un confinement à deux vitesses quand on sait que cette même police verbalise " à tour de bras " pour " non respect du confinement ".

Le 2 février, Pierre-Jean Chalençon se vantait d’ailleurs d’avoir " beaucoup d’amis au gouvernement " et promettait même que " notre ami Attal doit venir dîner prochainement ", incriminant directement le porte-parole du gouvernement alors que les bars et restaurants sont censés être fermés au public depuis le 29 octobre 2020.

Vers un nouveau scandale d’État sur fond de gestion catastrophique de la crise sanitaire ?

À la suite de ces révélations, le " #OnVeutLesNoms " est monté en " top tendance " sur " Twitter ", les internautes demandant à avoir les noms des personnalités présentes aux dîners clandestins. Il paraîtrait ainsi que le " Palais Vivienne " ne soit pas le seul endroit à accueillir des soirées de la " haute société ", le journaliste de " Canal + " Bruce Toussaint ayant ainsi dîné dans un restaurant à Deauville le 13 mars 2021, la preuve étant son nom sur un carton d’invitation. Le journaliste de " BFMTV ", Ulysse Gosset, aurait lui aussi participé à un dîner clandestin, en compagnie d’autres personnalités.

Mais surtout, un collectionneur " anonymisé " dans le reportage " M6 " raconte : " J’ai dîné cette semaine dans deux ou trois restaurants soi-disant clandestins avec un certain nombre de ministres, alors ça me fait doucement rigoler. On est en démocratie, on fait ce qu’on veut ".

Deux jours après, Pierre-Jean Chalençon, reconnaissant " à demi-mots " être le collectionneur en question, a expliqué qu’il faisait de " l’humour " et faisait preuve de " sens de l’absurde " quand il disait avoir croisé des ministres.

Pourtant, dans une vidéo en février, le collectionneur disait organiser dans sa résidence des déjeuners et des dîners avec Christophe Leroy et dans la même interview, il affirmait avoir " quatre ou cinq copains ministres ". Pierre-Jean Chalençon serait ainsi ami avec Jean-Baptiste Lemoyne, ancien sénateur, Franck Riester, ancien ministre de la Culture, et connaîtrait également Roselyne Bachelot, actuelle ministre de la Culture, et Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement.

Le collectionneur affirme même dans cette vidéo : " Il doit venir dîner prochainement notre ami Attal ". Si la présence de ministres à ces dîners clandestins n’est donc pas avérée pour l’instant, de lourds soupçons pèsent à la suite de ces propos.

De tels faits ne seraient pourtant pas étonnants. Comme l’a montré " l’affaire du club du Siècle ", la bourgeoisie a l’habitude de se retrouver lors de réunions privées, pour discuter de " politique " ou s’offrir des repas à plusieurs centaines d’euros.

L’association " le Siècle " - elle - réunissait tous les derniers mercredis du mois " hauts fonctionnaires " et " grands patrons " rue du faubourg Saint-Honoré. Onze membres du gouvernement feraient d’ailleurs partie du " Siècle " et ces rendez-vous mondains mensuels durant lesquels les participants échangent avec " la fine fleur du capitalisme français et de la fonction publique " selon les mots de " L’Obs ".

Ces réunions, tout comme les dîners mondains clandestins, sont tout autant de " cadres de sociabilité " qui permettent aux classes dominantes de s’organiser, d’échanger politiquement, et de discuter de la manière dont ils dirigent le pays au service des grands capitalistes.

Plus encore, le luxe et le faste de ces dîners, qui paraissent insultants au regard de la crise économique actuelle, quand on sait qu’en 2020 il y a eu un million de personnes de plus sous le « seuil de pauvreté », rappellent une fois de plus l’immoralité de la classe bourgeoise et la phrase d’Engels : " Je n’ai jamais vu une classe si profondément immorale, si incurablement pourrie et intérieurement rongée d’égoïsme que la bourgeoisie  ».

Face au spectre d’un nouveau " scandale d’État ", Marlène Schiappa, interrogée sur " Europe 1 " dimanche matin, s’est empressée d’affirmer : " Si des ministres ou des députés ont enfreint des règles, il faut qu’ils aient des amendes et qu’ils soient pénalisés comme n’importe quel citoyen ".

Une enquête a été ouverte par le procureur de Paris, qui a « saisi ce jour la " Brigade de répression de la délinquance à la personne " de la " Police judiciaire " parisienne d’une enquête des chefs de la " délinquance à la personne " de la police judiciaire parisienne d’une enquête des chefs de " mise en danger d’autrui " et de " travail dissimulé " : elle aura pour objectif de vérifier si des soirées ont été organisées en méconnaissance des règles sanitaires et de déterminer quels en ont été les éventuels organisateurs et participants  ».

Gérald Darmanin, lui, a jugé nécessaire d’affirmer : « Il n’y a pas deux types de citoyens avec ceux qui ont le droit de " faire la fête " et ceux qui n’auraient pas le droit ». Pourtant, entre les amendes " à répétition " pour une partie de la population et les soirées au caviar et au champagne pour une autre, il apparaît clairement qu’il y a un " deux poids deux mesures " face à la crise sanitaire et aux mesures de restriction sociale.

" #OnVeutLesNoms " : mépris de classe et confinement à deux vitesses

Les hashtags " #OnVeutLesNoms " et " #MangeonsLesRiches " sont venus rappeler ce qui a été mis en lumière depuis un an déjà : pendant que « les pauvres » payent la crise sanitaire de leur emploi, voire de leur vie, pour « les riches », c’est " traitement de faveur ", caviar et champagne.

Pendant que les " premiers de corvée ", que ce soient les travailleurs de l’hôpital, de l’Éducation nationale, des transports, de l’industrie, de la grande distribution, risquent leur vie en travaillant dans des métiers " en première ligne " du virus et font les frais de la gestion erratique de la crise par le gouvernement, les " premiers de cordée ", eux, ont la chance de pouvoir " se confiner " dans leur maison secondaire à la campagne ou continuent de mener un train de vie luxueux dans des restaurants au menu à 400 €.

Ce " deux poids deux vitesses " avait déjà été mis en lumière lors du premier confinement, lorsque les classes aisées avaient fui vers la campagne dans leur maison secondaire, histoire de " se confiner " autre part que dans leur appartement à Paris, quand, dans le même temps, les habitants des quartiers populaires devaient continuer à aller travailler quotidiennement la boule au ventre et vivaient dans la peur continuelle de sortir de chez eux, au risque de subir des violences policières.

Dernièrement, ce " deux poids deux mesures " a de nouveau été démontré par la répression subie par des habitants de Saint-Denis à la suite de l’organisation d’un barbecue dans le quartier du Franc-Moisin, qui ont vu rappliquer plusieurs dizaines de policiers pour les verbaliser.

À Montpellier également, des personnes ont écopé de 405 € d’amende pour avoir bu du rosé sur la plage.

Toujours dans la même ville, un SDF de 19 ans a reçu 645 € d’amende pour " non-respect du port du masque " ! Des amendes dont la " haute bourgeoisie " des dîners clandestins n’aura pas vu la couleur, quand bien même elle serait largement à même de les payer.

Surtout, ce nouveau scandale vient démontrer l’hypocrisie des discours du gouvernement, qui appelle quotidiennement à la " responsabilité individuelle " et au respect des " gestes barrières " et en fait le mantra de la crise sanitaire, faisant de la résolution de la crise une affaire purement individuelle de manière à éluder la question des moyens dans « la Santé » et « l’Education ».

Comment être crédible et expliquer à la population qu’il faut respecter la " distanciation sociale " quand ses propres ministres sont soupçonnés de retirer leurs masques lors de soirées clandestines ?

Une fois de plus, la bourgeoisie a montré que pendant que notre classe trimait et subissait les conséquences de la crise, elle pouvait continuer à se gaver, au sens figuré comme littéral.

Pendant que les travailleurs subissent des plans de licenciements en chaîne ou voient leurs « allocations chômage » baisser, pendant que les étudiants font des heures de queue pour recevoir des colis alimentaires ou reçoivent les repas du CROUS composés d’une baguette et de deux clémentines, les classes dominantes - elles - se goinfrent de caviar et de champagne.

Irena MATHILDE

Revolutionpermanente.fr