" On risque l’insurrection "​ : même Alain Minc trouve que Macron exagère

, par  DMigneau , popularité : 0%

" On risque l’insurrection "​ : même Alain Minc trouve que Macron exagère

Alain Minc somme Emmanuel Macron de gouverner " plus à gauche ". - Lionel BONAVENTURE / AFP

Interrogé par " Libération " ce lundi 9 juillet, Alain Minc demande au gouvernement une politique plus sociale. Si même le théoricien du " cercle de la raison " et de la " mondialisaiton heureuse " le dit...

Si même lui s’y met…

Ce lundi 9 juillet, le consultant libéral Alain Minc se livre dans les colonnes de " Libération ". Il adresse un sévère avertissement à Emmanuel Macron, dont il juge la politique… économiquement trop à droite.

" Les inégalités engendrées par le système de marché accroissent le risque d’un spasme sociétal, d’une révolte dont la forme est imprévisible ", tremble l’énarque, qui a pourtant soutenu le fondateur d’ " En Marche ! " en 2017. Avant de clairement s’inquiéter : " On ne peut pas continuer comme cela, l’inégalité est trop forte. On risque l’insurrection ".

Et, comme chacun sait, les insurrections, ce n’est pas bon pour « le commerce ».

Cela n’étonnera personne, Alain Minc a une idée précise des rectificatifs à apporter à la politique économique du gouvernement.

L’augmentation ciblée des impôts n’en fait pas partie.

« En Europe, les " 1% " reçoivent 8 % du revenu (…). Une telle inégalité est insoutenable. Mais si l’on cherche à y remédier par les mécanismes classiques de la redistribution égalitaire, on a besoin de sommes énormes, qui seront prélevées sur la classe moyenne, ce qui n’est guère plus satisfaisant », se justifie cette figure de " l’élite financière " française.

L’ex-inspecteur des finances préférerait mettre en place un intéressement des salariés à la réussite des entreprises : « Il faut instaurer le principe de l’équité : réserver la redistribution à ceux qui en ont le plus besoin en révisant les méthodes de " l’État-providence ". Quant aux salariés, ils doivent bénéficier d’un partage du capital, sous la forme d’une distribution d’actions qui leur garantit un patrimoine ».

Une réforme qui profiterait surtout - par définition – aux salariés des entreprises les plus prospères.

Mondialisation plus si heureuse ?

Jusqu’à présent, Alain Minc ne passait pas vraiment pour un héraut de la « redistribution des richesses ». Conseiller de nombreux patrons du « Cac 40 », comme François Pinault ou Vincent Bolloré, il est l’inventeur de concepts définitifs tels que le " cercle de la raison " pour qualifier « la Fondation Saint-Simon », repaire de libéraux de " gauche " et de droite, ou la " mondialisation heureuse " à propos de l’internationalisation de l’économie.

A croire qu’un début de fébrilité commence à gagner certaines " élites ". Il est vrai que la popularité d’Emmanuel Macron s’est sérieusement érodée, pour tomber à 31% d’approbation en juin.

Le 4 juin dernier, les économistes Philippe Aghion, Philippe Martin et Jean Pisani-Ferry, qui ont inspiré le programme d’ " En Marche ! ", ont adressé au Président une note dénonçant " l’image d’un pouvoir indifférent à la question sociale ".

De là à affirmer qu’une révolution est en germe, il y a un pas qu’on ne franchira pas. C’est qu’Alain Minc ne s’est pas toujours signalé par sa prescience " économico-politique ".

En 2016, il voyait Hillary Clinton élue à la présidentielle américaine, " Dieu merci, en faisant de la politique classique ".

En janvier 2008, neuf mois avant le " krach boursier ", il annonçait dans une émission de télévision qu’une crise financière d’ampleur était évitée.

" Ce que je voudrais quand même ajouter (...), c’est quand même l’incroyable plasticité du système. Parce que, on nous aurait dit que, au fond, le système financier serait régulé avec un doigté tel qu’il évitera une crise qui aurait pu être quand même de l’ampleur des très grandes crises financières qu’on a connues dans le passé... (…) L’économie mondiale est plutôt bien gérée ".

On ne se refait pas.

Magazine Marianne