Obama sanctionne Moscou en expulsant 35 agents russes

, par  DMigneau , popularité : 64%

Obama sanctionne Moscou en expulsant 35 agents russes

Le président américain sortant répond ainsi à l’ingérence supposée de Moscou dans l’élection présidentielle de novembre dernier, qui a vu le candidat républicain Donald Trump l’emporter. Barack Obama précise que les sanctions ne s’arrêteront pas là.

© SAUL LOEBNATALIA KOLESNIKOVA/AFP Barack Obama et Vladimir Poutine.

À quelques jours de la fin de son mandat, Barack Obama montre ses muscles face à son homologue russe, Vladimir Poutine. Le président américain a annoncé jeudi une série de mesures contre les services de renseignement russes, destinées à sanctionner Moscou accusé d’ingérence dans l’élection présidentielle américaine.

Washington accuse notamment la Russie d’avoir orchestré les piratages informatiques qui ont mené au vol et à la publication sur le site WikiLeaks de milliers de mails de responsables démocrates, brouillant le message de la candidate démocrate Hillary Clinton.

Les mesures annoncées par le président américain prévoient notamment l’expulsion de 35 agents des services de renseignement russes et la fermeture de deux sites utilisés par ces services à New York et dans l’État du Maryland, près de Washington.

Les sanctions visent également directement les services de renseignement russes, le GRU et le FSB, ainsi que des entreprises qui ont fourni « un soutien matériel » aux opérations informatiques du GRU.

Les sanctions ne s’arrêteront pas là, a précisé le président américain, prévenant que les États-Unis prendront d’autres mesures « au moment que nous choisirons », y compris des opérations secrètes dont le public ne sera pas informé.

Les mesures annoncées visent également le « niveau inacceptable de harcèlement » subi depuis un an par les diplomates américains à Moscou de la part de la police ou des services de sécurité russes.

Dans sa déclaration, Barack Obama lance également un appel à une sorte d’union sacrée internationale pour faire revenir Moscou dans le droit chemin et l’empêcher de mener des actions de déstabilisation dans des pays étrangers.

Les « amis et alliés » des États-Unis doivent « travailler ensemble pour contrer les efforts de la Russie visant à saper les bonnes pratiques internationales et à s’ingérer dans le processus démocratique », a déclaré le président américain.

Moscou promet des mesures de rétorsion « adéquates »

En réaction, Moscou a promis des mesures de rétorsion « adéquates » aux sanctions contre la Russie. « Nous ne sommes pas d’accord, catégoriquement, avec des affirmations et des accusations infondées à l’égard de la partie russe », a assuré le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

Selon lui, cette décision de Washington « poursuit deux objectifs : détruire définitivement les relations russo-américaines qui ont déjà atteint le fond (…) et porter un coup dur aux projets dans le domaine de la politique étrangère de l’Administration du président élu » Donald Trump. « Nous regrettons que cette décision ait été prise par le président Obama en personne », a-t-il ajouté, dénonçant une politique extérieure « imprévisible et même agressive » de Washington.

Les sanctions décidées par Barack Obama, qui quittera la Maison-Blanche le 20 janvier prochain, sont un caillou dans la chaussure de Donald Trump qui entend réchauffer les relations américano-russes.

Ce dernier avait affirmé qu’il ne « croyait pas » à ces accusations, qualifiées par ailleurs par Moscou « d’indécentes ». Mais il est isolé dans son propre camp, la plupart des responsables républicains ne mettant pas en doute la réalité des opérations russes et appelant à des sanctions plus lourdes.

« Il est temps pour notre pays de passer à autre chose », a réagi jeudi Donald Trump, affirmant qu’il allait rencontrer les chefs du renseignement américain. Le président de la commission des forces armées du Sénat, John McCain, a de son côté affirmé sur Twitter que ces mesures étaient un « petit prix à payer pour la Russie coupable d’avoir attaqué la démocratie américaine ». « Il faut que Vladimir Poutine sache que ce genre d’opérations sera sanctionné à l’avenir », avait-il souligné la veille.

Au-delà des sanctions, Barack Obama a ordonné qu’un rapport complet sur les piratages informatiques menés pendant la campagne présidentielle lui soit remis avant son départ de la Maison-Blanche. Ce document devrait être remis au Congrès « dans les jours à venir », a-t-il indiqué.

Les craintes de l’Europe

Nombre d’observateurs ont estimé que le but des interférences russes était avant tout de saper la confiance dans la légitimité de l’élection américaine, pour affaiblir la future administration.

Un rapport de la CIA qui a fuité dans la presse est allé plus loin, en affirmant que Moscou avait mené ces opérations dans le but de faire gagner Donald Trump, qui a souvent loué les qualités de leader de Vladimir Poutine.

Toutefois, un responsable cité par le Washington Post affirmait à l’époque que le renseignement américain ne disposait d’aucune preuve montrant que des responsables du Kremlin auraient « ordonné » à des intermédiaires de transmettre les e-mails piratés au site fondé par Julian Assange, WikiLeaks.

Les accusations américaines d’ingérence dans l’élection présidentielle ont retenti jusqu’en Europe où la France et l’Allemagne doivent voter en 2017.

Le patron des renseignements extérieurs allemands, Bruno Kahl, avait évoqué des « cyberattaques qui se produisent dans le seul but de créer de l’incertitude politique » et souligné que l’Europe était « au centre de ces tentatives de déstabilisation »

Le Figaro