" Nous, lundi, on sera là pour l’apéro ! " : Marseille se révolte contre les nouvelles restrictions sanitaires

, par  DMigneau , popularité : 0%

" Nous, lundi, on sera là pour l’apéro ! " : Marseille se révolte contre les nouvelles restrictions sanitaires

Le matin du 25 septembre, moins de 48 heures après les annonces sanitaires du ministre de la Santé, des centaines de restaurateurs et de cafetiers en colère ont manifesté à Marseille, soutenus par des élus de tous bords. Leur mot d’ordre : " On ouvre, on n’a pas peur ! ".

Reportage.

Le lieu a valeur de symbole : c’est à deux pas du « Vieux-Port », dans ce bâtiment cossu, annexe du palais de justice, que les restaurateurs et cafetiers rassemblés ici redoutent, sous peu, de " déposer le bilan ".

Tombée mercredi dernier, l’annonce-surprise de la fermeture totale des bars et restaurants de la métropole " Aix-Marseille " à partir du samedi 25 septembre, et ce pour au moins deux semaines, a littéralement " mis le feu aux poudres " dans les 69 villes concernées.

Passé le choc, « l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie » (UMIH), premier syndicat patronal du secteur, lançait hier un appel à manifester, largement entendu.

Les lourds nuages venus s’amonceler au-dessus de la cité phocéenne n’ont pas découragé ces " petits patrons ", leurs salariés ni même les clients devenus des amis de hurler leur mécontentement dans la rue, " noire de monde ", hérissée de pancartes, de caméras et de micros : les barrières mises en place par les CRS ne suffisent pas à contenir la foule où les masques sont bien présents, n’empêchant pas les slogans de fuser puis d’être repris en chœur : " On ouvre ! On n’a pas peur ! "

Ces voix qui se font entendre viennent de toute la ville et des communes environnantes, et parfois d’autres départements où, " solidaires ", on " craint d’être les prochains. "

" Une décision injuste "

Bernard Marty, président de l’UMIH des Bouches-du-Rhône, prend la parole depuis le perron du tribunal, entre des élus du " Printemps marseillais ", Martine Vassal, présidente de l’agglomération, et Renaud Muselier, président de la Région à l’origine d’une action en référé devant le « Tribunal administratif ».

Tous font bloc pour dénoncer " une décision injuste venue de Paris. "

« Aujourd’hui, nous formons un front commun , scande Bernard Marty, mégaphone en main. Nous n’acceptons pas. C’est de ce jour que part la révolte marseillaise !  », lance-t-il, faisant huer de plus en plus fort le ministre de la Santé, en visite à Marseille cet après-midi.

" On ne sait pas à quelle heure nous sommes censés fermer. Ça veut dire que peut-être, nous ne fermons pas. Ce n’est que le début ! "

L’auditoire s’enflamme, prêt à passer, dès lundi, de la parole aux actes, en recevant les clients normalement. Avec la nouvelle majorité, ils pourront compter sur un soutien de poids.

Outre Michèle Rubirola, la maire de Marseille qui a déjà exprimé sa " colère ", des élus du " Printemps marseillais ", ceints de leur écharpe tricolore, déplorent " l’incohérence du gouvernement ".

« L’ " Autorité régionale de Santé " insiste sur le rôle décisif des lieux privés comme foyers de transmission, mais l’État ferme les lieux publics que sont les bars et les restaurants… Du coup, les lieux privés vont concentrer encore plus de monde ! » », regrette Pierre Ceccaldi, 9e adjoint des 6e et 8e arrondissements.

Quelle est la position de la ville face aux restaurateurs tentés par la " désobéissance civile " réclamée à grands cris ici et là ?

" Les contrôles seront de toute façon effectués par la police nationale ", prévient Olivier Ménétrier, élu du 4e secteur.

Une façon de glisser que la police municipale, sous l’autorité de la ville, ne participera pas à la répression d’éventuels contrevenants ?

Samia Ghali, 2e adjointe, a depuis confirmé.

Un vent de révolte soufflerait-il au-dessus d’une ville historiquement rebelle ?

" La police n’aura pas les moyens de fermer les bars si tous restent ouvert ", enchaîne Ménétrier, qui voit ici " un rapport de force ".

" Peu probable ", tempère Ceccaldi.

" On ne va pas se laisser faire ! "

Cette opposition est souvent nourrie par un sentiment d’illisibilité des mesures.

" Personne n’y comprend rien ! Pourquoi est-ce qu’on est montrés du doigt et punis ? Il n’y aucune logique dans tout ça ! ", s’énerve Louis, propriétaire de plusieurs restaurants à Marseille.

Selon lui, " la courbe des cas positifs au Covid ne veut rien dire. D’ailleurs, elle baisse ! [de 228 à 193 pour 100 000 personnes, NDLR] Et la mortalité est dérisoire dans la région ! "

L’augmentation des patients en « réanimation » ?

" Pendant tout l’été, on a laissé des touristes s’entasser sur les plages et le gouvernement nous sanctionne. Avant que tous ces Parisiens débarquent, on était en zone verte ! Mais on ne va pas se laisser faire ! ", lance-t-il, chaudement approuvé par celles et ceux qui l’entourent.

« Depuis des années, notre profession est méprisée et on se tait, lui fait écho René, chef de la " Table Beaurecueil ", un petit village de 650 habitants au pied de la " Sainte-Victoire ", largement épargné par le virus.

" Moi, j’ouvre lundi et ils n’ont pas intérêts à venir me casser les c… ! " crie Hortense, marseillaise " pur jus ", qui ajoute : " Le coup des deux semaines de fermeture, ils nous l’ont déjà fait en mars ! Cette fois, c’est non ! »

Véronika, restauratrice aixoise, met la police au défi : " Ils n’auront qu’à me mettre en prison ! " Des clients et amis interviennent : " On sera là pour les empêcher ! "

Le mot " injustice " est sur toutes les lèvres

" Le gouvernement tape sur nous pour faire croire qu’il agit, au lieu de contrôler les établissements qui ne respectent pas les règles sanitaires. Mais la police, on ne la voit pas… ".

Beaucoup pensent à ces lieux " branchés " de la " vie nocturne " marseillaise, comme le " Rooftop ", les " Terrasses du Port " ou le " Baou ", qui ont rassemblé certains soirs d’été des centaines, voire des milliers de personnes.

" Et moi, on vient m’emmerder pour 70 couverts ?, s’insurge Julien, qui a ouvert son restaurant l’année dernière. Ces politicards n’ont aucune idée de ce qu’implique la gestion d’un restaurant ! Ils décident depuis leur bureau, à Paris, sans rien connaître de la réalité du terrain, sans tenir compte de la marchandise perdue, de nos vraies pertes "

Le mot d’ " injustice " est sur toutes les lèvres, promptes à évoquer un " coup de poignard ". Voilà pourquoi certains ont, pour la première fois de leur vie, rallié une manifestation.

" On va mourir si ça continue. Le personnel sera au chômage, mais aussi les fournisseurs, les producteurs, toute la chaîne ! ", explose Didier, jeune chef et propriétaire de son établissement. Notre trésorerie s’est vidée pendant le confinement. Maintenant, on est tous endettés. Impossible de fermer ! "

Lui et ses confrères peuvent compter sur la solidarité d’autres manifestants, qui se présentent volontiers comme des " buveurs ", venus soutenir " leurs copains patrons de bar ", comme Claude et Germain, joviaux sexagénaires néanmoins remontés.

" Nous, lundi, on sera là pour l’apéro ! "

" Ceux qui parlent d’ouvrir malgré l’interdiction sont sans doute dans l’émotion ", tempère un cadre de l’UMIH.

" C’est trop risqué , prolonge son collègue. Une fermeture administrative, assortie d’une suppression des aides, serait encore plus dure à encaisser. À moins que tout le monde, sans exception, participe au mouvement. "

Reste donc à savoir si, lundi prochain, ces restaurateurs rebelles feront le plein.

Thomas Rabino

Marianne