Municipales, refus de vote et colère démocratique

, par  DMigneau , popularité : 0%

Municipales, refus de vote et colère démocratique

Ces élections municipales resteront probablement comme un des plus gros ratés démocratiques de notre pays.

Après un premier tour, qui n’aurait jamais du se tenir en plein décollage de l’épidémie de " coronavirus ", qui a éclipsé la campagne, le second tour a été encore plus fantomatique, avec une abstention encore plus forte, malgré de vrais enjeux, ce qui en dit long sur la colère des Français.

Déroute " En marche ", astres morts et vaguelette " verte "

Michel Onfray a raison de souligner qu’avant toute chose, la première leçon de ces élections est le niveau de l’abstention, d’autant plus que, traditionnellement, la participation est forte aux municipales, les maires étant probablement les élus les plus appréciés par les citoyens.

Comme il le souligne, Mélenchon a eu deux belles formules en parlant de " gréve civique " et " d’insurrection froide ". Car cette « non mobilisation » a un sens politique.

Les Français sont de plus en plus déçus par les politiques. Et la vision des plateaux pour la soirée électorale ne va pas arranger les choses, tant la " langue de bois " était massive, jusqu’au ridicule effarant des " marcheurs " refusant d’admettre ne serait-ce qu’une défaite.

Les " journalistes " ne parvenaient pas à cacher leur effarement face à Sibeth N’Diaye. Et Stanislas Guérini s’est ridiculisé en évoquant les 10 000 conseillers municipaux " marcheurs ", à peine 2 % du total…

Ce refus de voter a un vrai sens politique.

Michel Onfray souligne que les Français « veulent du régalien, de l’étatique, du " lourd " et ils savent que la seule élection qui plane sur ces hauteurs est l’élection présidentielle  ».

On peut voir dans la désaffection de dimanche non seulement la déception à l’égard de tous les partis en place, mais aussi la conséquence des réformes des collectivités locales.

Il y a 40 ans, un maire avait un rôle bien plus important.

Depuis, sa responsabilité a été amoindrie par la création des « agglomérations » et sa " dés-autonomisation " fiscale progressive, « l’État » finançant une part grandissante des budgets municipaux avec la suppression de la taxe professionnelle, puis de la taxe d’habitation.

Ces réformes déresponsabilisent les maires et créent une forme de statut hydride, entre « élu » responsable devant des citoyens et « fonctionnaire » gérant un budget venu " d’en haut ".

Avec si peu de Français qui ont voté, le sens des résultats ne doit pas être exagéré, " Marianne " rappellant que Martine Aubry conserve son mandat avec le vote de seulement 12,4 % des inscrits…

Parler de " Vague verte " est totalement ridicule.

Il s’agit juste d’une " vaguelette ", circonscrite aux seules grandes villes, ce qui risque d’accentuer encore cet embourgeoisement qui coupe la gauche du peuple.

En outre, les " Verts " n’en ont gagné que 7 sur 41, contre 15 à " la droite " et 16 à " la gauche ". Et sous les 100 000 habitants, les " Verts " ne pèsent pas plus lourd que le RN

Si les métropoles ont penché " à gauche ", la droite y conserve environ 40 % des mairies et sous les 100 000 habitants, elle emporte plus de 60 % des municipalités.

Il n’y a pas de " Vague de gauche " lors de ces élections. Et si la gauche se reprend à espérer, les motifs d’espoir sont limités, d’autant plus, que, comme le rappellent David Desgouilles et Michel Onfray, se posera la question du candidat à la présidentielle, ce qui promet une belle empoignade.

Malgré leurs dénégations, la raclée est sévère pour LREM, Agnès Buzyn n’étant même pas élue " conseillère " de Paris, la présence de " marcheurs " semblant avoir été le repoussoir ultime lors de ce second tour, faisant tomber les " forteresses imprenables ".

Les alliances avec LR ont été sanctionnées, ce qui en dit long sur l’appréciation des Français sur la " majorité présidentielle ".

Malgré tout, la question de la suprématie à droite sera complexe.

Si LR domine localement, les « européennes » et les sondages actuels sur la « présidentielle » indiquent qu’au niveau national, c’est Macron qui domine.

En outre, avec un « Premier ministre » venu de LR, et des candidats putatifs à la présidentielle trop proches de la ligne présidentielle, Macron conserve une bonne position pour incarner ce que l’on appelle le " centre-droit " en France, la voie naturelle pour le président, comme le dit Alexis Brézet dans un bon éditorial sur l’élection.

Il y avait quelque chose d’effarant à voir LR, PS et " Verts " se féliciter de leurs résultats, avec de tels scores et cette abstention.

Trop contents de gagner des postes pour six ans, ils oublient que toutes les enquêtes sur la présidentielle indiquent qu’ils ne sont plus que des astres morts face à LREM et RN.

Et ils ne voient pas assez la colère des citoyens, qui ont encore exprimé une volonté de changement fort.

Laurent HERBLAY

AgoraVox