Municipales : ça commence à se voir, " la macronie " est allergique au rassemblement

, par  DMigneau , popularité : 0%

Municipales : ça commence à se voir, " la macronie " est allergique au rassemblement

JOEL SAGET / AFP

Visiblement grisés par les très bons scores obtenus aux européennes dans des grandes villes, " les marcheurs " cumulent les impairs, quitte à créer des pics de tensions comme à Paris, où Cédric Villani refuse toujours à ce stade de soutenir Benjamin Griveaux.

Porté sur " les fonds baptismaux " le 6 avril 2016 à Amiens par Emmanuel Macron, " En marche ! " se voulait « un mouvement ouvert », ambitionnant de rassembler depuis les " socio-démocrates " jusqu’aux " gaullistes sociaux ".

Très vite pourtant, le mouvement s’est caractérisé par le fossé qui s’y créait entre " les macronistes " de la première heure et les autres, les fraîchement convertis.

Les premiers, pour beaucoup anciens " strauss-kahniens ", avaient le sentiment, après la désillusion de mai 2011, de voir enfin leur heure venue. « Il faut que vous compreniez, on a tous le sentiment d’avoir gagné au Loto », soufflait l’un deux, devenu ministre.

Villani humilié

Un épisode récent est le révélateur de cette fracture : la manière fort peu habile dont " la République en marche " (LREM) a géré la désignation de son candidat pour les élections municipales à Paris.

Benjamin Griveaux, qui figurait parmi les premiers des " marcheurs ", était le favori d’Emmanuel Macron, c’est entendu. Mais était-il nécessaire d’infliger au mathématicien reconnu internationalement Cédric Villani, par ailleurs député LREM, l’affront d’un vote à l’unanimité de la « Commission nationale d’investiture » (CNI) en la faveur de l’ancien " porte-parole du gouvernement " ?

Etait-il vraiment utile, comme l’a fait l’ancien ministre Alain Richard, membre de la CNI, d’appeler le candidat battu à « se reprendre », après que le médaillé « Fields » eut annoncé lui-même sa défaite, grillant la politesse au parti ?

L’ancien " socialiste " avait même jugé « probable » l’exclusion de Cédric Villani s’il n’apportait pas son soutien au candidat choisi.

Une sortie maladroite qui a ruiné « l’entrée en campagne » de Benjamin Griveaux, désormais soumis au bon vouloir d’un Cédric Villani qui joue les offensés.

« J’ai entendu à mon égard des reproches et des menaces, il a même été question d’exclusion  », a-t-il ajouté, or « je ne m’exprime jamais sous la menace ».

Il se prononcera donc après l’été, le temps de laisser le doute s’instiller sur la capacité du député de Paris à créer les conditions de la victoire.

En face, le camp d’Anne Hidalgo applaudit à tout rompre.

Au passage, le diagnostic de l’élu de l’Essonne sur le fonctionnement de LREM est dévastateur : « On a vu se mettre en place des habitudes d’appareil au sein du mouvement qui s’était construit contre les appareils. Des habitudes de décisions suggérées à l’avance, des décisions à l’unanimité  ».

La bataille de Bordeaux

Le nez sur les résultats des « européennes » qui ne font pourtant jamais, loin s’en faut, office de " boussole " pour des élections aussi spécifiques que « les municipales », " les marcheurs " semblent également avoir écarté toute prudence.

Décidant ainsi d’investir à Bordeaux Thomas Cazenave, un ami du président, actuel " délégué interministériel à la Transformation publique ", contre Nicolas Florian, successeur d’Alain Juppé.

Au " grand dam " de Matignon, grand repère de " juppéistes ".

« Qui a nommé Alain Juppé au " Conseil constitutionnel " ? Ce n’est pas Richard Ferrand ? Et on ne soutiendrait pas son successeur ? », s’offusquait un proche du Premier ministre au milieu du printemps.

Sans compter que par la vertu du désormais ancien « pacte d’Aquitaine » entre François Bayrou et le " nouveau sage ", la majorité bordelaise est « bleue » et " en même temps " orange.

Les " Marcheurs " répondent que Cazenave, en quête de conciliation, aurait été « mal reçu » par l’actuel maire de Bordeaux.

« En même temps, vous les connaissez " les marcheurs ", ils arrivent en vous tendant des papiers, comme un acte notarié et c‘est à prendre ou à laisser », soupire un interlocuteur récent du maire de Bordeaux.

Le maire de Bordeaux serait également coupable d’être demeuré " trop LR ". Il est à cet égard instructif de constater que, comme noté par " ChezPol ", la « lettre politique » de " Libération ", LREM a pourtant investi à Courbevoie Aurélie Taquillain, actuelle adjointe au maire et longtemps proche de la sphère " Manif pour tous ".

Pendant la campagne présidentielle, l’ancien Premier ministre Manuel Valls a été l’un des premiers à " faire les frais " de cet ostracisme à éclipse, le candidat Emmanuel Macron lâchant à son sujet, alors que le " socialiste " frappait à la porte de " la macronie " naissante, qu’il n’avait pas fondé « une maison d’hôtes », avant de professer : « Ce que je constate, c’est que les progressistes, c’est un rassemblement large comme je l’avais dit et il appartient à chacune et à chacun de dire s’il s’y retrouve et s’y reconnaît ».

Une humiliation pour l’ancien " socialiste " que l’on pouvait aussi interpréter comme une froide vengeance après un demi-quinquennat d’une relation dissymétrique alimentée par le Catalan à coups de « 49.3 » et de lois avortées.

Mais les exemples de " rejet de greffe " se sont ensuite multipliés : les difficultés de François Bayrou à obtenir le nombre d’investitures promises au « MoDem » pour les législatives en témoignent.

Tout comme les commentaires peu amènes des " marcheurs " dès les premiers pas de François de Rugy à la présidence de « l’Assemblée nationale », même si - la suite l’a montré - ils avaient sans doute quelques raisons d’inquiétude.

Aux dernières « européennes », l’UDI espérait une " main tendue " de " la République en marche ". Le parti " centriste " a été contacté, prétend l’une de ses figures, un mois avant l’élection.

Trop tard, la candidature de Jean-Christophe Lagarde avait déjà été lancée.

Résultat : La liste de l’UDI a réuni 2,5 % des voix avec une offre politique quasiment jumelle de celle de " la République en marche ".

« La liste " Renaissance " aurait pu être en tête », souffle un élu " centriste " qui prédit aux marcheurs « quelques déconvenues d’importance » en mars prochain.

Soazig Quéméner

Marianne