Mr Bean s’élève pour défendre la liberté d’expression en Écosse

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Mr Bean s’élève pour défendre la liberté d’expression en Écosse

Rowan Atkinson, célèbre interprète de Mr Bean, craint que le projet de loi contre " la haine " en Écosse endommage la liberté d’expression. - Flavio Lo Scalzo/AGF/SIPA

Rowan Atkinson, qui interprète le facétieux personnage britannique à l’écran, a joint une mobilisation d’artistes contre un projet de loi controversé contre " la haine " porté par le ministre écossais de la Justice, Humza Yusaf.

En France, Rowan Atkison est surtout connu pour incarner sur le petit écran le peu bavard mais désopilant " Mr Bean ", à la croisée du clown et de " l’humour british ". Mais au « Royaume-Uni », où le débat sur les excès du " politiquement correct " fait rage, l’acteur de 65 ans s’engage dans le débat public : il vient de rejoindre un groupe de 20 artistes et figures du « monde culturel » cosignant une lettre ouverte à l’intention de Humza Yusaf.

Ce dernier, membre du " Scottish National Party " (SNP, parti indépendantiste écossais), est également le ministre de la Justice du gouvernement écossais décentralisé. Il tente de faire passer une loi " contre la haine ", laquelle déclenche des débats rappelant ceux qui ont entouré la " loi Avia " en France : on craint - en effet - que la nouvelle législation, sous couvert de lutter contre la diffusion de propos haineux, n’aboutisse en fait à une réduction de la « liberté d’expression ».

La loi, introduite au parlement écossais en début d’année, se donne en effet pour objectif d’étendre le champ de la lutte contre les propos discriminatoires.

Actuellement en Écosse, il est interdit d’attaquer verbalement une personne en s’en prenant à sa couleur de peau, sa religion, son handicap, son orientation sexuelle ou son orientation de genre.

La proposition la plus contestée du projet de Humza Yusaf, pour le moins alambiquée, consiste à punir également le fait " d’attiser la haine " (" stirring up of hatred ", en anglais), c’est à dire de colporter des propos étant " susceptible d’attiser la haine contre un groupe ".

Le " Times " estime que " les nouvelles dispositions transformeraient en délit le fait (...) de communiquer à une autre personne un contenu dans lequel existe une intention ou une probabilité d’attiser la haine ".

On mesure à quel point le caractère vague d’un tel énoncé peut ouvrir la porte à toutes les censures possibles.

Les blagues bientôt transformées en délits ?

C’est précisément l’inquiétude de la lettre ouverte cosignée par Rowan Atkinson et coordonnée par la " Humanist Society of Scotland " qui écrit : " La loi crée un délit d’incitation à la haine sans que l’intention de l’auteur ne soit examinée ; (...) ce délit pourrait même être appliqué à quelqu’un qui posséderait des matériaux produits par quelqu’un d’autre, le fait de partager ce matériel pouvant être considéré comme attisant la haine ".

L’association humaniste alerte contre le fait que cette loi, partant de " bonnes intentions ", finisse par " réprimer la liberté d’expression et la possibilité de critiquer les religions et autres croyances ".

Plusieurs avocats expérimentés ont estimé que le vote de la loi entraînerait un " large nombre de poursuites judiciaires ". Roddy Dunlop, doyen de la Faculté des Avocats, a ainsi déclaré que les humoristes déclamant les blagues du type " Un Écossais, un Irlandais et un Anglais entrent dans un pub " (équivalent anglo-saxon de notre " un Français, un Belge et un Américain "...) pourraient être condamnés en justice sous la nouvelle législation.

La police écossaise, mais également l’Église catholique écossaise, qui craint que des passages de la Bible ne deviennent délictueux, s’opposent également au projet.

De son côté, le gouvernement écossais a vigoureusement nié " chercher à museler la critique ou le débat rigoureux ", mais sans dissiper les craintes : " Les gens peuvent exprimer des opinions controversées, stimulantes ou offensantes tant qu’elles ne l’expriment d’une manière menaçante ou injurieuse qui cherche ou est susceptible d’attiser la haine ", a ainsi déclaré un porte-porte de « l’exécutif » dirigé par Nicola Sturgeon, Première ministre de l’Ecosse.

Le projet de loi de Humza Yusaf est soutenu par l’association LGBT " Equality Network ", le " Conseil écossais des communautés juives " et " Bemis ", un organisme de soutien aux " minorités ethniques et culturelles en Ecosse ".

Hadrien MATHOUX

Marianne