Moralisation : de Ferrand à Rugy, les boulets du président Macron

, par  DMigneau , popularité : 0%

Moralisation : de Ferrand à Rugy, les boulets du président Macron

montage Célia Cuordifede

Dans ses deux premières années de quinquennat, Emmanuel Macron a déjà perdu pas mal de plumes dans des affaires judiciaires ou morales impliquant ses plus fidèles lieutenants. Car au-delà des affaires Benalla et Rugy, cinq ministres ont déjà dû quitter le gouvernement pour aller régler leurs démêlés.

Les mois passent et les affaires s’amassent. Avant François de Rugy, qui a démissionné ce mardi 16 juillet de ses fonctions de ministre de l’Écologie, cinq autres ministres et un " proche conseiller " d’Emmanuel Macron ont été mis en cause dans des polémiques voire des affaires judiciaires qui leur ont coûté leur poste.

I - Richard Ferrand, ministre de " la Cohésion des territoires " pendant 29 jours

Avant d’obtenir la présidence de « l’Assemblée nationale », Richard Ferrand a été très brièvement ministre de " la Cohésion des territoires " dans le premier gouvernement du quinquennat d’Emmanuel Macron formé par Édouard Philippe.

Il a quitté ses fonctions après un mois seulement, à la demande du président, en juin 2017. Il était alors fragilisé par une « enquête préliminaire » du parquet de Brest sur ses activités passées à la tête des « Mutuelles de Bretagne », de 1998 à 2012.

Trois mois après l’ouverture d’une enquête, le « Parquet » de Brest avait classé l’affaire " sans suite ", anticipant sa prescription.

Mais en janvier 2018, une nouvelle plainte de l’association « Anticor » a remis l’affaire à l’ordre du jour. Cette fois-ci, c’est le « parquet national financier » (PNF) qui s’est penché sur le dossier et a ouvert une information judiciaire pour " prise illégale d’intérêts ", " recel " et " complicité " de ce délit.

En juillet 2018, Richard Ferrand a obtenu que le Pôle financier du tribunal de Paris soit dessaisi du dossier, le vice-président de l’association « Anticor » étant aussi magistrat au « Tribunal de grande instance » de Paris.

L’affaire a donc été " délocalisée " dans le Nord, où ce sont désormais trois juges d’instruction qui se penchent sur l’avenir judiciaire de l’ancien ministre.

En octobre dernier, le « Parquet » de Lille précisait à l’AFP " qu’aucune convocation pour mise en examen n’avait été délivrée " à ce stade.

II - Sylvie Goulard, ministre des Armées pendant un mois

Suspectée dans " l’affaire des emplois fictifs " présumés du « MoDem », Sylvie Goulard a également renoncé à ses fonctions de ministre des Armées un mois après être entrée au gouvernement : du 17 mai au 20 juin 2017.

" Dans l’hypothèse où l’enquête préliminaire visant le MoDem conduirait à vérifier les conditions d’emploi de mes assistants au Parlement européen, je souhaite être en mesure de démontrer librement ma bonne foi et tout le travail que j’y ai accompli ", avait-elle justifié.

Depuis mars 2017, le parti " centriste " est visé par une enquête sur des soupçons d’emplois fictifs au Parlement européen.

En juillet 2017, une information judiciaire " contre X ", confiée à des juges d’instruction parisiens, a été ouverte pour " abus de confiance, recel d’abus de confiance et escroqueries ".

Aujourd’hui, la justice cherche toujours à savoir si des " collaborateurs " parlementaires du « MoDem » ont été en partie rémunérés par les fonds publics du « Parlement européen » alors qu’ils étaient en réalité affectés à d’autres travaux pour le parti.

Dernier rebondissement en date, une perquisition le 3 avril dernier chez Stéphane Thérou, directeur de cabinet de François Bayrou, le président du « MoDem », à la mairie de Pau.

Le siège du parti à Paris avait été perquisitionné en 2017.

L’enquête est diligentée par « l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales » (OCLCIFF).

III - François Bayrou, garde des Sceaux pendant un mois

Fidèle allié d’Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle en 2017, le président du « MoDem » y avait gagné le ministère de la Justice… du 17 mai au 21 juin 2017, aussi.

Il ne sera resté « garde des Sceaux » qu’un mois durant, rattrapé lui aussi par " l’affaire des emplois fictifs " présumés de son parti, cédant sa place à Nicole Belloubet.

« Je choisis la liberté de jugement et la liberté de parole. Je choisis de préserver " la loi de moralisation et de confiance dans la démocratie" », avait-il fait valoir lors de son dernier discours en tant que ministre.

Après la perquisition d’avril au domicile de Stéphane Thérou, son « directeur de cabinet » à la mairie de Pau, le président du « MoDem » a jugé " normal " qu’une enquête " cherche à obtenir des informations précises sur le travail rigoureux et insoupçonnable de Stéphane Thérou ", réaffirmant auprès de l’AFP qu’" il n’y a jamais eu d’emplois fictifs au MoDem ".

https://support.twitter.com/articles/20175256

IV - Marielle de Sarnez, ministre des Affaires européennes pendant un mois

Ministre des Affaires européennes, Marielle de Sarnez a dû quitter le gouvernement en même temps que François Bayrou le 21 juin 2017, un mois après sa nomination.

Figure du parti " centriste ", elle a également été acculée par les soupçons d’emplois fictifs d’eurodéputés MoDem .

« Dans l’hypothèse où l’enquête préliminaire visant " le MoDem " conduirait à vérifier les conditions d’emploi de mes assistants au Parlement européen, je souhaite être en mesure de démontrer librement ma bonne foi et tout le travail que j’y ai accompli », avait-elle expliqué dans un communiqué.

Elle préside désormais le groupe « MoDem » à l’Assemblée.

V - Laura Flessel, ministres des Sports pendant 1 an et 3 mois

Après un peu plus d’un an au ministère des Sports, l’ancienne championne d’escrime a annoncé elle-même sa démission en septembre 2018, quelques heures avant un remaniement.

Un " abandon de poste " justifié par des " raisons personnelles " mais qui serait lié à " des démêlés " avec « le fisc », selon des révélations de " Mediapart " et du " Monde ".

D’après les informations des deux médias, « le fisc » avait saisi la « Commission des infractions fiscales » (CIF) de Bercy, en vue d’une possible plainte pénale pour « fraude », après avoir découvert des manquements déclaratifs de la ministre concernant une société " de droit à l’image ".

Ces découvertes du fisc avaient eu lieu dans le cadre des vérifications réalisées, sous l’autorité de la « Haute autorité pour la transparence de la vie publique » (HATVP), sur la situation fiscale des membres entrant au gouvernement.

VI - Alexandre Benalla, " chargé de mission " auprès du Président pendant 1 an et 2 mois

D’abord chargé de la sécurité du candidat Macron, Alexandre Benalla a ensuite été promu " chargé de mission " auprès du président de la République pendant un peu plus d’un an.

Il a été licencié par l’Elysée en juillet 2018 après les fameuses révélations du " Monde " qui ont défrayé la chronique à l’été 2018 sur son comportement en marge d’une manifestation du « 1er mai » à Paris.

Depuis, l’homme de 27 ans s’est en quelque sorte constitué " une escadrille " de mises en examen.

Il a d’abord été mis en examen en juillet 2018 pour " violences " ainsi que pour " avoir porté un brassard de police sans autorisation " lors des heurts du 1er mai.

Peu de temps après, il a également été mis en examen pour avoir récupéré auprès de policiers des images des violences qu’il aurait pu utiliser pour sa défense.

Nouveaux démêlés avec la justice en janvier 2019, après des révélations du " Monde " un mois plus tôt concernant l’utilisation de passeports diplomatiques et de " passeports de service " malgré son licenciement, lors de voyages en Afrique et en Israël dans le cadre de ses nouvelles activités " de conseil ".

Alexandre Benalla est alors à nouveau mis en examen, pour " usage public et sans droit d’un document justificatif d’une qualité professionnelle ".

Il est également soupçonné de " faux et usage de faux document administratif ".

Et ce n’est pas fini.

Le « Parquet national financier » (PNF) a ouvert une enquête en février 2019 sur de possibles contrats de sécurités qu’aurait signé Benalla avec des oligarques Russes alors qu’il était encore en poste à l’Élysée.

Dans ce cadre, l’association « Anticor » a d’ailleurs déposé une plainte le 12 juillet dernier.

Par ailleurs, le " selfie " où on le voit muni d’une arme en présence d’une serveuse pendant la campagne d’Emmanuel Macron en 2017 lui a aussi valu une mise en examen le 20 mars dernier pour " port et détention non autorisés d’armes de catégorie B ".

Le 21 mars dernier, « le Sénat » a transmis à la justice les dossiers de " l’affaire Benalla ", après que la commission d’enquête menée par Philippe Bas se fut achevée.

VII - François de Rugy, ministre de " la Transition écologique et solidaire " pendant 10 mois

Au « Perchoir » de « l’Assemblée » au début de la mandature, François de Rugy a rejoint « l’exécutif » en septembre 2018, nommé au ministère de " la Transition écologique et solidaire " après la démission de Nicolas Hulot.

Il a - à son tour - démissionné ce mardi 16 juillet après les multiples révélations de " Mediapart ".

" La mobilisation nécessaire pour me défendre fait que je ne suis pas en mesure d’assumer sereinement et efficacement la mission que m’ont confiée le Président de la République et le Premier ministre ", a-t-il écrit dans un post " Facebook ".

Le désormais ex-ministre, qui a toujours défendu publiquement plus de " modération " dans le train de vie des politiques et de transparence dans leurs dépenses, a d’abord été " épinglé " pour ses dîners au homard organisés par sa femme à l’Hôtel de Lassay, puis pour ses travaux dans son logement de fonction de ministre à l’Hôtel Roquelaure, pour un montant de 63 000 euros, et enfin pour l’utilisation présumée de son « Indemnité représentative de frais de mandat » (IRFM) afin de payer une partie de ses cotisations à « Europe Ecologie-Les Verts » (EELV) en 2013 et 2014.

Deux enquêtes administratives ont été lancées à son sujet ces derniers jours.

L’une, du côté du secrétariat général du gouvernement, doit faire la lumière sur les travaux de son logement de fonction.

L’autre est une mission de contrôle des « frais de bouches » controversés, sous l’égide du déontologue de « l’Assemblée nationale ».

Pour l’heure, le « Parquet national financier » (PNF) n’est s’est pas manifesté, comme l’indiquait " Marianne " le 12 juillet.

Célia Cuordifede

Marianne