Modi se convertit à la laïcité, les vaches respirent

, par  DMigneau , popularité : 52%

Modi se convertit à la laïcité, les vaches respirent

Pendant que la planète entière s’interroge sur l’action à mener – ou pas – contre les terroristes de l’organisation Etat islamique, les Indiens continuent de s’écharper sur le rôle de la vache dans la société.

Samedi 21 novembre, la police a confisqué une sculpture de bovin qui était exposée au Art Summit de Jaipur, capitale du Rajasthan. Un Hindou avait déposé plainte au motif que l’œuvre en question heurtait “ le sentiment religieux ”. Son auteur, l’artiste Siddhartha Kararwal, a été placé en garde à vue durant trois heures. Son idée partait pourtant d’un sentiment qui aurait du tinter aux oreilles des Hindous : la défense des animaux.

En suspendant sa vache en plastique dans le ciel, à l’aide d’un gros ballon bleu, Siddhartha Kararwal cherchait à “ attirer l’attention sur le sort des animaux abandonnés qui en sont réduits à manger des déchets en plastique dans la rue et finissent par mourir étouffés ”.

Le plus intéressant de cette histoire de censure, à laquelle l’Inde est hélas rompue, s’est en réalité produit le lendemain. Dimanche, la chef du gouvernement du Rajasthan, Vasundhara Raje, a en effet présenté des excuses à Siddhartha Kararwal. “ Je suis attristée par cet incident ”, a-t-elle écrit sur twitter, avant d’annoncer que les policiers concernés avaient été mutés.

Cette réaction de Vasundhara Raje, dont la proximité avec le Premier ministre Narendra Modi est notoire, s’explique-t-elle par la débâcle qu’a subi son parti, le BJP, aux récentes législatives dans l’Etat du Bihar ?

Pendant la campagne électorale du mois d’octobre, le BJP avait largement instrumentalisé la vache et les assassinats de Musulmans soupçonnés d’avoir consommé de la viande de bœuf.

Après la défaite, l’entourage du Premier ministre est redescendu sur terre, en reconnaissant que la vache produisait du lait mais rarement des bulletins de vote... Depuis, Modi tient un discours étonnamment laïc. Lui que ses adversaires accusaient de ne pas condamner les agissements des extrémistes hindous à l’égard des mangeurs de steak n’en finit plus d’appeler à “ l’unité ”.

Les attentats qui ont ensanglanté Paris le 13 novembre y sont pour beaucoup. Mais comment ne pas être surpris d’entendre aujourd’hui le Premier ministre indien appeler ses concitoyens à ne pas établir de lien entre terrorisme et religion ? “ La seule distinction à faire, c’est celle qui sépare ceux qui croient en l’humanité et ceux qui n’y croient pas ”, a-t-il déclaré dimanche 22 novembre au sommet de l’Asean, à Kuala Lumpur.

Dans son esprit, le Pakistan musulman fait partie de la seconde catégorie, même s’il ne le dit jamais explicitement, ni hier en Malaisie, ni la semaine dernière au G20 en Turquie, ni fin septembre à la tribune des Nations Unies. Il ne rate pourtant “ aucune occasion ” de faire pression sur le Pakistan, “ c’est la politique du marteau ”, estime Rajeev Sharma, éditorialiste au site d’information DailyO.

Pendant ce temps-là, la vache de Siddhartha Kararwal reste sous bonne garde. Elle sera rendue à son propriétaire le 26 novembre, indiquent les autorités de Jaipur.

Guillaume Delacroix

MediaPart