Modi au tournant de son quinquennat

, par  DMigneau , popularité : 64%

Modi au tournant de son quinquennat

Le premier ministre indien vient de faire voter la grande réforme de son mandat, consistant à instaurer une TVA unique dans le pays. Il prend par ailleurs la défense des Intouchables, victimes du harcèlement des extrémistes hindous.

Coup sur coup, Narendra Modi vient de marquer deux points. Deux points suffisamment sérieux pour qu’il soit tentant d’y voir un tournant, à l’approche de son mi-mandat. Le premier ministre indien vient de dire " stop " aux extrémistes hindous qui veulent faire la peau aux équarrisseurs de bovins vivant de la vente du cuir aux tanneries.

Ces derniers se trouvent appartenir, pour la plupart, à la couche la plus basse du système des castes et Modi a tapé du poing sur la table. " Si vous devez tuer quelqu’un, tuez moi, mais laissez tranquille mes frères Intouchables ", a-t-il déclaré dimanche 7 août. Il demande à ses concitoyens de faire attention à ceux qui prétendent défendre les vaches et qui, en réalité, " veulent détruire l’unité du pays ".

Certains penseront que cet appel fleure bon le populisme, alors que doivent se tenir l’an prochain des élections déterminantes en Uttar Pradesh, l’Etat le plus peuplé de l’union indienne (204 millions d’habitants).

D’autres diront que le message arrive trop tard de la part d’un premier ministre dont le silence sur ce genre d’affaires est abondamment critiqué depuis deux ans.

D’autres, encore, y verront une stratégie de circonstance, tant les agressions contre les Intouchables se multiplient : au Gujarat, ces derniers manifestent depuis des semaines contre l’oppression, au point que la chef du gouvernement régional, qui a succédé à Modi lorsque celui-ci a pris les rênes de l’Inde en 2014, a été poussée à la démission début août.

Il n’en demeure pas moins que Narendra Modi prend ses distances avec les plus violents des nationalistes hindous. Comme le dit implicitement " The Indian Express " dans son éditorial du 8 août, c’est toujours ça de pris !

On verra dans les prochaines semaines si les paroles seront suivies par des actes. Une chose est sûre ; le gouvernement reprend du poil de la bête, c’est le cas de le dire. Après plus d’un an de bataille parlementaire acharnée, l’exécutif vient d’obtenir du parlement un vote unanime sur " la " réforme fiscale du quinquennat, à savoir l’instauration d’une taxe générale sur les biens et les services (GST).

C’est le deuxième point marqué par Modi.

Pendant que la France s’interroge sur le bien fondé du prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu, l’Inde simplifie considérablement son paysage en remplaçant toute une palanquée de taxes indirectes qui varient d’un Etat à l’autre, par un impôt unique ressemblant à notre TVA, dont le taux sera le même dans tout le sous-continent.

Avantages : les acteurs économiques gagneront en lisibilité car les règles seront les mêmes partout ; l’assiette fiscale s’élargissant, le taux de la GST ne sera pas très élevé, ce qui réduira le prix final des produits de grande consommation, au bénéfice des plus défavorisés, tout en augmentant les recettes de l’Etat.

Cette réforme traînait dans les placards depuis trente ans, elle aura vu défiler neuf premiers ministres et douze ministres des finances avant d’aboutir. Elle est à mettre au crédit de Modi qui aura su mettre dans sa poche le Sénat où ses opposants, toujours majoritaires, jouaient jusqu’ici l’obstruction.

Elle prouve que le parti du Congrès de la dynastie Nehru-Gandhi a de moins en moins de force. Et que l’Inde se modernise, au moins autant qu’elle le fit lorsque Manmohan Singh, alors aux manettes des finances, lança ses grandes réformes économiques.

C’était il y a un quart de siècle.

Guillaume Delacroix

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