Migrants : la porte de l’Europe se referme

, par  DMigneau , popularité : 67%

Migrants : la porte de l’Europe se referme

" Ralentir le flot " des migrants, " protéger nos frontières extérieures ", " sauvegarder l’intégrité de la zone euro "... les responsables de l’Europe ont adopté une position extrêmement ferme dans la gestion des réfugiés, plus proche de la vision de Viktor Orban que de celle d’Angela Merkel.

La vision de Viktor Orban semble l’avoir emporté sur celle d’Angela Merkel - Geert Vanden Wijngaert/AP/SIPA

" Nicht Willkommen " : c’est sans doute le panneau que les réfugiés ou migrants économiques devraient bientôt lire lorsqu’ils aborderont les frontières de l’Union européenne, selon la position commune des chefs d’Etats et de gouvernements réunis à Bruxelles. Lors d’un dîner de travail si laborieux qu’ils ne sortirent de table qu’à 2h20 vendredi matin, les responsables de l’Europe ont adopté une position extrêmement ferme.

Le premier article du communiqué est à lui seul un condensé : " Devant la crise des migrants, notre objectif doit être de ralentir rapidement le flot, de protéger nos frontières extérieures, de réduire l’immigration illégale et de sauvegarder l’intégrité de la zone euro. "

La suite est du même tonneau : Frontex (garde frontière européenne) doit coopérer avec l’OTAN qui patrouille dans la mer Égée, les réfugiés ne doivent pas pouvoir choisir le pays où ils s’établiront, les migrants économiques doivent être renvoyés dans leurs pays, etc.

L’idée désormais est de contenir les réfugiés syriens et d’autres nationalités en Turquie, coûte que coûte. Un prochain sommet " UE- Ankara " est convoqué début mars. Quant à la répartition des réfugiés dans les pays membres pour soulager l’Allemagne ou la Suède, on n’en parle plus que par allusion. Le chiffre de 160 000 répartis n’est plus mentionné.

Angela Merkel devra se faire une raison : elle a échoué à imposer ses pratiques d’asile à ses partenaires. Même l’Autriche l’a lâchée. Vienne impose désormais un quota maximale de 80 entrées par jour, certes contraire aux textes européens sur l’asile. Mais que personne ne peut politiquement imposer à un pays. Au bout de quelques mois la position de l’Union ressemble davantage aux thèses de Viktor Orban - la religion en moins - qu’aux bonnes intentions germaniques.

L’Autriche tire, en fait, le bilan de la politique de " relocalisation ". Seules 600 personnes en ont bénéficié dont 64 en France, selon les décomptes disponibles, et aucun dans les pays de l’Est européen, alors que Vienne à absorbé 90 000 migrants... Et 10 000 à 15 000 migrants pénètrent toujours en Europe chaque semaine... Selon un haut fonctionnaire français, " l’urgence essentielle c’est d’éviter que certains États ne ferment leurs frontières. Car le risque, c’est de transformer la Grèce en vaste camp de réfugiés... "

La crise migratoire est devenue, bien davantage que l’Euro, un élément de destruction du projet européen. La libre circulation des personnes par les accords de Schengen a été une des premières conquêtes concrètement ressenties par les peuples européens dans les années 1990, même si c’étaient à l’origine une demande des entreprises pour accélérer la circulation des marchandises...

Son délitement signerait tout aussi concrètement le délitement, de l’Union elle-même.

Hervé Nathan

Marianne