Michel Onfray et les communistes

, par  DMigneau , popularité : 0%

Michel Onfray et les communistes

À la suite d’une discussion informelle autour du projet de Michel Onfray de lancement d’une revue intitulée " Front populaire " destinée à rassembler des personnalités très diverses attachées à « la souveraineté de la France », un membre de la rédaction du mensuel " Ruptures ", qui est très hostile à ce projet, m’a recommandé la lecture d’un article qui dénonce avec virulence l’anticommunisme d’Onfray.

https://anticons.wordpress.com/2019/04/29/michel-onfray-analyse-de-son-anti-communisme/

Ce texte, qui défend sans réserve la ligne du « Parti communiste » durant la seconde guerre mondiale, m’a inspiré la réaction qui suit.

Tout d’abord, je trouve particulièrement injuste de reprocher à Michel Onfray d’employer l’expression " pacte germano-soviétique " alors que le PCF l’emploie lui-même à deux reprises dans son manifeste de juillet 1940 intitulé " Appel au Peuple de France " (dit " Appel du 10 juillet ") pour le justifier en ces termes :

« Nous, Communistes, nous avons défendu le Pacte germano-soviétique parce qu’il était un facteur de paix, et dès le premier mois de la guerre, alors que la répression s’était abattue sur nous, face à tous les profiteurs, affairistes et politiciens pour qui la guerre était une fructueuse entreprise NOUS AVONS RÉCLAMÉ LA PAIX par l’envoi d’une lettre des Députés Communistes au Président de la Chambre. »

Ce texte co-signé par Jacques Duclos (principal dirigeant du « Parti communiste » clandestin) et Maurice Thorez (secrétaire général du « Parti communiste » en exil à Moscou) fixe la ligne officielle du Parti après l’armistice de juin 1940 et l’installation du « gouvernement de Vichy ».

S’il ne se réjouit pas de la défaite (contrairement à ce que prétend Onfray), il n’appelle pas non plus à la lutte armée contre les forces d’occupation allemandes.

Il réclame l’instauration d’une " paix véritable " ce qui passe à ses yeux par la mise en place d’un " gouvernement du peuple " dirigé par le « Parti communiste ».

Cette ligne pacifiste (qu’on peut qualifier à bien des égards de " léniniste ") ne changera pas fondamentalement jusqu’à l’invasion allemande de l’URSS.

Les responsables de la guerre et de la défaite sont clairement incriminés : ce sont tous les partis républicains, de la SFIO (" socialiste ") à la droite en passant par les " Radicaux ", « unis dans une même besogne de trahison et une même haine de la classe ouvrière et du communisme  », de même qu’est vilipendée la bourgeoisie française " affairiste " et " corrrompue ", tandis que le « gouvernement de Vichy », tout juste installé, est violemment dénoncé comme une clique de " vendus ", " ploutocrates " et " profiteurs de guerre " qu’il faut mettre " à la porte ".

Il n’est cependant aucunement question ici de mettre à la porte les troupes d’occupation allemandes ...

En revanche, contrairement à ce que laisse entendre Onfray, les Juifs ne sont pas rendus responsables de la défaite, c’est une calomnie de vouloir faire passer le PC pour un parti antisémite.

L’appel de juillet 1940 ne contient cependant pas la moindre référence à l’idéologie nazie qui, étrangement, semble n’avoir joué absolument aucun rôle dans le déclenchement de la guerre.

Par ailleurs, il ignore complètement l’appel à poursuivre le combat contre l’Allemagne lancé depuis Londres par le général de Gaulle, considéré à cette époque par les communistes comme un militaire inféodé à l’impérialisme britannique qui veut faire couler le sang des ouvriers français !

Ce n’est que sur injonction de Moscou que le PCF entamera un an plus tard une collaboration avec les " gaullistes ", auparavant systématiquement dénoncés par " L’Humanité " clandestine comme des " réactionnaires ", " bellicistes " et " colonialistes " ...

À cette date (juillet 1940), le PCF semble donc considérer que ni le fait que le pouvoir d’Hitler à Berlin ait été consolidé par la victoire-éclair allemande, ni le fait que la « Wehrmacht » ait déjà envahi militairement deux pays (la Pologne puis la France) et démembré la Tchécoslovaquie ne représentent un obstacle insurmontable à la signature d’une " paix véritable " ce qui paraît parfaitement irréaliste !

De même que la constitution immédiate d’un " gouvernement du peuple " dirigé par le « Parti communiste », alors que les Allemands occupent Paris et une bonne partie de la France métropolitaine, en aurait fait de facto un gouvernement collaborateur des nazis.

Il faut reconnaître qu’Onfray simplifie outrageusement le cours de l’Histoire et profère avec aplomb un certain nombre de contre-vérités sur les communistes, mais ceux qui s’acharnent à démontrer que le PC a appelé à la résistance aux Allemands avant que Moscou lui en intime l’ordre sont des falsificateurs de l’Histoire : le « Parti communiste » clandestin est immédiatement entré " en résistance " contre le régime de Vichy (qui, au demeurant, ne lui laissait guère le choix en pourchassant impitoyablement ses militants) en suivant une ligne radicalement anticapitaliste tout en prenant soin de ménager les Allemands pour cause de « Pacte germano-soviétique ».

L’invasion de l’URSS de juin 1941 a complètement " changé la donne ", la lutte armée contre l’occupant nazi devenant une priorité absolue pour le Parti, ce dernier se résoudra alors à collaborer avec les forces patriotiques républicaines.

Coppo Marc-Antoine

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