Mettez-moi en prison !

, par  DMigneau , popularité : 21%

Mettez-moi en prison !

Mettez-moi en prison ! Pourquoi ? Parce qu’il n’existe qu’une justice dans notre République : la justice de classe ! Mettez-moi en prison…

Je ne m’appelle pas Christine Lagarde.

Je n’ai jamais été ministre, ni directeur général du F.M.I.

Tiens ! " Effemi ", ça me rappelle un mot de mon enfance : affamé.

Et oui, j’ai eu faim dans mon enfance à cause de l’invasion allemande et de la complicité de Pétain, Laval et consorts. Oh ! Pas seulement à cause d’eux. La pauvreté ne se découvre pas qu’au moment de la guerre. Là, elle s’y renforce jusqu’à la démesure.

La mouise, la dèche, la mouscaille, comme on disait dans mon milieu au langage titi parisien, s’ancraient depuis longtemps dans le monde du travail, dans le monde tout court et depuis longtemps. Il suffit de lire Hugo et Zola pour le constater ou le découvrir pour ceux qui n’ont jamais subi la misère.

On peut méditer cette citation de Victor Hugo écrite dans " Choses Vues " le 4 septembre 1848 : « C’est une femme d’une trentaine d’années, qui serait très belle si elle n’était pauvre. La misère ne s’empreint pas seulement sur les vêtements ; elle s’empreint sur la beauté. Cela se mêle au point qu’on pourrait dire que le vêtement devient maigre et le visage pauvre. »

Dans cette image, superbe de réalité, j’y vois ma grand-mère et ma mère il y a soixante dix ans.

Ma mémoire surgit, coupable !

J’étais peut-être un beau petit garçon mais mon visage, mon corps et ce qui le recouvrait m’enrobait d’usure, de vulgarité, de faiblesse. C’était l’époque où j’avais faim. Alors j’ai volé. J’ai volé sans jamais me faire prendre parce que, malin et vif, je courrais entre les rangs de fraisiers, de salades, de poireaux et autres légumes dans les jardins de Vilmorin dans la région parisienne.

Je fuyais dès qu’une voix hurlait à mes trousses. Je sautais des cerisiers ou par-dessus les clôtures quand, fusil à la main (certainement pour faire peur), les maraîchers me surprenaient en train de " récolter "… ou plutôt de voler ces nectars ! J’ai volé aux étals des boutiques de la cité HBM (HLM maintenant) où nous habitions à côté d’autres miséreux.

Oui j’ai volé. Je l’avoue.

Mais la faim ne justifie-t-elle pas les moyens ?

Alors, monsieur le président de la Cour de Justice de la République, n’hésitez pas, abolissez le délai de prescription en matière de justice pénale.

Permettez aux tribunaux de me poursuivre pour vols répétitifs à l’étalage, il y a 70 ans.

Jugez-moi et annoncez une condamnation exemplaire pour nuisance grave à la société.

J’ai été récidiviste.

Je sais que vous m’écouterez car :

- je ne suis pas ministre, ni oligarque, ni membre d’une secte financière.

- je ne sévis pas dans les banques ni dans les entreprises multinationales.

- je ne dirige pas le fonds monétaire international.

- je suis toujours un enfant voleur, sans excuses, sans négligence.

Je suis beaucoup plus coupable que madame Christine Lagarde. Je sais que vous m’enverrez dans une geôle pour vols nombreux.

Je les avoue.

Vu le temps écoulé, j’aurai peut-être une petite " remise de peine ". Mais peut-être pas car je n’ai pas de responsabilités politiques ni de relations qui me rendraient non condamnable.

Mettez-moi en prison !

Pourquoi ?

Parce qu’il n’existe qu’une justice dans notre République : la justice de classe !

Mettez-moi en prison…

Jean RIBOULET

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