Mélenchon et le pape, la patrie ou son parti : avec Marlène Schiappa, la " recomposition politique " vire à l’inquisition

, par  DMigneau , popularité : 0%

Mélenchon et le pape, la patrie ou son parti : avec Marlène Schiappa, la " recomposition politique " vire à l’inquisition

" Etes-vous prêts à faire passer votre pays avant votre parti ? ", demande Marlène Schiappa, tout simplement. - PHOTOPQR/LE PARISIEN/MAXPPP

Patronne du pôle " Idées " de LREM, la secrétaire d’Etat Marlène Schiappa délivre urbi et orbi, depuis les élections européennes, une vision de la recomposition politique… " à la truelle ".

Chacun pour soi, et " La République en marche " pour tous.

Depuis les élections européennes, dont le résultat a été analysé par " la macronie " comme la validation de l’idée que hors LREM, il n’y a point de salut politique, Marlène Schiappa, coresponsable du pôle " Idées " du parti, délivre " à la truelle " sa vision d’une " recomposition politique " nécessaire.

Dernier épisode en date ce mardi 11 juin : sur " Twitter ", la secrétaire d’Etat à " l’Egalité entre les femmes et les hommes " a exercé sa police de la pensée en prenant à partie Jean-Luc Mélenchon parce qu’il relayait une prise de position du pape François.

https://twitter.com/MarleneSchiappa

MarleneSchiappa
‏Compte certifié @MarleneSchiappa

🇫🇷 MarleneSchiappa a retweeté Jean-Luc Mélenchon

Donc le pape François (qui compare l’avortement à un tueur à gages et à une « culture du déchet ») c’est une référence pour la gauche, maintenant ?!

Quand on vous dit que gauche et droite ne savent plus à quel Saint se vouer...

#laïcité #recompositionpolitique #valeurs

Jean-Luc Mélenchon
‏Compte certifié @JLMelenchon

Le pape François prend position contre l’utilisation des procédures judiciaires dans les processus politiques et sociaux.

Il dénonce les opérations multi-médiatiques qui accompagnent ces persécutions.

Il déclare que ces pratiques mettent en danger les démocraties.

https://twitter.com/JLMelenchon/status/1138341593612791808

« Donc le pape François (qui compare l’avortement à un tueur à gages et à une ’culture du déchet’) c’est une référence pour la gauche, maintenant ?! » , s’insurge Marlène Schiappa.

" Quand on vous dit que " gauche " et " droite " ne savent plus à quel Saint se vouer... ", se gausse-t-elle.

De synthèse du marxisme et du christianisme, il n’était cependant pas question - pas plus que d’avortement - dans le discours auquel le leader de " la France insoumise " faisait référence, que le souverain pontife a prononcé le 4 juin à « l’Académie pontificale des Sciences sociales » : le pape François mettait, en revanche, en garde contre la " lawfare ", terme qui contracte en anglais " law " (la loi) et " warfare " (la manière de faire la guerre), désignant l’exploitation du droit dans une optique de déstabilisation politique, voire géopolitique.

« La " Lawfare ", en plus d’introduire de graves dangers dans la démocratie des pays, est généralement utilisé pour miner les processus politiques émergents et tendre vers la violation systématique des droits sociaux , s’inquiétait l’évêque de Rome. Il est essentiel de détecter et de neutraliser ce type de pratiques, qui résultent de l’activité judiciaire inappropriée en combinaison avec des opérations multimédiatiques parallèles. »

Une condamnation reprise à son compte par Jean-Luc Mélenchon sur " Twitter " ce mardi :

" Le pape François prend position contre l’utilisation des procédures judiciaires dans les processus politiques et sociaux ", a salué le chef de file des " Insoumis ", se considérant lui-même victime de l’hostilité des médias et d’un dévoiement de la justice après les perquisitions ayant frappé son parti.

https://support.twitter.com/articles/20175256

Macron aussi cite le pape

Citer des propos politiques du pape, inconcevable pour un « homme de gauche » selon Marlène Schiappa, qui accompagne son message des hashtags " laïcité " et " valeurs ".

Drôle de conception de la démocratie - et pas très " en même temps " -, selon laquelle un responsable politique ne pourrait être d’accord - ou chercher d’inspiration - que dans son propre camp.

Vous avez dit sectaire ?

Emmanuel Macron lui-même - qui " vient de la gauche ", Gabriel Attal le rappelait encore ce lundi -, ne semble pourtant pas voir d’inconvénient à reconnaître « l’autorité morale » du pape, en dépit de la laïcité que suppose sa fonction de président de la République.

" Ce que j’attends que l’Eglise nous offre, c’est aussi sa liberté de parole , déclarait le chef de l’Etat aux Bernardins le 9 avril 2018. Je songe aussi aux monitions du pape, qui trouve dans une adhésion constante au réel de quoi rappeler les exigences de la condition humaine ".

A l’époque, Marlène Schiappa n’avait rien trouvé à redire.

Mais depuis, la secrétaire d’Etat s’est dévouée à un autre culte : celui de LREM.

Dans une tribune publiée dans le dernier " Journal du dimanche ", la grande " prêtresse macroniste " a en effet développé une version " 2.0 " de " l’œcuménisme politique " sur lequel s’était fondé le mouvement " En Marche ! " : après le " ni droite ni gauche ", voici venu le " avec nous ou contre le pays " !

« " La République en marche " n’a pas vocation à diviser en courants mais à élargir », explique-t-elle d’abord, alors que le parti multiplie les " appels du pied " et les " coups de com’ " pour séduire les élus locaux de droite.

Et d’enchaîner : " Que vous veniez de LR, d’EELV, du PS ou du " Parti animaliste ", tout ce qui nous intéresse, c’est : êtes-vous prêts à faire passer votre pays avant votre parti ? Êtes-vous prêts à porter et défendre des idées, peu importe leur provenance, au service des Français ? ".

Est-ce à dire que ceux qui n’adhèreraient pas au proje(eee)t LREM seraient de " mauvais " Français ?

Une " ode au pluralisme " qui a fait tiquer " la gauche ".

Le premier secrétaire du Parti " socialiste ", Olivier Faure, a ainsi pointé " quelque chose de totalitaire dans la pensée des marcheurs, quelque chose de soviétique dans leur foi et/ou une dose de cynisme jamais atteinte ".

Louis Nadau

Marianne