Mélenchon-Macron où va la justice

, par  DMigneau , popularité : 0%

Mélenchon-Macron où va la justice

Les Français n’aiment pas le désordre et se complaisent si souvent dans le couffin du désengagement politique de peur d’avoir à s’exposer. Aussi, ne se sont-ils pas émus des manœuvres autoritaires contre les " Gilets Jaunes " ; ni les provocations ni les violences policières ne les ont fait réagir, pas plus que la parodie de justice autour de ce mouvement. Emmanuel Macron et Christophe Castaner ont su - et réussi - transformer un mouvement social en un cataclysme social menaçant la tranquillité du pays, des gens, des consommateurs et surtout mettant en difficulté la croissance économique.

On voit bien la stratégie en trois points :

- premièrement, provoquer des réactions de violence grâce à une intervention brutale des policiers,

- deuxièmement, " faire pleurer le quidam " sur les forces de l’ordre et les commerçants,

- et enfin, distribuer quelques " cacahuètes " pour faire croire qu’on règle le problème du « pouvoir d’achat ».

La stratégie a bien réussi, les " Gilets Jaunes " ont été mis au ban de la société par ceux qui ne rêvent que de tranquillité, par ceux qui veulent protéger leurs privilèges, par ceux du microcosme " intellobobo " aux salaires confortables qui ne comprennent pas qu’on puisse être en difficulté le « 15 du mois » ni qu’on veuille absolument utiliser une vieille bagnole pour aller au boulot, et ils sont rejetés par ceux qui affectionnent de se contenter " des miettes " que leur jette le gouvernement.

La condition essentielle pour qu’une telle stratégie réussisse réside dans l’image que le gouvernement donne de lui beaucoup plus que dans les décisions et les actions de gouvernement.

Au‑delà de l’image, servie par un arsenal de communication, déifiée du président de la République qui se présente en rédempteur qui sauvera la France du chaos, il faut des actions qui montrent un gouvernement attaché à protéger les gens et à l’écoute du peuple.

Les gens se sont sentis écouté dès lors que le " Grand débat National " a été mis en œuvre et peu importe s’il n’en est rien sorti de tangible ni même de sérieux, une " brassée de sucreries " a servi de leurre, au moins provisoirement ; peu importe, l’essentiel était de donner l’impression que le président écoutait les gens.

Ils se sont sentis protégés dès lors que le gouvernement a montré sa capacité à dompter « la bête immonde » que sont les " Gilets Jaunes " et leurs soutiens.

Les premiers ont été massacrés à coups de balles en caoutchouc et de gaz lacrymogène, la justice s’occupant de finir le travail de la police par des condamnations irréalistes de manifestants et par un incroyable mouvement d’absolution des actions, même les plus odieuses, des policiers.

Restait donc à traiter le cas des soutiens.

Le principal soutien, en tout cas le plus voyant, des " Gilets Jaunes " c’est Jean-Luc Mélenchon ; il est aussi le plus dangereux politiquement.

D’évidence François Ruffin ne constitue pas une menace pour Emmanuel Macron.

Le « Rassemblement National » pourrait en être une, mais Emmanuel Macron ne le croit pas vraiment, cependant on a parfois l’impression qu’il a tout mis en œuvre ‑ sans doute par précaution ‑ pour que le « Rassemblement National » prenne une figure de " parti d’opposition " fantoche à sa main.

Alors, il faut montrer que ce parti est dirigé par quelqu’un qui manque de rigueur, de sérieux et sous l’emprise de troubles psychologiques. Alors " la machine à broyer " macronienne se met en route quatre ans après les faits :

« Le parquet de Nanterre a requis le renvoi de Marine Le Pen devant un tribunal pour la publication, en 2015 [1], de photo d’actes de violence du groupe État islamique. » ; pour bien montrer l’état de difficultés mentales qui seraient celles de Marine Le Pen le juge d’instruction demanda une expertise psychiatrique.

Imaginez la satisfaction, la joie, de la majorité présidentielle si son principal, voire seul opposant, pouvait être affublé de l’image de déséquilibre psychique.

Et, il y a l’affaire des attachés parlementaires « européens », comme pour le MODEM qui ne semble pas être inquiété par la police, et comme pour JL Mélenchon qui lui subit les foudres de l’action de la Justice mises en œuvre avec une incroyable célérité.

Sur ce dernier point Marine Le Pen a joué plus astucieusement que JL Mélenchon en ne s’opposant pas physiquement aux perquisitions.

Chacun se souvient de l’esclandre du chef de file de " la France Insoumise " et de quelques dirigeants du mouvement pour empêcher la perquisition diligentée par « le parquet » pour une affaire relative à la rémunération des attachés parlementaires « européens » de JL Mélenchon qui a eu tort en manifestant de la sorte sa désapprobation.

Bien sûr, cette perquisition comme celles chez " Médiapart " ou au « Rassemblement national » semblait ne pas respecter les termes de l’article 76 du code de procédure pénale :

« Les perquisitions, visites domiciliaires et saisies de pièces à conviction ou de biens dont la confiscation est prévue à l’article 131-21 du Code pénal ne peuvent être effectuées sans l’assentiment exprès de la personne chez laquelle l’opération a lieu.

Cet assentiment doit faire l’objet d’une déclaration écrite de la main de l’intéressé ou, si celui‑ci ne sait écrire, il en est fait mention au procès-verbal ainsi que de son assentiment. », notamment s’il s’agit d’une enquête préliminaire, mais la manifestation tonitruante de JL Mélenchon était inappropriée.

Pour autant fallait-il le renvoyer devant la Justice « pour actes d’intimidation contre l’autorité judiciaire, rébellion et provocation » ?

Sur le fond, la réponse ne peut être que " oui " car les moyens de contestation à la disposition de JL Mélenchon ne manquent pas, mais d’évidence il voulait un coup médiatique.

Cet incident met en évidence s’il en était besoin que la politique ne se fait ni au Parlement ni dans les cénacles de pensée mais dans les officines de communication.

D’ailleurs, désormais, les " tables rondes " des médias télévisés excluent les chercheurs qui ont été remplacés par des « communicants », désormais les " vendeurs de lessives " et de yaourts sont élevés au rang " d’experts " en sciences politiques et en sociologie.

Dans l’affaire de la perquisition des locaux de " la France Insoumise " nous avons assisté au choc de communication (de propagande) de ce mouvement contre celle d’Emmanuel Macron, la Justice n’étant ici qu’au service ou qu’un moyen de communication.

On voit l’ambiguïté dans laquelle se trouve placée « la justice » ainsi instrumentalisée : qui sert-elle ?

Depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir, « la Justice » est devenue, comme dans d’autres périodes sombres de notre histoire, clairement au service exclusif du prince et de ses ambitions.

Dans le cas de JL Mélenchon, les policiers menacent de forcer le passage ; dans celui de Benalla, ils rentrent " au bercail " sans mot dire.

D’évidence, il était hors de propos que Benalla soit inquiété alors on croit la fable selon laquelle il n’avait pas les clés de son appartement et on veut que le quidam croie la version d’Alexandre Benalla paré par l’Élysée de tous les caractères d’un « parangon de vertu » aussi, donc, on va s’attaquer à un journal soupçonné de s’opposer au Pouvoir dans cette affaire.

Alors le procureur ordonne une perquisition de " Médiapart " sans que le directeur en soit prévenu, pire le procureur savait que ce directeur était retenu à une audience devant un tribunal pour une autre affaire.

Un livre ne suffirait pas à dire toutes les distorsions dans le traitement judiciaire des affaires proches de « la politique », et l’extrême lenteur dans le traitement de celles qui touchent le pouvoir " macronien " : Richard Ferrand, Alexis Kohler, Muriel Pénicaud, Ismaël Émélien, et la décision de " classer sans suite " l’affaire des hauts fonctionnaires en poste à l’Élysée dans le cadre de " l’affaire Benalla ".

Tous sont " blanchis " en même temps que la vierge élyséenne voit " sa virginité " confirmée (cela ressemble beaucoup à une chirurgie réparatrice de l’hymen).

Le renvoi, après une enquête tellement rapide et basée seulement sur les témoignages des policiers, de Jean-Luc Mélenchon devant un tribunal, alors que toutes les affaires où sont impliqués les proches du pouvoir traînent jusqu’à se faire oublier, montre bien la main mise de l’Élysée sur « la Justice » et sa volonté d’assassiner politiquement " La France Insoumise ".

D’ailleurs, relevons que l’annonce du renvoi de Jean-Luc Mélenchon n’a été faite que par un journal : " l’Express " qui titrait « Mélenchon bientôt jugé en correctionnelle » (Laurent Léger, publié le 27/06/2019, site de " l’Express ").

" L’Express ", journal " ni gauche ni droite ", a comme directeur de la rédaction par Christophe Barbier dont on peut mesurer à chacune de ses interventions sur BFM sa proximité " intellectuelle " avec " le macronisme ".

Pour Christophe Barbier, le journalisme doit être " engagé " mais non partisan, soit mais il demeure que suivant l’intensité de l’engagement idéologique ou intellectuel (au choix) on finit par donner l’image de son adhésion.

Cette position peut être assez contradictoire avec l’idée qu’il développe selon laquelle la mission d’un journal, plus particulièrement d’un chroniqueur, est d’offrir un « maximum d’éléments » aux lecteurs « pour qu’ils puissent éclairer et former leur jugement » et qu’il ne doit « donner aucune consigne de vote ».

Une telle démarche implique l’usage de propos contradictoires et exclut l’engagement : ça s’appelle « l’information » (objective).

En 2013, lors du débat sur le travail dominical, il se déclarait en faveur de la déréglementation du travail le dimanche et dénonce le « respect stupide du droit ».

Il recommande aussi la suppression de la cinquième semaine de congés payés pour les salariés.

Ce sont là des positions partisanes car elles relèvent d’un parti pris idéologique ou " intellectuel " qui ne laisse pas place au doute et à la contradiction, d’autant que monsieur Barbier dans ses interventions n’exprime jamais le " pour " et le " contre ", son discours est univoque.

Il confirmait sa position en déclarant au " Journal du Dimanche " [2] en 2017 : « Se confronter au terrain pollue l’esprit de l’éditorialiste. Son rôle est de donner son opinion, d’affirmer ses certitudes, par essence improuvables. Afficher avec force ses convictions permet aux lecteurs de s’y frotter pour former les leurs. » et « L’éditorialiste est comme un tuteur sur lequel le peuple, comme du lierre rampant, peut s’élever. ».

Les gens pleins de certitudes, détenteurs de la vérité, sont extrêmement dangereux ; l’Histoire de l’humanité regorge d’exemples. C’est donc le journal qu’il dirige qui annonce, semble-t-il avant que l’intéressé en ait été officiellement informé, le renvoi de JL Mélenchon devant un tribunal.

Voilà donc qu’un journal devient huissier de justice et porte les convocations à comparaître ; « la Justice » se réduit de plus en plus sous l’ère Macron à l’espace médiatique comme je l’explique dans mon livre « Gilets Jaunes [3] ».

Revenons sur le fond de " l’affaire " où une fois encore le pouvoir met en scène les policiers en nous invitant à pleurer sur leur sort.

La véhémence de JL Mélenchon aurait meurtri et blessé les policiers d’une façon telle que leur santé mentale en serait gravement ébranlée.

L’avocat de l’un de policiers a déclaré : « Cette affaire a eu des répercussions graves sur le plan psychologique pour les enquêteurs, qui sont avant tout des êtres humains. »

Il est bien évident que les " Gilets Jaunes " ou les blessés collatéraux, qui ont perdu un œil, une main ou un pied à la suite de violences policières, ou les gamins de Mantes-la-Jolie agenouillés deux heures durant les mains sur la tête sous la houlette de policiers, ne sont-ils pas des êtres humains.

La différence entre eux est que les premiers ont choisi d’exercer un métier difficile alors que les autres ne font que manifester leur désarroi, leur colère, leur envie d’un monde meilleur ; d’un côté, il y a la force - et ici, aujourd’hui, la violence, fussent-elles celles de l’État et donc " légitimes " (?), de l’autre il n’y a que plainte et faiblesse.

Cet avocat d’ajouter que « Ce procès va permettre de mettre en lumière les difficultés que subissent les membres des forces de l’ordre et les souffrances que cela peut engendrer chez eux », pôvre avocat qui n’a jamais vu une pièce de Guignol.

Ne lisez pas que je minimiserais les difficultés physiques et psychologiques auxquelles sont confrontés les policiers et les gendarmes, mais aussi les militaires, les sapeurs-pompiers et les personnels des hôpitaux, et plein d’autres.

Le propos n’est pas là car ce procès ne résoudra aucune de ces difficultés et que ce qu’il veut montrer ce n’est que l’autorité du pouvoir en se servant de la défense de " son bras armé " qu’est la police comme on se sert d’une image en communication, rien d’autre.

Il ne s’agit ici, pour le pouvoir, de se donner une image « d’autorité » et de rassurer les peureux et les « tenants de l’ordre ».

À travers cette affaire on mesure l’emprise que veut avoir Emmanuel Macron sur les gens et la société pour façonner le pays suivant ses seuls désirs au service du Capital.

Alors il manipule l’opinion par des jeux de communication pas toujours honnêtes (la conduite du " Grand Débat " en a été une illustration) : de la propagande et par l’instrumentalisation de « la Justice ».

En France, désormais « la Justice » n’est plus au service des femmes et des hommes, elle est au seul service du prince et ne fait que répondre à ses ordres pour satisfaire ses désirs de puissance et de paraître.

LATOUILLE

AgoraVox

Notes :

[1] https://www.nouvelobs.com/justice/20190301.OBS1046/images-de-daech-sur-twitter-vers-un-proces-pour-marine-le-pen.html

[2] https://www.lejdd.fr/Societe/christophe-barbier-se-confronter-au-terrain-pollue-lesprit-de-leditorialiste-3294632#xtor=CS1-4

[3] Latouille JJ, Gilet Jaunes, Iggybook, avril 2019.