Massacre de Marikana, un tournant dans l’histoire sud-africaine

, par  DMigneau , popularité : 38%

Massacre de Marikana, un tournant dans l’histoire sud-africaine

Les massacres jalonnent l’histoire de l’Afrique du Sud. Associés au colonialisme ou au régime d’apartheid, on aurait pu espérer qu’après les élections de 1994 et l’avènement d’une Afrique du Sud démocratique, on ne verrait plus ces photos choquantes de corps ensanglantés devant des policiers ou soldats l’arme à la main.

Pour avoir demandé une augmentation de salaire, démarré une grève considérée comme illégale, après un engrenage de violences, la police est intervenue pour en finir avec ce conflit du travail en tirant sur les grévistes à balles réelles. Bilan : 34 morts et 78 blessés qui se sont ajoutés aux dix morts des jours précédant la tuerie du 16 août 2012. L’opinion publique nationale et internationale a été choquée par les images insoutenables de l’action policière.

Mais quatre ans après, qui se souvient des mineurs de Marikana ?

Sur place, dans le bidonville qui entoure la mine, les baraques abritent dans le même décor sordide les mineurs et leurs familles. Depuis la tragédie, quelques baraques sont reliés au réseau électrique et deux ou trois citernes d’eau ont été installées. Des veuves ont été embauchées par la compagnie minière Lonmin qui s’est aussi engagée à payer les frais scolaires des orphelins. Celles qui n’ont pas été embauchées sont retournées au village sans moyen de subvenir aux besoins de la famille.

Un rapport d’Amnesty International SA montre que bien peu a changé dans la vie des mineurs et que Lonmin se moque bien des conditions de vie de ses travailleurs « L’échec de la compagnie d’améliorer les conditions de logement des employés défie l’entendement et est totalement irresponsable. Lonmin sait parfaitement que les conditions épouvantables de logement ont contribué à l’agitation sociale qui s’est terminée par la mort des mineurs » peut-on lire.

La Commission d’enquête " Farlam " a bien reconnu la responsabilité de la direction de Lonmin qui a laissé pourrir une situation explosive entre les deux syndicats, l’ancien Num et le nouveau Amcu et celle de la police qui n’a pas su gérer, autrement que par la force mortelle des balles, un conflit du travail. Mais depuis, aucune inculpation n’a été prononcée. La commission d’enquête pour savoir si la cheffe de la police, Riah Phiyeaga était apte à sa fonction est toujours en cours et aucune indemnité n’a encore était versée aux familles des mineurs décédés ou blessés.

Oubliés les mineurs de Marikana et leurs familles ?

Nulle mention de Marikana dans les programme des partis politiques qui briguaient les suffrages des électeurs pour les élections municipales du 3 août, pas même dans celui du parti des Combattants pour la liberté économique (EFF) de Julius Malema, ni celui de l’Alliance démocratique (DA) qui pourtant au moment du drame ont vilipendé l’attitude du gouvernement. L’Anc, n’a même pas osé faire campagne dans la circonscription de Rustenburg et le parti gouvernemental a perdu la municipalité.

Pour rattraper leur silence, le parti EFF et le DA viennent de décider de verser un don, non pas aux familles des victimes, mais au syndicat Amcu. Au moment des commémorations, chacun a fait une déclaration, toute aussi vague l’une que l’autre, promettant encore une fois d’éviter une telle tragédie.

L’Anc dans son communiqué de quelques lignes reprend la rhétorique bien connue du « plus jamais ça » qui permet d ‘évacuer le problème sans frais. On peut y lire « Nous appelons tous les Sud-africains à tirer les leçons de Marikana sur l’importance de la résolution pacifique des conflits du travail, pour éviter d’avoir à faire l’expérience d’un incident similaire ».

Marikana marque pourtant un tournant dans la vie politique de l’Afrique du Sud.

Pour la première fois la Constitution a été ouvertement bafouée par le gouvernement qui en est le garant. La police a tiré sur des travailleurs noirs, pauvres, travailleurs migrants venus de leurs villages dans l’espoir d’un salaire pour vivre dignement. Un rêve encore bien loin de la réalité quotidienne vécue par les plus pauvres des citoyens sud-africains.

Jacqueline Derens

MediaPart