Marlène Schiappa et la " gay pride " en Corse : l’étrange projet d’une marche imaginée par le pouvoir, sans les associations LGBT

, par  DMigneau , popularité : 0%

Marlène Schiappa et la " gay pride " en Corse : l’étrange projet d’une marche imaginée par le pouvoir, sans les associations LGBT

Actuellement, le gouvernement en est au stade de l’étude des financements et au " recensement des forces en présence ". - CAROLINE BLUMBERG / POOL / AFP

D’origine corse, la secrétaire d’État chargée de " l’Égalité entre les hommes et les femmes ", Marlène Schiappa, tente de mettre en place une Gay Pride à Ajaccio. Les associations LGBT locales s’étonnent d’une démarche inédite.

La Corse aura-t-elle sa " gay pride " ?

À en croire les déclarations de Marlène Schiappa, secrétaire d’État chargée de " l’Égalité entre les hommes et les femmes ", le gouvernement y travaille.

Dans l’hebdomadaire " Valeurs actuelles ", le jeudi 21 février, insistant sur sa " préoccupation " à lutter contre l’homophobie et à apporter un certain soutien à ceux qui désirent " assumer [leur] homosexualité " dans certaines zones du territoire, elle annonce qu’un projet qui lui tient particulièrement à cœur, en tant que " locale de l’étape ", est en cours : " On essaie de mettre en place une Gay Pride à Ajaccio ".

Problème : " Il n’est pas sûr qu’on y arrive ", tempère-t-elle immédiatement. La faute aux réticences de certaines associations LGBT locales, refroidies par le fait que cette initiative soit le fruit du pouvoir et non du tissu associatif local, comme c’est le cas partout ailleurs, rapporte " L’Opinion "...

A l’origine, une boutade...

Un projet apparu le 22 novembre 2018, selon le quotidien libéral. Ce jour-là, le président de la République, Emmanuel Macron, reçoit à l’Élysée « l’Inter-LGBT », fédération regroupant une soixantaine d’associations luttant pour les droits des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres.

Au cours de la discussion, les régions dans lesquelles il reste difficile d’assumer son homosexualité sont énumérées. Et la question de la Corse est abordée, en présence de la secrétaire d’État.

Présent lors de cette rencontre, le préfet en charge de " la délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT " (Dilcrah) émet l’idée d’organiser une " Marche des fiertés " à Ajaccio.

" Comme une boutade ", se souvient Aurore Foursy, la présidente de « l’Inter-LGBT », auprès du quotidien. Et pourtant, depuis près de trois mois, Marlène Schiappa a pris au mot le représentant de la « Dilcrah » et planche ardemment à son organisation.

En Corse, la discrétion en mode de vie

À l’heure actuelle, cette parade est tout de même encore loin de voir le jour. Le gouvernement n’en étant qu’au stade de l’étude des financements possibles et au " recensement des forces en présence " pour évaluer la faisabilité de l’évènement, selon l’entourage de la secrétaire d’État cité par " L’Opinion ".

Surtout, cette idée pourrait se heurter à la colère des associations LGBT locales et nationales qui n’ont jamais été sollicitées pour mener à bien ce projet, apprend-on par le quotidien.

D’autant que ce projet apparaît " à contre-courant " de la culture locale. Comme le décrit le quotidien local " Corse Matin ", la communauté LGBT locale érige la discrétion en " mode de vie ".

Sur l’île, la toute première soirée officielle LGBT n’a eu lieu qu’en mai 2017...

La faute au " poids " du regard de l’autre, encore trop fort sur une zone où l’anonymat existe bien moins que dans les grandes villes.

De leur côté, les associations réclament des moyens et des structures de soutien pour sortir les membres de la communauté de leur isolement... plutôt qu’un évènement clinquant.

Marlène Schiappa saura-t-elle renoncer à sa folie des grandeurs ?

Magazine Marianne