Marlène Schiappa : " Nous allons expulser les étrangers condamnés pour violences sexuelles "

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Marlène Schiappa : " Nous allons expulser les étrangers condamnés pour violences sexuelles "

Marlène Schiappa a plaidé pour l’expulsion des étrangers condamnés pour " violences sexistes et sexuelles ", une mesure retenue par le gouvernement. - Bertrand GUAY / AFP

Marlène Schiappa, secrétaire d’État chargée de " l’égalité entre les femmes et les hommes ", défend dans un entretien à " Marianne " cette mesure annoncée par le gouvernement ce mercredi, à l’issue d’un comité interministériel sur l’immigration.

Marianne : Édouard Philippe a annoncé ce mercredi un train de mesures sur l’immigration. Qu’en pensez-vous ?

Marlène Schiappa : Je suis très à l’aise avec ces mesures, qui relèvent du bon sens.

D’un côté, l’État doit apporter une réponse ferme aux questions que soulèvent les Françaises et les Français sur l’immigration.

Et " en même temps ", nous ne remettons pas en cause les grands principes, que ce soit sur le droit d’asile ou " l’Aide médicale d’État ".

J’insisterais plus particulièrement sur une mesure : nous allons désormais expulser les citoyens étrangers condamnés pour " violences sexistes " ou " sexuelles ". Ces violences ne sont excusables en aucun cas, y compris lorsqu’elles se produisent chez des populations en difficulté.

Marianne : Comment ont réagi le président de la République et le gouvernement quand vous avez poussé cette mesure ?

Il y a eu des débats internes, mais Édouard Philippe l’a finalement retenue lors du " comité interministériel ". J’en suis très heureuse.

Marianne : Certains vont vous reprocher de rétablir la " double peine ", d’une certaine manière…

Toutes mes prises de position, que ce soit sur les sujets économiques ou sociétaux, me placent clairement « à la gauche de la gauche » du gouvernement. Je n’ai donc aucun problème à assumer cette position. Et d’ailleurs, mon combat n’a rien à voir avec " la gauche " ou " la droite " : c’est la protection des femmes, en toutes circonstances.

Je ne vois pas qui pourra honnêtement nous dire qu’un citoyen étranger qui a violé une femme peut rester sur le territoire sans que cela pose problème !

Marianne : Concrètement, quand s’appliquera cette mesure ?

La loi actuelle n’est pas assez précise. La volonté du gouvernement est donc claire : " tolérance zéro " vis à vis des actes de violences contre les femmes. C’est le ministre de l’Intérieur et la garde des Sceaux qui décideront du meilleur moyen d’application pour mettre cette mesure en œuvre, cela peut aller de la " circulaire " à la loi.

Et comme l’a dit le " Premier ministre ", l’entrée en vigueur des mesures annoncées sur la politique migratoire est prévue " dans les meilleurs délais ".

Marianne : Songez-vous à d’autres actions concernant la politique migratoire ?

Oui. Le président de la République s’est engagé à accueillir 100 femmes yézidies et leurs enfants.

Je voudrais attirer l’attention sur leur sort, car la plupart d’entre elles ont été esclaves sexuelles de " Daech ", et pour certaines, cela s’est traduit par une " mise au ban " de leur communauté.

Nous devons aussi poursuivre une diplomatie " féministe ".

Par exemple, la France a été le premier pays à soutenir le " Fonds Mukwege ", consacré à la réparation des victimes de violences sexuelles dans les conflits.

Je peux aussi citer le plan de lutte contre l’excision.

Ces actions répondent aux causes de l’immigration. Si on lutte contre les violences faites aux femmes en Afrique et si on favorise leur émancipation économique, on fait en sorte qu’elles puissent vivre dignement dans leurs pays d’origine, au lieu d’être obligées d’en partir.

Enfin, dans le cadre de la politique de quotas d’immigration " économique ", l’embauche d’étrangères ingénieures est une piste à envisager, alors que les entreprises peinent à recruter des femmes ingénieures.

C’est un sujet à travailler en concertation avec les " partenaires sociaux " et les filières concernées.

Marianne : L’exécutif parle beaucoup d’immigration, mais les vrais enjeux ne sont-ils pas l’intégration et la lutte contre le communautarisme ? Certaines fractures culturelles, et notamment la progression d’une vision rigoriste de l’islam, ne menacent-elles pas l’égalité entre les hommes et les femmes ?

Bien sûr. C’est un « sujet tabou », alors qu’il ne faut pas hésiter à l’aborder.

Quand Jean-Michel Blanquer a alerté sur les petits garçons qui refusent de donner la main à de petites filles à l’école, tout le monde lui est tombé dessus. C’est très grave, parce que cela veut dire qu’on ne peut plus décrire certaines réalités sur l’emprise de formes dévoyées de la religion et du communautarisme.

Le projet de « l’islam politique » est de créer une nouvelle norme, qui va à l’encontre de l’émancipation des femmes. Les « islamistes » sont contre la contraception, l’accès à l’IVG, le fait de pouvoir sortir " en jupe courte "...

Pour pouvoir les combattre et défendre le libre choix des femmes, il faut commencer par décrire la réalité sans crainte.

Propos recueillis par Louis Hausalter

Marianne