Malgré les menaces, les " Gilets jaunes " manifestent plus nombreux encore

, par  DMigneau , popularité : 0%

Malgré les menaces, les " Gilets jaunes " manifestent plus nombreux encore

Après les annonces marquant une escalade répressive en ce début de semaine, l’objectif du gouvernement était de rétablir l’ordre après " l’acte 18 ".

Si Christophe Castaner s’est enorgueilli en fin de journée, déclarant que « l’ordre républicain a bien été maintenu », cela exprime en définitive les difficultés persistantes du gouvernement face au mouvement des " Gilets jaunes ".

Sinon comment expliquer que, 4 mois après le début du mouvement, se repose cette même question déjà posée lors du soulèvement du 1er décembre.

Si on ne peut nier que le gouvernement a bien repris le contrôle des Champs-Elysées, c’est au prix d’une mobilisation générale des « forces de police », moyennant une occupation par une armée de camions et de blindés.

Que l’Etat mobilise l’ensemble de ses « forces de police » et désormais une partie de l’armée avec les " Sentinelles " pour maintenir une place forte centrale du pouvoir, après l’échec magistral du samedi 16 mars, semble devoir être une évidence.

Que Castaner s’en félicite " en cœur " avec la droite traditionnelle révèle en quelque sorte les contradictions du gouvernement et que son escalade répressive n’est l’expression en somme de ses contradictions plus profondes, de sa " base sociale " toujours plus étroite, ou encore des tendances à la mobilisation " extra-parlementaire " contre le gouvernement et sa politique anti-sociale et anti-ouvrière.

Du côté des " Gilets jaunes ", la stratégie de la guerre psychologique, les annonces de mobilisation de l’armée et ses " famas " tournées contre le mouvement social n’auront pas fonctionné.

Pour cet " acte 19 ", les " Gilets jaunes " sont apparus toujours plus déterminés à défendre non seulement leur droit à manifester tandis que les aspirations démocratiques et revendications sociales se sont exprimées de manière plus aigüe encore durant " l’acte 19 ".

A noter aussi des figures de la gauche politique telles que Philippe Poutou, Olivier Besancenot et Jean-Luc Mélenchon étaient présents dans la manifestation parisienne, signe que les " Gilets jaunes " se rougissent toujours plus faisant barrage à l’extrême-droite.

Ainsi, l’agenda des " Gilets jaunes " continue.

Ils manifestent encore plus nombreux que pour " l’acte 18 ", selon les chiffres même du ministère de l’intérieur qui déclare 40 500 manifestants dans toute la France aujourd’hui contre 32 000 pour " l’Acte XVIII ".

Les " Gilets jaunes " ont - eux - compté 127 000 personnes dans les rues, et cela malgré les interpellations préventives, les fouilles et les contrôles policiers dans les gares, et aux portes de Paris.

Alors quand bien même il n’y aura pas eu de cortège sur les « Champs-Elysées » à Paris, on retiendra que les manifestants ont défilé à travers tout Paris pour finir sur « la butte Montmartre » et accrocher une « banderole – Gilet Jaune » sur le dôme du Sacré Cœur.

Preuve que les contradictions du gouvernement sont loin d’être résolues comme en témoigne notamment la hausse de la mobilisation pour " l’acte 19 " qui montre bien que les " Gilets jaunes " ont réaffirmer massivement leur droit à manifester et la volonté de se battre jusqu’au bout pour défaire Macron.

Un symbole là où, en 1871, les communards avait été assassiné par « les versaillais ». Preuve que la réponse répressive est loin d’être en mesure de calmer la colère des classes populaires, et que par conséquent le gouvernement n’est toujours pas en mesure de se sortir de la crise qu’il vît depuis maintenant plus de quatre mois.

Le renfort de l’opération " Sentinelle " était annoncée comme la solution pour résoudre définitivement la crise ouverte par les " Gilets Jaunes ", avec les scènes d’affrontement sur les Champs-Elysées encore la semaine dernière et le symbole du " Fouquet’s " ravagé qui inquiétait la bourgeoisie au bout de dix-huit semaines de mobilisation.

La manœuvre était simple : faire peur en déclarant ouvertement que tout manifestant serait considéré comme « émeutier » et que l’armée pourrait aller jusqu’à ouvrir le feu sur la foule.

Ainsi le gouvernement espérait effrayer les " Gilets jaunes " et les 64 % de la population qui les soutiennent afin de les décourager de descendre cette fois encore dans les rues.

Mais il s’avère finalement que les conséquences politiques potentielles de la mise en application d’un tel projet ont dissuader le gouvernement de le mettre en application.

En effet, recourir à l’armée face aux manifestants n’aurait pas été sans risque, dans un contexte où même des fractions internes à l’appareil militaire se révèlent par la voie d’officiers supérieurs qui déclarent sous couvert d’anonymat dans les médias être opposés à une telle opération.

Autant dire que c’est comme un " retour au point de départ " pour le gouvernement.

Et cela alors que les classes dominantes sont désabusées par la séquence, elles qui avaient misé sur Macron pour mener à bien l’agenda des contre-réformes néo-libérales.

Or, celui-ci est " en pause " depuis fin novembre et le début de la mobilisation, ce qui n’est pas sans les inquiéter. D’où les annonces de Macron pour tenter de s’imposer comme le chef du « Parti de l’ordre ».

La droite traditionnelle a joué le jeu, en essayant de montrer ses méthodes de « garantie de l’ordre ». Il n’est pas anodin que Christian Estrosi, maire " Les Républicains " de Nice, se soit chargé personnellement du dispositif sécuritaire dans sa ville.

Celui-ci a été particulièrement brutal ce samedi avec 80 interpellations et des charges violentes de CRS contre un rassemblement de " Gilets Jaunes " qui a gravement blessé une manifestante pacifique.

De même à Bordeaux, où les manifestants ont été systématiquement fouillé et contrôlé aux abords du rassemblement qui a d’ailleurs été dispersé avec " beaucoup de zèle ", les forces de répression jouant de la " stratégie du contact ".

La veille du " Grand-débat ", l’ensemble de la classe dominante affirmait que le " grand débat " était un succès.

Deux " actes " plus tard, cette certitude n’en est plus une.

Les " Gilets jaunes " l’ont fait " voler en éclat ". C’est dans une situation des plus inconfortables que le gouvernement va devoir ré-ouvrir la séquence du " Grand débat ".

Dans ce contexte, il est plus que jamais nécessaire que des secteurs du mouvement ouvrier entre dans la bataille et entre de plein pied dans la bataille des " Gilets jaunes ".

Plus que jamais, il est temps que le mouvement ouvrier rejoigne le mouvement de lutte profonde qui jalonne le pays depuis plus de 4 mois, déjà, pour amplifier le mouvement, par ses méthodes - la grève - à fortiori reconductible pour bloquer l’économie.

Les " Gilets jaunes " ont démontré leurs aspirations à la « grève générale ».

Au mouvement ouvrier de se joindre à la bataille pour amplifier le rapport de force construit par les " Gilets jaunes ", c’est la seule issue pour défaire Macron et mettre un stop à ses contre-réformes néo-libérales.

Mones Chaieb

revolutionpermanente.fr