Madagascar : enquêtes et reportages sur les exécutions sommaires dans le sud de l’île

, par  DMigneau , popularité : 0%

Madagascar : enquêtes et reportages sur les exécutions sommaires dans le sud de l’île

Enquêtes et reportages réalisés par des correspondants locaux

Silence, à Madagascar on tue...

Les faits se sont déroulés à Soahazo, le 28 juin dernier. Ce jour-là, les gendarmes de la compagnie de Betroka appuiés par deux unités de l’USAD de Mahabo ont effectué une opération dans cette localité.

Il a été rapporté cinq hommes tués et 329 bœufs amené à Betroka par la gendarmerie. Le village de Soahazo se trouve dans la localité de Mangalahy dans la fokontany Ivahona dans la commune rurale du même nom.

Cette commune rurale se trouve à peu près 25 kilomètres de Betroka, chef-lieu de district.

Version de la gendarmerie

Le 28 juin dernier, la compagnie de la gendarmerie du district de Betroka avec deux unités de l’USAD de Mahabo ont effectué une opération à Mangalahy-Soahazo, Fokontany Ivahona dans la commune rurale d’Ivahona district de Betroka.

La compagnie de la gendarmerie de Betroka a communiqué que suite à des informations en leurs possessions, le village de Soahazo serait l’endroit où les " dahalo " ou " Malaso " cachent les bœufs volés.

Selon le communiqué officiel émanent de la compagnie de Betroka une fusillade a éclaté entre les éléments de la gendarmerie et les personnes qui se trouvaient dans ce village.

La gendarmerie de Betroka a rapporté la mort de cinq personnes qu’ils ont qualifié de « Malaso ». Toujours dans ce communiqué, il a été rapporté l’utilisation des balles incendiaires qui a provoqué l’incendie de trois maisons d’où les tirs contre les éléments de la gendarmerie seraient venus.

Selon la compagnie de la gendarmerie de Betroka 329 bœufs ont été appréhendés et amené à Betroka.

Version des habitants de Soahazo

Les habitants de Soahazo ont contredit ce communiqué de la gendarmerie concernant les échanges de tir. Selon ces villageois, en entendant les tirs d’armes à feu de la gendarmerie, les hommes du village se sont vite enfuit dans les forêts et seul un homme âgé, des femmes et des enfants sont restés dans le village.

Ils ont soutenu que les villageois n’ont pas fait des tirs de ripostes.

« Le vieil homme de 76 ans est resté pour s’expliquer et pour demander la raison de la venue de ces " vazaha " (gendarmes) dans le village » ont-ils affirmés.

« Nous étions resté dans notre maison mais une fois que notre toit a été brûlé de l’extérieur, nous étions obligés de sortir » a évoqué Zerigny qui s’est cachée avec son père de 76 ans dans leur maison.

La gendarmerie de Betroka a, d’ailleurs, évoqué dans son communiqué l’utilisation des balles incendiaires lors de l’opération.

Les habitants ont, par contre, confirmé la mort de cinq des leurs mais pas pendant des " accrochages " ou " échanges de coup de feu " mais exécutés par les éléments de la gendarmerie accompagné des civils venant d’un village environnant.

Le vieil homme de 76 ans qui a décidé de rester dans le village, un aliéné mental de 14 ans et trois autres hommes dont deux visiteurs ont été tué selon les explications des habitants de Soahazo.

Le père de famille de 76 ans, selon les explications de sa fille Zeriny, a reçu une balle dans sa maison.

« A cause du feu, on était obligé de sortir moi et mon père, en levant les deux mains en l’air, mon père, a dit Salanitra pour saluer les " vazaha " (gendarme) et demander la raison de leur venue. Mais sans aucune explication, ils sont tiré et a touché mon père » a expliqué Zerigny.

L’homme de 76 ans aurait été ensuite - selon toujours sa fille - emmené de force hors de la maison qui était déjà en feu.

Dehors, à une dizaine de mètres de la maison, le vieil homme aurait reçu une deuxième balle et qui a entraîné sa mort.

Les quatre autres personnes ont été traînées hors de l’enclos du village pour être abattues à leurs tours à quelques centaines de mètres du village, selon toujours Zerigny.

Figure : Zerigny, fille du vieil homme de 76 ans tué

Les habitants de Soahazo a également évoqué qu’une vieille dame de 91 ans a été maltraitée par les « forces de l’ordre ». Cette vieille dame aurait été traînée de force par les éléments de la gendarmerie hors de sa maison selon le témoignage des habitants de ce village.

Cette mère de famille et fille de l’homme âgé abattu a également confirmé les déclarations de la gendarmerie dans un communiqué sur le nombre de bœufs amené par la gendarmerie.

Quatre enclos à zébu se trouvent vide.

Concernant les bœufs amenés par la gendarmerie, les habitants de Soahazo de confirmer que les bétails leurs appartiennent légalement.

« Les cahiers de zébus sont pour la plupart brûlé lors de l’incendie de notre maison » ont-ils confirmé.

Pour appuyer leurs dires, les habitants de Soahazo ont rappelé les évènements qui se sont déroulés en septembre 2015 qui a entraîné la mort de l’ancien commandant de compagnie de Betroka.

En ce temps-là, les éléments de la gendarmerie de Betroka, selon ces habitants, ont protégé le village de Soahazo face à une attaque des personnes venues du village de Belambo.

« Pourquoi, ce commandant de compagnie nous aurait protégé, nous et nos bétails si nous étions des " Malaso " » se sont demandés les habitants de Soahazo.

Selon certains quotidiens nationaux qui ont rapportés ces évènements de septembre 2015, « …une scène de guerre a provoqué un séisme à Mangaly-Ivahona, lorsqu’une centaine de bandits armés de fusils de chasse, se sont emparés d’un troupeau de bovidés dans cette localité située à 25 kilomètres du chef-lieu de district de Betroka » (" Express de Madagascar " du 13 septembre 2015).

« … très vite alertés, les " forces de l’ordre " sont venues à la rescousse » (" Express de Madagascar " du 13 septembre 2015).

Les habitants ont également témoigné qu’une cinquantaine de sac de riz ont été brûlé dans les quatre maisons incendiées. Des sommes d’argent d’une valeur d’environ 30 millions d’ariary serait également - selon toujours les habitants - emportés par la gendarmerie.

Aux dernières nouvelles, le « système onusien » a été saisi pour jeter un regard sur les exécutions extra judiciaires à Madagascar, serait-il aussi temps qu’on parle de la tuerie du 7 fevrier 2009 et du « lundi noir » 2009.

On attend l’avis de toutes les organisations onusiennes sur ces diverses exécutions sommes toutes pour des fins d’intérêts mafieux.

La Voix Du Sud

Lire aussi :

https://youtu.be/goW0BObsiSo

Collaboration : " Journalistes anonymes malgaches & Andrew Berthold "

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