Macron veut pouvoir répondre au Congrès : " Et Édouard Philippe, on en fait quoi ? "

, par  DMigneau , popularité : 0%

Macron veut pouvoir répondre au Congrès : " Et Édouard Philippe, on en fait quoi ? "

En plus de son discours présidentiel, Emmanuel Macron veut pouvoir répondre lui-même aux groupes parlementaires au Congrès. - ludovic MARIN / AFP

En annonçant un amendement à la réforme constitutionnelle pour que le président puisse répondre aux parlementaires au Congrès, Emmanuel Macron a semé le trouble jusque dans sa majorité. Sans compter que le Sénat est " vent debout " contre sa mesure.

« J’ai demandé au gouvernement de déposer, dès cette semaine, un amendement au projet de loi constitutionnelle qui permettra que, lors du prochain Congrès, je puisse rester non seulement pour vous écouter, mais pour pouvoir vous répondre. »

L’annonce d’Emmanuel Macron devant les députés et sénateurs, ce lundi 9 juillet à Versailles, était une réponse du " tac au tac " à la " France insoumise " qui a boycotté le Congrès au motif que le chef de l’État ne resterait pas écouter les réponses à son discours ; la Constitution en l’état ne le lui permettant pas.

« Victoirissime ! », a d’ailleurs triomphé Jean-Luc Mélenchon.

Mais la modification annoncée par Macron suscite beaucoup moins d’enthousiasme chez les autres oppositions et surtout, elle gêne jusque dans sa majorité.

" On est juste en train de changer de régime "

« Il y a un petit sujet, quand même. On est juste en train de changer de régime, glisse une députée " LREM " sous le couvert de l’anonymat. On ne peut pas se permettre de prendre tous les risques pour une petite phrase. Et puis Édouard Philippe, on en fait quoi ? »

De fait, un tel changement aurait pour effet de marginaliser un peu plus le Premier ministre - qui est aujourd’hui responsable devant le Parlement, contrairement au président - et d’accroître encore la prépondérance institutionnelle du chef de l’État.

« C’est une atteinte à la séparation des pouvoirs. Cela en fait un président-Premier ministre », relève dans " L’Opinion " le constitutionnaliste Didier Maus, qui parle d’une « descente du président de la République dans l’arène politique », à ses risques et périls.

C’est exactement l’argument qu’avait utilisé le 28 juin un certain… Richard Ferrand, patron des députés " macronistes ", pour rejeter des amendements réclamant que le chef de l’État assiste au débat du Congrès.

« Selon l’esprit de l’article 18 de la Constitution, il s’agit de faire en sorte que le président de la République ne puisse être pris à partie ni interpellé directement », avait expliqué le député du Finistère en commission des lois de l’Assemblée. Car pour ce " macroniste " de la première heure, « ce serait remettre en cause le fait qu’il n’est pas responsable devant le Parlement ».

Autant dire qu’après l’annonce de Macron, Richard Ferrand a dû douloureusement avaler son chapeau… « Il était au courant de ce qu’allait annoncer le président », nous assure toutefois l’un de ses proches. Ce qui ne signifie pas qu’il ait dit son dernier mot : mardi sur " France Inter ", Ferrand a estimé qu’il faudrait « discuter » des « modalités » de « la réponse de l’exécutif » au Congrès.

Il ne le dit pas publiquement mais dans son esprit, il serait logique que cette réponse aux groupes parlementaires revienne plutôt au Premier ministre.

Les sénateurs sont " contre "

A vrai dire, Richard Ferrand sait qu’il faudra négocier avec le Sénat pour que cette réforme aboutisse. Une révision constitutionnelle doit en effet être approuvée par les trois cinquièmes des parlementaires. Or, la droite sénatoriale est " vent debout " contre l’annonce de Macron.

L’idée que le président puisse dialoguer avec le Congrès « bouleverserait tout l’équilibre de la Ve République », a tempêté Gérard Larcher dans " Le Parisien ".

Si sa proposition capote, Emmanuel Macron pourra donc toujours faire " porter le chapeau " aux sénateurs. Reste le coup porté à son crédit en cas d’échec. Une annonce devant le Congrès, une majorité mal à l’aise, un blocage politique puis un piteux renoncement : c’était, toutes proportions gardées, le scénario de la déchéance de nationalité proposée par François Hollande après les attentats de 2015.

En attendant, le fameux amendement Macron n’avait toujours pas été déposé à l’Assemblée ce jeudi soir

Louis Hausalter

Marianne