Macron va-t-il battre en retraite ?

, par  DMigneau , popularité : 0%

Macron va-t-il battre en retraite ?

La manif du 5 décembre, au-delà des guerres de chiffre, a laissé des traces qui ne sont pas prêtes à s’effacer... les syndicats, longtemps méprisés par Macron, ont relevé la tête, et ils semblent déterminés à ne plus se taire.

Il est vrai que ce gouvernement a manqué singulièrement d’habileté dans la gestion de cette réforme, multipliant les cafouillages lors des différentes déclarations de plusieurs ministres, un pas en avant, deux pas en arrière, tout en cachant encore aujourd’hui le réel projet prévu.

Mais le mal est fait, les citoyens sont devenus méfiants et on les comprend, d’autant que la convergence des luttes montre le bout de son museau et c’est ce que craignait le plus ce gouvernement.

Les " Gilets Jaunes " n’ont pas désarmé...

une bonne partie du « corps médical » est dans la rue, infirmières en tête,

https://www.lexpress.fr/actualite/societe/hopital-des-medecins-et-des-infirmieres-manifestent-a-paris-pour-reclamer-plus-de-moyens_2105238.html

sentant bien que le service public est menacé de disparition à terme...

https://www.courrierinternational.com/article/vu-du-royaume-uni-macron-doit-sattaquer-la-reforme-du-service-public

étudiants et « corps enseignant » ont franchi " le Rubicon ",

https://www.letudiant.fr/educpros/actualite/manifestation-du-20-novembre-2008-enseignants-et-lyceens-disent-pourquoi.html

RATP et SNCF ont quitté " les rails " et les routes, et sont sur " le sentier de la guerre ", prêts à tenir au moins jusqu’à Noël,

https://www.linternaute.com/sortir/magazine/1400252-greve-sncf-ratp-les-previsions-de-trafic-de-mardi-10-decembre-devoilees/

jusqu’aux pompiers, agressés par les CRS,

https://www.lci.fr/social/tensions-dans-les-manifestations-du-5-decembre-a-paris-et-lille-des-pompiers-racontent-2139693.html

finalement une bonne partie de la France est dans la rue.

Et ce n’est pas tout car, nos paysans ont eux aussi toutes les raisons de se manifester, comme ils l’ont fait récemment...

https://www.lesechos.fr/industrie-services/conso-distribution/agriculture-des-paysans-excedes-veulent-bloquer-paris-1151037

tout comme les transporteurs routiers, lesquels déjà, tentent de bloquer les raffineries...

https://www.capital.fr/economie-politique/sept-des-huit-raffineries-francaises-en-greve-bientot-la-penurie-1357127

et sans vouloir " noircir " un tableau déjà sombre, les prochains jours pourraient devenir difficiles pour le gouvernement.

Sur le fond, il faut remarquer que la grève contre la réforme des retraites est soutenue par 60 % des français, 86 % d’entre eux pensent qu’elle va durer.

https://www.france24.com/fr/20191205-gr%C3%A8ve-contre-la-r%C3%A9forme-des-retraites-60-des-fran%C3%A7ais-approuvent

Les raisons sont multiples : d’abord le fait que le projet voulu n’est pas connu dans son intégralité et il est d’autant moins lisible que chacun y voit " ce qu’il veut y voir ".

Ensuite, mettre en avant le fait qu’il y ait des régimes différents, avantageant les uns, et pénalisant les autres... sauf qu’il restera toujours des « régimes spéciaux »... l’armée, la police et quelques autres, est une tentative avortée de tenter d’opposer des français aux autres.

Pour aller un peu plus loin, dire que « puisque les français vivent plus longtemps, pourquoi ne travailleraient-ils pas plus longtemps ? » manque singulièrement de logique.

En ces temps de chômage persistant, quoiqu’on en dise, prolonger l’âge de départ à la retraite, c’est priver les classes les plus jeunes de travail... mais c’est aussi " prendre ses aises " avec la sécurité : quid d’une personne âgée aux manœuvres d’un TGV, ou d’un avion ?

Certains évoquent des rapprochements de situation avec la grève de 1995, qui a fait reculer finalement le 1er ministre d’alors, un certain Alain Juppé.

Pourtant la situation n’est pas la même, elle est peut-être pire : à l’époque, la lutte était uniquement focalisée sur le projet de réforme de retraite... or, ce n’est pas le cas aujourd’hui : la colère qui monte chez les français se porte aussi sur la perte du « pouvoir d’achat », les inégalités sociales, la disparition progressive et manifestement programmée du « Service public » (Postes, Hôpital, Prison, Transports, etc.)

Sur le seul chapitre des inégalités sociales, quid de Jean-Paul Delevoye qui, œuvrant pendant 18 mois sur ce projet de réforme, n’a aucun scrupule à cumuler 4 retraites, plus un salaire de plus de 10 000 € ?...

Voilà qui décrédibilise singulièrement " l’artisan " du projet de réforme de la retraite.

https://lesmoutonsrebelles.com/jean-paul-delevoye-cumule-un-salaire-de-10-135-euros-et-4-retraites-video/

Restons sur les inégalités sociales, comme le déclarait récemment Philippe Martinez (CGT) : « Pas besoin de changer de système de retraite pour les femmes pour qu’elles aient de meilleures pensions, il faut les payer comme les hommes pendant qu’elles travaillent », remarquant que " la loi Rudy " a été infoutue de changer quoi que ce soit.

https://www.franceinter.fr/emissions/questions-politiques/questions-politiques-08-decembre-2019

Il ajoute : « Est-ce qu’il y a besoin d’une réforme de la retraite pour augmenter le salaire des enseignants, et des fonctionnaires » ?

Woerth, de son côté, s’en prend au " populisme ", mettant " dans le même sac " « Insoumis » et « front national », reprochant aux « populistes » de vouloir « couper les têtes »... à croire que pour lui 1789 était porté par une vague " populiste " ?

https://www.europe1.fr/politique/retraite-pour-eric-woerth-la-confrontation-est-inevitable-et-doit-etre-assumee-3936079

Macron a fait " monter la pression " dans la cocote minute du pays, mais la pression est devenue trop forte, alors finalement, " la grenouille " est sortie de la casserole avant que la chaleur soit devenue insupportable.

http://www.sechangersoi.be/5Contes/Lagrenouille.htm

A ce stade de la contestation, bien malin pourrait dire comment cela finira, face à l’obstination d’un gouvernement, qui joue tour à tour avec l’apaisement, la confrontation et face à des syndicats déterminés...

Allons un peu plus loin.

Face au « changement climatique » et devant l’inaction constatée de ce gouvernement, des citoyens décrochent régulièrement le portrait " présidentiel " et ils écopent de sanctions souvent lourdes.

Ça n’a manifestement pas découragé ceux, encore en liberté, d’agir.

https://www.huffingtonpost.fr/entry/100-portraits-decroches-de-macron-au-trocadero-contre-linaction-climatique_fr_5decc4d6e4b00563b852918b?ncid=tweetlnkfrhpmg00000001&fbclid=IwAR1QZ7oTNH25bWUib0ISkWUKh3A0mtLxrr4qZilmI4fZD0tVxqxEwKgzhio

Et cette lutte pourrait elle aussi s’agglomérer aux autres...

C’est ce qu’a constaté, entre autres, Philippe Martinez, le leader de la CGT, interrogé le 8 décembre sur l’antenne de " France Inter ", dans l’émission d’Ali Badou « Questions Politiques ».

https://www.franceinter.fr/emissions/questions-politiques/questions-politiques-08-decembre-2019

Étonné que des médias peu scrupuleux lui reprochent de bouder la " concertation ", il rappelle qu’il s’est rendu récemment des dizaines de fois à l’Élysée, sur l’air de « cause toujours tu m’intéresses », ce qui ne l’a pas découragé pour autant.

Il affirme : « C’est le gouvernement qui choisit la confrontation et l’affrontement  », ajoutant quand on a un tel niveau de mécontentement, on se dit : « La réforme, ce n’est pas la bonne, donc on remet " les compteurs à zéro " et on travaille d’autres hypothèses à partir des propositions que fait la CGT, par exemple ».

Il martèle : « Nous avons fait la démonstration que ce système (...) va faire perdre à tout le monde, ce qui prouve qu’il n’est pas bon, donc il faut recommencer. Nous prétendons que nous avons un des meilleurs systèmes de retraite au monde, qu’il faut juste l’améliorer et l’adapter à certaines réalités ».

Quand on lui demande s’il pense que le « secteur privé » pourrait rejoindre la contestation, il rappelle que c’est déjà le cas et qu’il y a eu, pour la journée du 5 décembre 3 500 appels à la grève dans le secteur « privé », notamment dans « l’agroalimentaire » ou la métallurgie, et par " effet boomerang " répond à Bruno Le Maire, le renouveau), lequel affirme que la CGT défend ses troupes plus que les français : « On défend tous les français parce que ce projet concerne tous les français... ».

Mais l’un des intervieweurs, Jeff Wittenberg (" France Télévision ") en l’occurrence lui tient tête, et évoquant le « suffrage universel », rappelle que Macron a été élu par 66 % des français sur la base de son programme et qu’il n’a d’autre alternative que de l’appliquer.

Faux, répond en substance le leader CGT, Macron a été élu " par défaut ", puisqu’il s’agissait de choisir entre Macron ou Le Pen, et pour nombre des français, il ne s’agissait pas de soutenir un programme.

Impertinent, il remarque que ce gouvernement a décidé de virer 300 personnes à " Radio France "... alors que leur taux d’écoute est le meilleur de France, étrange manière de remercier le service public.

Récemment, dans les colonnes d’ " Agoravox ", Valentin Lagorio, secrétaire général adjoint à l’UPF (" Union du Peuple Français "), faisait une proposition qui mérite réflexion : « Si le gouvernement veut lutter contre le soi-disant déficit des retraites, nous lui proposons e s’attaquer à certains privilèges abusifs des " élites politiques ", à valoriser les filières professionnelles pour inciter l’embauche. En suivant cela, il sera possible de fixer la retraite et au minimum à 1400 €  »...

https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/non-a-la-reforme-des-retraites-219632

De quoi relancer la consommation, faire baisser le chômage, et remplir les caisses de « la Sécu »...

Mais Macron connaît-il l’usage de " la marche arrière " ?

Prendra-t-il le risque de provoquer un grave " accident social " ?

L’avenir nous le dira...

Comme dit mon vieil ami africain : « un grain de riz aura toujours tort devant une poule ».

Le dessin illustrant l’article est d’Alex

Merci aux internautes pour leur aide précieuse.

Olivier Cabanel

AgoraVox