Macron le 10 février à Belfort pour acter le rachat à " General Electric " par EDF des turbines " Arabelle "

, par  DMigneau , popularité : 0%

Macron le 10 février à Belfort pour acter le rachat à " General Electric " par EDF des turbines " Arabelle "

Emmanuel Macron en mai 2015. AFP

D’après les informations de " Marianne ", le rachat des turbines développées par " Alstom " et sur lesquelles les Américains avaient mis la main sera formalisé dans une semaine. En présence du chef de l’État pourtant impliqué dans la perte de cette branche stratégique…

Selon nos informations, Emmanuel Macron se rendra très prochainement à Belfort pour entériner la vente à EDF de GEAST, le fabricant des turbines " Arabelle " développées initialement par " Alstom ".

Le patron américain de " General Electric ", Larry Culp, est - lui - actuellement présent en France pour finaliser cette vente. Une présentation officielle de la signature du contrat de cession d’ " Arabelle " à EDF devrait se faire – sauf contretemps de dernière minute – sur le site même de " General Electric " en présence du président de la République.

À l’origine, cette signature devait intervenir le mardi 8 février, entre 11h30 et 14h30, et devait être rendue publique ce vendredi.

Finalement le rendez-vous est désormais fixé au 10 février. Ce n’est pas la première fois que le calendrier varie. Un premier rendez-vous avait déjà été annulé en décembre 2021.

Interrogé par " Marianne ", Bercy n’a pas confirmé ni infirmé l’information.

« L’État » a pris son temps pour racheter cette tranche importante de souveraineté nationale. Les négociations auront duré plus de 18 mois et sont donc en passe d’être finalisées. Elles ont longtemps porté sur le prix de vente qui devrait s’élever à un peu plus d’un milliard d’euros - comme l’avait dévoilé " Challenges " mi-janvier - ainsi que sur le périmètre exact des technologies concernées par la vente d’ " Arabelle ".

C’est sur ce dernier point que les négociations bloquaient. Les Français souhaitaient qu’elles concernent l’ensemble de la conception, la production, la commercialisation et la maintenance des turbines pour réacteurs nucléaires.

Le préfet Girier au cœur des négociations

" Arabelle " est la turbine la plus puissante et la plus fiable du marché pour transformer en électricité la vapeur dégagée par l’eau portée à ébullition par la fission des atomes dans les centrales nucléaires. Elle équipe un tiers des centrales dans le monde, dont les EPR.

C’est le préfet du Territoire de Belfort, Jean-Marie Girier, qui participerait directement aux négociations finales de cession avec le patron américain de " General Electric ".

Jean-Marie Girier est un proche d’Emmanuel Macron et fait partie des " Macron Boys " qui l’ont accompagné pendant la campagne présidentielle de 2017. Nommé à Belfort, en 2020, ce pilier de la " Macronie " est le plus jeune préfet de France et pourrait être directement impliqué dans la campagne présidentielle à venir.

A l’origine, le dossier de reprise avait été monté par Frédéric Pierucci, ancien cadre d’ " Alstom " accusé de corruption par les États-Unis et arrêté en 2013.

Mais « l’Elysée » a privilégié EDF.

Bercy a commencé à discuter avec " General Electric " en septembre 2020.

En mars 2021, le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, avait déclaré, dans les colonnes de " l’Est Républicain ", rechercher « une solution française pour les turbines " Arabelle " », produites par GE, ajoutant que " cette solution permettra de sécuriser cet actif unique, les compétences qui vont avec et qui sont indispensables à notre avenir énergétique ".

Macron bénéficiaire après avoir été responsable

Le dossier a traîné pendant des mois. Les salariés de " GE Steam Power ", qui regroupe les activités de GE en France, avaient été informés de l’ouverture de " discussions préliminaires " avec EDF en septembre 2021. Mais « l’État » français, actionnaire majoritaire d’EDF, disposait quand même d’un " golden share ", c’est-à-dire un droit de veto en cas de revente à un acteur étranger.

C’est ce qui lui a permis de " prendre son temps " pour finaliser le rachat par EDF de l’ancienne branche d’ " Alstom "…

Si cette solution a été longue à trouver, c’est notamment parce que la direction d’EDF n’était pas très enthousiaste pour participer à cette opération pourtant déterminante pour l’avenir énergétique de la France.

Emmanuel Macron pourrait - lui - en profiter sur le plan politique et débuter sa campagne électorale par une " belle opération " : le rachat aux Américains d’un fleuron français emblématique.

Cependant, il est difficile d’oublier que l’actuel président est un acteur important de la cession du pôle " Énergie " d’ " Alstom " au géant américain en 2014.

Emmanuel Macron était « Secrétaire général adjoint » de « l’Élysée » de 2012 à 2014, puis ministre de l’Économie de 2014 à 2016, périodes durant lesquelles « l’Élysée » et Bercy ont directement participé à l’opération de cession d’ " Arabelle " aux Américains.

À ces postes-là, jamais Emmanuel Macron n’a pris conscience ou tenu compte – c’est selon… – de la perte de souveraineté que représentait cette opération dénoncée par plusieurs politiques (Olivier Marleix à droite, Arnaud Montebourg " à gauche ", notamment) et racontée par notre collaborateur Jean-Michel Quatrepoint dans " Alstom, scandale d’État " (Fayard).

Des milliers de postes supprimés

Au moment du rachat, soutenu par Washington, le géant américain est alors prêt à tout pour s’emparer de ce joyau français.

Au-delà des quelque 13 milliards d’euros mis sur la table, le groupe américain, qui comptait 16 000 emplois industriels en France - hors " GE Capital " - promettait d’en créer 1 000 supplémentaires.

En 2015, lorsqu’il est ministre de l’Économie et des finances, Emmanuel Macron s’était lui-même rendu à Belfort, s’engageant sur le fait qu’il n’y aurait aucune perte d’emploi chez " General Electric ".

La " promesse " n’a pas été tenue.

Au final, le bilan du conglomérat est catastrophique en France, avec 5 000 postes supprimés selon les syndicats, dont 1 200 à Belfort.

Par ailleurs, le groupe a connu de sérieux déboires aux États-Unis et multiplié les " cures d’amaigrissement ", cessions d’actifs et réorganisations.

Le groupe " General Electric " qui était l’une des plus grosses capitalisations de Wall Street avec 600 milliards de dollars, au début des années 2000 a payé au prix fort des acquisitions ratées et les conséquences de la crise des " subprimes " de 2008 avec de nombreux investissements risqués dans " l’immobilier commercial ".

Larry Culp a d’ailleurs été nommé à la tête de GE en octobre 2018 pour tenter de " redresser la barre ", s’engageant notamment à alléger la dette de l’entreprise, ce qui oblige la société de vendre, à son tour, des actifs pour trouver du " cash ".

Ce qui permettra peut-être à Emmanuel Macron de dire que tout le monde sort " gagnant " de cette cession hasardeuse… dont il est l’un des principaux responsables.

Régis SOUBROUILLARD

Marianne.fr