Macron et la police : une relation tumultueuse en cinq dates

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Macron et la police : une relation tumultueuse en cinq dates

Le Président Emmanuel Macron visite la Police Municipale de Lyon en 2017
© ludovic MARIN / AFP

Soutenir, décevoir, soutenir, décevoir : le président de la République peine à maintenir une position claire face aux policiers.

Après l’agression de deux policiers à Herblay (Val d’Oise), blessés par balle, puis l’attaque du commissariat de Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne), Emmanuel Macron s’est décidé à recevoir les syndicats de police à l’Élysée ce jeudi 15 octobre.

Les organisations qui souhaitaient cette entrevue de longue date réclament notamment la mise en place d’une réponse pénale spécifique pour les agressions contre les policiers et le doublement de la prime pour les « nuiteux », qui plafonne actuellement à 100 € par mois.

Mais le geste du président sera-t-il suffisant pour clarifier une relation fluctuante avec le corps policier depuis son arrivée à l’Élysée ?

Octobre 2017 : la séduction

Dés le jour de son investiture, Emmanuel Macron marque son soutien aux « forces de l’ordre ». Lors de la traditionnelle descente des Champs Élysées, il fait arrêter la voiture présidentielle à l’endroit où le policier Xavier Jugelé avait été abattu par un terroriste le mois précédent.

Puis le 18 octobre 2017, il invite à l’Élysée 500 des personnalités les plus importantes de la « sécurité intérieure » : militaires, gendarmes, policiers, préfets. Seul Nicolas Sarkozy au début de son mandat avait rassemblé autant de représentants de " l’ordre " à l’Élysée.

Lors de son discours ce jour-là, le Président souhaite " durcir la réponse face aux menaces qui visent les policiers et les gendarmes ". Il confirme également la mise en place d’une " police de sécurité " du quotidien pour reconquérir les quartiers difficiles.

Juillet 2018 : le grain de sable Benalla

A l’été 2018, la retentissante " affaire Benalla " instille un premier trouble entre l’Élysée et les policiers. Le rôle " brumeux " d’Alexandre Benalla auprès d’Emmanuel Macron tout comme sa personnalité génèrent des tensions que les responsables syndicaux affichent publiquement lors de leur audition par la commission d’enquête du Sénat le 24 juillet 2018.

" Il se comportait comme un cador " se souvient alors le secrétaire général du « Syndicat des cadres de la sécurité intérieure » (SCSI), Jean-Marc Bailleul.

" La confusion des rôles, des missions, l’ambiguïté des fonctions de M. Benalla, nous posent de graves problèmes, notamment sur la lisibilité des instructions qu’il pouvait donner à nos collègues ", rapporte Olivier Boisteaux, président du « Syndicat indépendant des commissaires de police » (SICP).

Mars 2019 : " Ne parlez pas de violences policières "

Les manifestations des " Gilets jaunes " déclenchent de multiples affrontements entre contestataires et policiers. Après l’épisode très violent du samedi 1er décembre 2018 à Paris, le président vient examiner lui-même les dégâts et remercie les « forces de l’ordre ».

La nécessité de ménager les troupes malmenées l’amène à contester les termes de " violences policières " qui rencontrent pourtant de plus en plus d’écho médiatique au fil des tirs de LBD et de grenades de " désencerclements ".

« Ne parlez pas de “ répression ” ou de “ violences policières ”, ces mots sont inacceptables dans un État de droit », assène-t-il lors d’une réunion du " grand débat ", le 7 mars 2019, à Gréoux-les-Bains (Alpes-de-Haute-Provence).

Janvier 2020 : " Améliorer la déontologie des forces de l’ordre "

Mais les accusations de violences policières ne faiblissent pas, renforcées par la mort de Steve Maïa Caniço lors de la " fête de la musique " à Nantes en juin 2019.

Au mois d’août, le président reconnaît que les enquêtes ouvertes par l’IGPN doivent " nous emmener à repenser certaines méthodes d’interventions, à les re-légitimer si besoin ".

Il monte encore " d’un cran " le 15 janvier 2020 lors d’un déplacement à Pau en appelant le ministre de l’Intérieur à " améliorer la déontologie des forces de l’ordre ".

Colère des syndicats. Frédéric Lagache, d’ " Alliance ", gronde auprès de l’AFP : " Ses propos sont malvenus après la mort d’un collègue et alors que les responsables sont toujours en fuite " - la veille, près de Lyon, un policier avait été volontairement percuté par un fourgon lors d’une intervention.

Juin 2020 : la " sortie de route " de Castaner

En écho à " l’affaire George Floyd ", tué en mai par un policier aux États-Unis, " l’affaire Adama Traoré " (décédé au cours d’une interpellation par les gendarmes en juillet 2016 dans le Val d’Oise) revient " sous les feux de l’actualité ".

Sa sœur réussit une importance mobilisation devant le palais de justice de Paris sur le thème des violences policières et du " contrôle au faciès ". Le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, " se prend les pieds dans le tapis " du " en même temps " en promettant qu’une " suspension (administrative) soit systématiquement envisagée pour chaque soupçon avéré d’actes ou propos racistes ".

Nouvelle colère des policiers qui jettent au sol leurs menottes en guise de protestation.

Rétropédalage " macronien " le 14 juin 2020 : les forces de l’ordre " méritent tout le soutien et la reconnaissance de la Nation ", rassure le président.

Un mois plus tard, il satisfait une attente syndicale en annonçant la généralisation des " caméras piétons ". Puis le 27 juillet, lors d’une visite des commissariats du XVIIe et du XVIIIe arrondissement à Paris, il promet une prime entre 50 € et 100 € par mois pour les membres de la BAC de nuit.

Julien VITTOZ

Magazine " Marianne "