Macron et l’appli qui " surveille " ses ministres : le gros coup de com’ du président manager ?

, par  DMigneau , popularité : 0%

Macron et l’appli qui " surveille " ses ministres : le gros coup de com’ du président manager ?

Emmanuel Macron suivrait l’avancée des réformes grâce à une appli spéciale. - DOMINIQUE FAGET / POOL / AFP

Plusieurs médias ont révélé " en exclusivité " ce lundi 16 septembre l’existence d’une application réservée permettant au président de la République de suivre " en temps réel " l’avancement des réformes de ses ministres. De quoi conforter l’image revendiquée par Emmanuel Macron d’un président manager de " l’entreprise France ".

Un " scoop " partagé par trois médias en même temps, ce n’est pas banal. Ce lundi 16 septembre, pourtant, BFMTV, " Le Figaro " et " Europe 1 " rapportent en chœur et en " exclusivité " que « l’Élysée » s’est doté d’une application pour portable inaccessible au grand public, spécialement conçue pour suivre l’avancée de l’œuvre réformatrice du président de la " start-up nation ".

" L’application qui fait trembler les ministres "

" Découvrez l’application smartphone secrète qui place les ministres sous la surveillance de l’Élysée ", fanfaronne la radio, pendant que le quotidien trompette : " Macron se dote d’une application pour surveiller le travail de ses ministres ". " L’application qui fait trembler les ministres : comment Macron mesure en temps réel leur efficacité ", s’extasie enfin la télévision.

« Cela s’appelle " le tableau de bord de la Transformation publique ". Il suffit d’y entrer une thématique et un pourcentage apparaît. Comme une sorte de curseur de l’avancement des dossiers », explique " Le Figaro ".

" Si la mise en pratique avance bien, la petite barre est verte ; si elle traîne, elle devient rouge ", complète " Europe 1 ".

Capture d’écran flatteuse

D’où sort cette appli " big brother " ?

Selon BFMTV, ses " inventeurs " ne sont autres que le secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler, et le délégué interministériel à la Transformation publique, Thomas Cazenave. Les données qu’elle analyse sont - quant à elles - issues de la « Direction de la transformation publique », qui centralise les données de chaque administration, permettant de fournir ces estimations chiffrées.

Une capture d’écran – bonne nouvelle pour le gouvernement, tous les voyants y apparaissent au vert… – nous apprend ainsi, dans les trois articles de nos confrères " très bien informés ", que le " taux d’exécution du plan de transformation " de l’Éducation nationale est estimé à 53 %.

L’application détaille les grands axes de la politique gouvernementale : " Moderniser la gestion des RH ", " mettre en œuvre la réforme du lycée et du bac ", " maîtriser les fondamentaux ", etc.

Capture d’écran BFMTV

La technocratie dans le collimateur

Une pratique proche de que ce que le sabir managérial appelle le " reporting ", permettant à Emmanuel Macron de gérer " l’entreprise France " qu’il invoquait durant sa campagne présidentielle.

Avec la " fuite " de l’existence de cette appli, voilà confortée la statue de « commandeur » du chef de l’État, tenant " la bride courte " au gouvernement. " Si la méthode a de quoi surprendre, le dispositif lui-même illustre combien Emmanuel Macron entend répondre à l’exigence de résultats concrets des Français ", analyse ainsi BFMTV.

" Fliquer " les ministres permettrait aussi, complète " Le Figaro ", d’aiguillonner ceux qu’Emmanuel Macron juge " trop à la main de leur administration ". "« Une manière, selon BFMTV, de remettre sur la table le " spoil system " promis par le candidat Macron » qui avait promis de " changer " ou de " confirmer l’intégralité des postes de direction dans la fonction publique ".

" Cassez les codes ! Vous avez carte blanche pour réorganiser vos administrations ", aurait lancé le président de la République à ses ministres, selon la chaîne.

Depuis la crise des " gilets jaunes ", ces dernières se trouveraient - en effet - dans le collimateur du chef de l’État. Leur pesanteur est régulièrement pointée du doigt par « l’exécutif » et sa majorité parlementaire comme la cause de l’exaspération des citoyens aux yeux desquels le gouvernement n’irait " pas assez vite ". " Je sais que beaucoup sont impatients, le président de la République nous a demandé d’aller vite, il a raison. Et nous, nous sommes déterminés à faire vite et à faire bien ", avait ainsi martelé le Premier ministre en ouverture d’un séminaire gouvernemental en avril dernier, selon des propos rapportés par " Les Échos ".

" L’emprise de la technostructure nous a empêchés d’avancer suffisamment vite. Eh bien ça, c’est fini ", avait aussi assuré le délégué général de " La République en marche " (LREM), Stanislas Guerini, le 14 décembre dernier, comme l’avait relevé " Le Monde ".

" Ce que dit le président de la République, il faut que ça soit appliqué et que l’on ne se perde pas dans les mesures techniques, technocratiques ", insistait-il. Sous l’œil scrutateur du " Tableau de bord de la Transformation publique ", les ministres seraient ainsi incités à reprendre " les rênes " de leurs administrations centrales.

Mais alors, pourquoi ne pas pousser encore davantage le gouvernement en mettant l’application à disposition de n’importe quel citoyen ?

Emmanuel Macron y serait opposé afin de ne pas trop exposer le gouvernement.

En attendant, le coup de com’ est passé.

Louis Nadau

Marianne