Macron cherche des " enchantements " pour se réconcilier avec le " pays réel "

, par  DMigneau , popularité : 0%

Macron cherche des " enchantements " pour se réconcilier avec le " pays réel "

Emmanuel Macron a reçu les députés de la majorité à l’Elysée, mardi 11 février. - GONZALO FUENTES / POOL / AFP

Mardi soir à l’Élysée, Emmanuel Macron a appelé les députés de sa majorité à s’emparer de sujets plus simples et plus concrets en vue de 2022. En bref, à parler la même langue que les Français… Mission impossible ?

Comme un air de " campagne " à l’Élysée.

Mardi soir, Emmanuel Macron recevait les députés de la majorité pour une séance de « calinothérapie », selon le terme « médiatiquement » consacré. Après la retentissante polémique sur l’allongement du congé parental après le deuil d’un enfant, refusé par " la Macronie "... dans un premier temps, le chef de l’État avait jugé bon de requinquer ses troupes déprimées par l’épisode.

Il l’a fait dans une formule qui rappelait le « grand débat » de l’an dernier : debout, micro en main, dans la salle des fêtes de l’Élysée, pour répondre aux doléances des quelque 320 élus présents.

En cette " mi-temps " de son quinquennat, Emmanuel Macron a commencé par jouer les " entraîneurs de vestiaire ".

« Compte tenu de ce que vit le pays, il y a un devoir d’unité. Ou on réussit ensemble ou on échoue ensemble », a-t-il martelé, selon des participants. Un mot d’ordre doublé d’un avertissement, alors que les départs de députés de la majorité se multiplient : « J’ai vu le quinquennat précédent se disloquer sur des initiatives personnelles. Les gens qui faisaient les plateaux de BFM en solitaire n’ont jamais été réélus. »

Une référence " aux frondeurs " qui s’étaient rebellés contre François Hollande.

" Soyez fiers d’être amateurs "

« Si les professionnels, ce sont ceux qu’on a virés il y a deux ans et demi, et que les amateurs, c’est vous, alors soyez fiers d’être amateurs », a également lancé Macron.

Et de poursuivre, tout aussi modeste : « Ce qu’on a réussi il y a deux ans n’est pas une parenthèse. C’est la nouvelle vie politique. »

Sauf que Macron a beau se prendre pour l’instaurateur du « nouveau monde », il n’est tout de même pas complètement sourd aux multiples mécontentements qui montent du pays. Et alors que le député Jean-Michel Fauvergue, ancien patron du " Raid ", l’interrogeait sur la sécurité et le « maintien de l’ordre », il a tenté de mettre des mots sur le sentiment des Français.

« A force de voter, on pense qu’il y a un pays légal et un pays réel. On vote et ça n’a jamais d’effets », a déploré Macron, reprenant les célèbres expressions de Charles Maurras.

« Il faut se concentrer sur la manière de mettre en œuvre », a-t-il ajouté.

Macron l’enchanteur...

« Une fois qu’on aura passé les retraites, à l’été, il y aura une respiration, avec une nouvelle page », a promis Emmanuel Macron, en annonçant un séminaire entre le gouvernement et la majorité cet été pour travailler sur les futures priorités.

Car pour lui, « la fin du quinquennat, après les retraites, c’est le régalien et l’écologie  ». Deux marqueurs censés le préserver à la fois sur sa droite et sur sa " gauche ".

D’une part, les cadres de la " Macronie " redoutent un scénario à la Jospin en 2002 : le candidat " socialiste " avait négligé les sujets sécuritaires qui imprégnaient la campagne et Jean-Marie Le Pen s’était imposé à sa place au second tour.

D’où l’offensive souhaitée par Macron - mais encore très vague - sur la lutte contre « les séparatismes », un terme qu’il a répété mardi.

Seconde hypothèse redoutée par les proches du chef de l’État : un pôle « écologiste » qui parviendrait à réveiller « la gauche » d’ici 2022.

Cap sur la présidentielle, donc.

Devant ses troupes, Macron a encore appelé à « choisir quelques enchantements simples et se mobiliser à fond sur les deux dernières années. Il faut cinq à dix sujets simples qu’on scandera partout pour être associés à ça. On a trop communiqué sur des choses compliquées, pas assez tangibles. »

Mais n’est-il pas trop tard pour que la " Macronie " se mette à parler la même langue que les Français ?

Louis Hausalter

Marianne