Luxembourg, un paradis fiscal ? Nouvelle preuve par le cash

, par  DMigneau , popularité : 4%

Luxembourg, un paradis fiscal ? Nouvelle preuve par le cash

Xavier Frison

Le Luxembourg a émis plus de 8 % des pièces et billets en euro depuis la création de la monnaie unique. Le petit duché, qui ne représente pourtant que 0,5 % de l’économie de la zone euro, confirme ainsi sa situation de place " off shore " au cœur de l’Europe.

Faites le test : plongez dans votre porte-monnaie et tirez au sort une pièce. En théorie, vous avez peu de chance de tomber sur une pièce à l’effigie du Grand-Duc Henri, figure historique de notre voisin le Luxembourg. Sauf qu’en réalité, cette probabilité est proche de une chance sur dix. C’est le " Financial Times " qui a levé le lièvre le 9 mars dans un article intitulé « Une preuve de plus dans le dossier contre le Luxembourg (NDLR : comme paradis fiscal) ».

A l’inverse des Français qui utilisent volontiers leur carte bancaire, les Allemands gros utilisateurs de " cash " ont logiquement émis plus de monnaie que leur part relative dans l’économie de la zone euro : un peu moins de deux fois.

Tout cela reste dans le champ du rationnel.

En revanche, les Luxembourgeois ont littéralement fait tourner à plein régime la planche à billets. Ils en ont imprimé 16 fois plus que leur poids de 0,8 % dans le PIB de la zone euro le laissait présager.

Résultat : depuis la création de la monnaie unique, ce sont plus de 8 % de l’ensemble des pièces et billets en euro qui sont " made in Luxembourg ", soit autant que la Belgique, l’Espagne, l’Irlande et les Pays-Bas réunis !

Seule la France, avec 10 % des émissions, l’Italie, avec 12,8 % et surtout l’Allemagne avec 53,13 % font mieux que le petit duché.

Valises d’argent

" Marianne " avait déjà montré l’impressionnant nombre de cartes bancaires émises par les établissements luxembourgeois, notamment à destination des résidents des autres pays de l’Union Européenne et sa traduction : la fréquence d’utilisation de ces cartes en dehors du duché.

Les statistiques sur la monnaie fiduciaire issue de la Banque centrale européenne sont une preuve supplémentaire que le petit pays constitue une véritable place " off shore " au cœur de l’Europe.

A un moment ou à un autre, il faut bien sortir l’argent des comptes cachés aux fiscs nationaux et dès lors, trois solutions existent.

La première, on l’a vu : l’utilisation des cartes bancaires, blanchir son argent en le dépensant ni vu ni connu pour payer son restau ou son plein d’essence, par exemple.

Pour les plus grands montants, restent les deux autres : soit le rapatriement par virement qui laisse de nombreuses traces, soit la bonne vieille technique de la mallette de cash qui, elle, n’en laisse aucune.

7 milliards en cash rapatriés chaque année

Cette incroyable émission de monnaie fiduciaire de la part du Luxembourg correspond pour une grande partie aux retraits effectués aux guichets des institutions financières par les personnes voulant rester discrètes et donc en toute hypothèse issu d’argent non déclaré.

Selon le Financial Times, les données de la BCE conduisent à estimer à 100 milliards d’euros le volume d’argent des petites mallettes qui ont traversé la frontière luxembourgeoise depuis 15 ans. Près de 7 milliards par an de cash ont ainsi été rapatriés sans passer par la case impôts.

Pensez-y la prochaine fois que vous croisez une pièce avec la trogne du Grand-Duc dessus.

Emmanuel Lévy

Marianne

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