Lula : une idée du Brésil que le juge Moro ne peut pas arrêter

, par  DMigneau , popularité : 0%

Lula : une idée du Brésil que le juge Moro ne peut pas arrêter

L’arrestation de Lula a eu lieu au même endroit où, en 1980, des agents de la dictature militaire l’ont arrêté. Devant une foule compacte Lula a déclaré : « Ils se trompent. S’ils pensent que je vais m’arrêter, je ne m’arrêterai pas parce que je ne suis pas qu’un être humain, je suis une idée... »

L’arrestation de Lula a eu lieu au même endroit où, en 1980, des agents de la dictature militaire l’ont arrêté.

Devant une foule compacte Lula a déclaré : « Ils se trompent. S’ils pensent que je vais m’arrêter, je ne m’arrêterai pas parce que je ne suis pas qu’un être humain, je suis une idée. Une idée du Brésil qui est en vous tous. Vous êtes ici tous Lula ! Chaque jour passé en prison, plus de Lula seront dans les rues. »

Sans doute, Lula est la figure politique la plus emblématique du Brésil et la plupart des Brésiliens sont convaincus qu’il est le seul capable de réconcilier toutes les Brésiliennes et tous les Brésiliens.

L’idée de Lula a toujours été de bâtir un projet de société où toutes les catégories sociales seraient inclues, principalement celles qui pendant des siècles ont été exclues de la société brésilienne.

À 72 ans, Lula est un " leader né ", condamné à plus de 12 ans de prison et emprisonné, la figure la plus emblématique et essentielle de l’histoire politique et en particulier pour la gauche brésilienne et sud-américaine.

De sa prison, il continue d’exercer son influence politique.

Lula est devenu un prisonnier politique.

Il a été condamné sans preuves, seulement avec des délations sélectives sous pression et par la « conviction politique » de Sergio Moro, ainsi que d’autres juges conservateurs et procureurs.

Ceux-ci ont créé une justice despotique, sans souci de l’état de droit.

Le juge Moro et ses complices du pouvoir judiciaire ont déclenché un arsenal juridique contre Lula dans une véritable croisade contre l’ennemi.

Le plus aberrant est que le juge de première instance n’a pas tenu compte de la constitution brésilienne, compromettant l’état de droit et affirmant en toute impunité qu’il ne respecte pas la loi brésilienne mais la loi américaine.

Il a fait un usage abusif du « lawfare » pour délégitimer l’ennemi dans l’intention de lui nuire, pour atteindre son but principal qui était « d’arrêter Lula et de l’empêcher de revenir au pouvoir ».

Pour atteindre son objectif, il a bénéficié du soutien inconditionnel des médias nationaux hégémoniques, des secteurs conservateurs du pouvoir judiciaire et du pouvoir exécutif.

Selon l’avocat de Lula, Mme Valeska Teixeira, le juge Moro a mis sous écoute tous les avocats du cabinet Texeira qui défendaient Lula dans l’opération « Lava Jato ».

Il y a eu plus de 400 connexions surveillées.

Ils ont ainsi pu connaître l’ensemble de l’organigramme des différents scénarios de la défense de Lula !

L’avocat Rodrigo Tacla Duran, qui a été interdit de témoigner par le juge Sergio Moro, écrit dans un article récent :

« En ne donnant pas une chance à la défense, le juge Sergio Moro ignore solennellement la Constitution, la loi organique du pouvoir judiciaire, le Code criminel, le Code de procédure pénale, le Statut du Plaidoyer et le Statut des Droits de l’Homme des Nations Unies. Il ignore même la loi des États-Unis, qu’il apprécie tant, car personne n’y est condamné sans preuves et sans droit de défense ».

Le juge Moro continue d’agir en violation de la Constitution et s’appuie sur les thèses qui soutiennent « l’état d’exception ». Son équipe et lui interprètent les lois comme ils l’entendent et agissent en tant qu’opposants politiques de Lula et non en tant que « serviteurs impartiaux » de la Justice.

Les premiers avocats de la défense du président brésilien insistent sur le fait que la peine est non seulement injuste, mais aussi le résultat d’une affaire judiciaire marquée dès le début par des irrégularités graves, sans apporter aucune preuve de la faute alléguée.

Il convient de mentionner que l’arrestation de Lula a été la dernière étape de la préparation des deux coups qui ont affaibli la démocratie brésilienne et alimenté le monstre du fascisme qui rode maintenant dans tous les coins du Brésil.

En 1926, Gramsci a déclaré :

« Sur le plan économique, le fascisme agit comme un instrument d’une oligarchie industrielle et agraire axée sur la concentration et le contrôle de la richesse du pays dans les mains du capital ».

Malheureusement au Brésil, on ne prend pas assez en compte les barbaries du 20e siècle. Aujourd’hui, on a vu que tout est possible dans la politique brésilienne, pas seulement dans les phénomènes les plus inattendus, les plus abjects et les plus morbides.

Le « modus operandi » pour obtenir une peine d’emprisonnement de Lula doit être dénoncé jusqu’à ce que la « Cour Suprême » mette fin à ce procès entaché d’irrégularités et reconnaisse les erreurs qui ont mené Lula en prison. Sinon, elle assumera la responsabilité du collapsus de la société brésilienne et du chaos de la crise économique et politique.

Malheureusement, aujourd’hui les élites de la société brésilienne sont en déclin. Elles sont dénuées de tout sentiment de patriotisme économique et de valeurs républicaines, dépourvues de valeurs de fraternité, de solidarité et de justice.

Comme le philosophe brésilien Renato Janine Ribeiro a déclaré dans l’interview au journal " Sul 21 " : « La démocratie dans le pays n’a pas pris corps, n’est pas entrée dans l’ADN des brésiliens. Nous avons un ADN méticuleusement planifié pour être une société d’inégalité, d’exclusion et d’exploitation  ».

Ce qui se passe aujourd’hui - la somme de la médiocrité politique, de l’insécurité économique et des souffrances sociales de la population - fait du Brésil un champ fertile pour un nouveau type de fascisme où prévaut la perte de références historiques et de perspectives d’avenir.

Le « modus operandi » du coup d’État contre le processus démocratique

En premier lieu, la droite brésilienne et les secteurs conservateurs devaient renverser la légitimité de la réélection de la présidente Dilma Roussef, empêcher sa gouvernance jusqu’à son " impeachment ".

Puis démanteler le processus de continuité d’un plan de société « Brésil pour tous » ce qui a été initié par Lula. La liste des programmes qui a favorisé une plus grande inclusion sociale dans le monde serait trop longue pour un article de journal.

Citons les plus importants :

- Bourse Famille,

- « Pet », le programme d’éradication du travail des enfants,

- « EJA-éducation » pour les jeunes et les adultes,

- « Prouni », programme national " Université pour tous ",

- « PRONAF », " Programme national de renforcement de l’agriculture familiale ",

- Électricité pour tous,

- « Pronatec », Programme national d’accès à l’enseignement technique et de l’emploi,

- « Fies », Prêt pour les étudiant,

- Fonds « Sourire Brésil »,

- « Ma Maison, Ma vie »,

- « Brésil Câlin » visant à renforcer la « Bourse Famille » dans les soins de la petite enfance,

- garantie de crèches...

Pour arriver à son but, la première grande mesure prise par le gouvernement conspirateur de Temer après le coup d’État « parlementaire-judiciaire-médiatique » a été la proposition d’amendement constitutionnel « PEC 241 » qui a gelé les dépenses publiques pendant 20 ans.

Il a considérablement réduit les investissements dans l’éducation, la santé et les services sociaux.

Le « PEC », considéré comme la grande priorité par le gouvernement Temer, a décrété la fin de l’obligation de l’État d’assurer les droits sociaux.

Il était urgent de conclure la fin du cycle de Lula et Dilma.

Éviter à tout prix que le protagoniste d’un « Brésil pour tous » puisse revenir au pouvoir pour continuer les programmes interrompus et ainsi dessiner de nouveaux projets pour une société mettant fin aux maux de la " Grande Maison " (Maison de maître des esclaves).

Cette stratégie montée comme un processus atteindra son but avec l’arrestation de Lula.

Pour la première fois dans l’Histoire politique du Brésil, le « Law-fare » est mené dans le cadre d’une stratégie de complicité politique entre les 3 pouvoirs - le judiciaire, le législatif, l’exécutif - et le quatrième pouvoir : les médias.

Un détail qu’il faut souligner est que la propagande médiatique, les fausses informations sur Lula et sa famille, les accusations des procureurs selon lesquelles Lula était « le chef d’un gang » qui avait mis le pays en faillite n’ont pas eu l’impact escompté.

La manipulation des données économiques en montrant la reprise de l’économie brésilienne n’a pas non plus fonctionné.

Le gouvernement conspirateur disait qu’il était urgent de rechercher « l’équilibre économique » en vantant le « pont vers l’avenir », cependant, le pont promis de M. Temer est tombé dans l’abîme !

Toutes les réformes approuvées par la majorité des parlementaires conspirateurs du Congrès n’ont eu aucun impact positif sur l’économie.

La corruption galope en toute impunité et des « pots de vin » sont devenus " monnaie courante ", presque tous les ministres sont accusés de corruption.

« Le marché » a vu dans le gouvernement Temer l’occasion de mettre en pratique le néolibéralisme économique et son idéologie très proche de ce nouveau fascisme.

Premièrement, les réformes structurelles, parmi lesquelles la « réforme du travail » garantissant une main-d’œuvre bon marché et sans droits, puis la privatisation totale des secteurs stratégiques du Brésil (eau, électricité, aviation, pétrole pré-sel inclus, des grandes entreprises d’infrastructures avec un savoir-faire technologique, appropriation libre de la biodiversité amazonienne, etc.).

Malgré tout l’appareil installé par le gouvernement, par Moro et ses complices membres du STF (" Suprême Tribunal Fédéral "), de " Globo " et des associés des médias hégémoniques, le peuple brésilien semble se réveiller.

Beaucoup de ceux qui ont soutenu le coup se repentent, mais la gueule de bois est aussi grande que la déception. Les organismes d’enquête d’opinion principalement ceux liés aux médias traditionnels ne peuvent plus cacher leurs données : le pouvoir judiciaire a perdu sa crédibilité, tout comme les politiciens qui ont participé au coup d’État.

Le chiffre qui émerge est celui de la popularité de Luis Inácio Lula da Silva.

Même prisonnier, il est le candidat préféré à ces élections.

La pétition signée par les grands intellectuels du monde entier « Élections sans Lula est une fraude », le manifeste des anciens présidents d’Europe, les vidéos du soutien à Lula par des artistes et intellectuels brésiliens, sud-américains, européens et américains se multiplient.

Dernièrement il a eu aussi la visite d’un conseiller du Vatican pour apporter un cadeau du Pape Francisco : un rosaire et un message de solidarité du Pape.

Il a été interdit par la police fédérale de lui rendre visite. Toutes ses initiatives ont eu un impact positif sur l’opinion publique nationale et internationale. Le blocage des médias, les fausses nouvelles perdent de leur effet avec l’utilisation des réseaux sociaux qui contre-attaquent.

Lula est le prisonnier politique qui bénéficie le plus de la solidarité nationale et internationale.

Moro voulait arrêter l’étoile du " PT " et Lula est devenu une constellation.

Marilza de Melo Foucher

MediaPart