Londres attaque Pékin pour défendre les Ouïghours

, par  DMigneau , popularité : 0%

Londres attaque Pékin pour défendre les Ouïghours

Le " Brexit " donne des ailes à la diplomatie britannique. © NurPhoto via AFP

Dénonçant la " barbarie " du pouvoir chinois envers cette minorité musulmane, le « Royaume-Uni » a décliné mardi une batterie de mesures pour empêcher les marchandises liées au " travail forcé " dans la province du Xinjiang, d’arriver jusqu’aux consommateurs britanniques.

Le " Brexit " donne des ailes à la diplomatie britannique. Débarrassé depuis le 1er janvier des chaînes qui le liaient à l’UE, le « Royaume-Uni » n’a plus besoin de s’aligner sur les positions de Bruxelles en matière de relations internationales.

N’ayant pas signé l’accord de principe controversé du 31 décembre sur les investissements entre la Chine et « l’Union européenne », Londres est donc libre de s’exprimer comme bon lui semble...

Le royaume n’aura pas tardé à le faire.

C’est dans ce contexte, mardi après-midi, que le ministre des affaires étrangères britanniques, Dominic Raab, a fermement dénoncé les " traitements " que Pékin ferait subir à la minorité Ouïghour de Chine.

" Une barbarie que l’on espérait reléguée au passé ", s’est indigné le chef de la diplomatie britannique devant un parterre de députés, pointant également du doigt " la détention arbitraire, la rééducation politique, le travail forcé, la torture et la stérilisation forcée à l’échelle industrielle ".

Autant de sévices que subirait depuis plusieurs années cette communauté musulmane vivant dans la province de Xinjiang au nord-ouest de la Chine.

" Face à ces violations inacceptables des droits humains, le Royaume-Uni avait le devoir moral de réagir » a poursuivi le chef de la diplomatie britannique.

Vers des mesures visant des responsables chinois du Xinjiang ?

Aujourd’hui, c’est chose faite. Mais par-delà les mots et les indignations, Dominic Raab a aussi décliné tout un " train de mesures " visant à interdire les importations et exportations " liées au travail forcé " des Ouïghours.

Avec un objectif clair : s’assurer que les entreprises britanniques ne participent pas aux chaînes d’approvisionnement qui mènent jusqu’aux portails des " camps d’internement " dans le Xinjiang. Il s’agit aussi de " veiller à ce que les produits issus des violations des droits humains ne finissent pas dans les rayons des supermarchés où nous faisons nos achats ici ", a précisé le diplomate.

Pour ce faire, des directives seront rapidement mises en place en direction des entreprises britanniques qui risquent de lourdes amendes si elles ne peuvent démontrer que leur approvisionnement n’est pas lié au " travail forcé " dans le Xinjiang.

Une obligation " de transparence " qui sera étendue au secteur public.

Les exportations seront également encadrées pour éviter que des entreprises ne contribuent directement ou indirectement aux " violations " des droits humains dans cette région frontalière avec l’Afghanistan et le Pakistan.

Début janvier, la chaîne britannique de grands magasins " Marks & Spencer " avait déjà pris ses dispositions, s’engageant à ne pas utiliser dans les vêtements qu’elle vend du coton provenant du Xinjiang.

Relations sino-britanniques tendues

Malgré ces déclarations fracassantes, la classe politique britannique - opposition " travailliste " comme " conservateurs " au pouvoir - reste sinon flegmatique en tout cas circonspecte. Beaucoup estiment que les mesures détaillées mardi n’allaient pas suffisamment loin, plaidant une bonne fois pour toutes pour que des sanctions directes soient décrétées à l’encontre des responsables chinois du Xinjiang.

Une perspective, si elle se réalisait, qui finirait de tendre les relations " sino-britanniques " déjà fort mauvaises. Pour rappel, l’annonce de ces mesures intervient quelques jours après les critiques formulées par Londres à l’égard de la répression contre les mouvements " pro-démocratie " à Hong Kong.

Le gouvernement britannique s’était officiellement élevé contre la loi controversée sur la « Sécurité nationale », la considérant comme une grave violation du traité " sino-britannique " sur la rétrocession de l’ancienne colonie britannique à la Chine en 1997.

Magazine " Marianne "