Loi de 1905 : ne pas jouer avec le feu

, par  DMigneau , popularité : 0%

Loi de 1905 : ne pas jouer avec le feu

Aux Bernardins, en avril dernier, Emmanuel Macron a défendu une vision plutôt anglo-saxonne de l’espace démocratique. - ludovic MARIN / POOL / AF

" Marianne " s’associe à l’appel contre les modifications de " la loi de 1905 ", lancé par le « Comité Laïcité République » et de nombreuses autres associations. La volonté de réduire la laïcité à un principe de " neutralité de l’Etat " est une distorsion du principe laïque.

L’appel lancé par le « Comité Laïcité République », auquel " Marianne " s’associe, est consultable sur notre site :

https://www.marianne.net/debattons/tribunes/appel-des-113-nous-nous-opposons-aux-modifications-de-la-loi-de-1905

La pétition est à retrouver sur change.org.

https://www.change.org/p/president-clr-laicite-republique-org-appel-des-113-ne-modifiez-pas-la-loi-de-1905-de-s%C3%A9paration-des-eglises-et-de-l-etat/psf/share?after_sign_exp=default&just_signed=true

Les mots ont-ils encore un sens ?

Les premiers éléments de réflexion autour du projet de révision de " la loi de 1905 " envisagée par Emmanuel Macron ont de quoi en faire douter.

Qu’il faille lutter contre le maquillage d’associations cultuelles sous le statut " d’association culturelle " est une chose. Mais le projet ne se résume pas à cela et il porte en lui toutes les ambiguïtés qui ont pointé, jusqu’à présent, dans le discours " macronien ".

Faut-il le préciser une fois de plus, " la loi de 1905 ", de séparation des « Eglises » et de l’Etat, ne contient pas le mot « laïcité ». Parce que la laïcité est un principe politique, au fondement de notre organisation de l’espace public et de notre conception de la communauté des citoyens, et non un simple principe juridique.

Mais dans le long processus de sécularisation de l’Etat qui a abouti à une République fondée sur la recherche du bien commun par des citoyens souverains et émancipés, " la loi de 1905 " est une étape fondamentale en ce qu’elle concrétise dans le droit l’égalité entre tous les citoyens et la possibilité pour eux de n’être pas réduits à leurs croyances réelles ou supposées.

La religion appartient à la sphère privée et l’Etat, pour préserver la concorde civile, garantit que l’espace public ne sera nullement confisqué par des intérêts particuliers.

Le principe politique de la laïcité ne se réduit d’ailleurs pas à la question religieuse puisqu’il protège le bien commun de toutes les appropriations par des intérêts particulier, religieux, idéologiques ou financiers.

La volonté des principaux « porte-parole » de " la République en marche ", depuis plusieurs mois, de réduire la laïcité à « un principe libéral » de « neutralité de l’Etat », faisant écho aux propos d’Emmanuel Macron face à la « Conférence des Evêques de France », lorsqu’il disait vouloir « réparer le lien » entre l’Etat et l’Eglise catholique, est une distorsion du principe laïc, dont on pressent que la révision de " la loi de 1905 " doit être l’instrument.

Vision anglo-saxonne de Macron

Disons les choses sans ambages : nous sommes confrontés à une remise en cause majeure de notre mode républicain d’organisation de l’espace public, non seulement de la part d’un islam dont certains représentants entendent imposer à la République une existence en tant que « communauté », mais également, et de façon concomitante, par une vision anglo-saxonne de l’organisation " démocratique " reposant sur la coexistence de ces « communautés » dans l’espace public plutôt que sur l’émancipation des citoyens considérés en tant qu’individus échappant à toute assignation.

Toutes les déclarations d’Emmanuel Macron sur ces questions le situent du côté de cette vision plutôt que du côté de la tradition d’une laïcité à la française.

Une telle révision de la loi répondrait-elle, de toute façon, aux problèmes que nous pose aujourd’hui l’émergence d’un islamisme radical instaurant un séparatisme au sein des sociétés occidentales et s’appuyant sur des valeurs contraires à notre vision commune, par delà les convictions religieuses et les origines, de la liberté ou des rapports « hommes-femmes » ?

C’est tout le débat politique. Il doit être mené pleinement.

Natacha Polony

Marianne