Libre-échange : Macron a-t-il tué le traité Mercosur ? Pas sûr...

, par  DMigneau , popularité : 0%

Libre-échange : Macron a-t-il tué le traité Mercosur ? Pas sûr...

Emmanuel Macron a changé de braquet sur le traité de libre-échange avec le Mercosur. - Ian LANGSDON / POOL / AFP

En plein " bras de fer " avec le président brésilien Bolsonaro, Emmanuel Macron a " changé de braquet " sur l’accord commercial avec le " Mercosur ". Mais sans annoncer clairement qu’il l’enterrait.

" Ça sent le roussi " pour le traité " Mercosur " et les flammes qui ravagent l’Amazonie n’y sont pas pour rien.

Les tensions entre Emmanuel Macron et le président brésilien Jair Bolsonaro pourraient " tuer dans l’œuf " cet accord commercial entre « l’Union européenne » et quatre pays latino-américains (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay).

« En l’état, je ne signerai pas le Mercosur », a confirmé lundi sur " France 2 " le chef de l’Etat français, qui reproche à son homologue de ne pas respecter ses engagements sur le climat et la biodiversité.

Pour rappel, ce traité de « libre-échange » signé fin juin prévoit la suppression à terme de plus de 90 % des droits de douane entre l’UE et les pays du " Mercosur ". Il faciliterait les exportations de produits industriels européens vers l’Amérique du Sud, mais en échange, « l’Europe » accepterait " d’ouvrir ses portes " à la viande latino-américaine, ce qui inquiète au plus haut point les agriculteurs.

Peu après la signature du traité en juin, Emmanuel Macron avait pourtant salué un « bon » accord, tout en se disant « très vigilant » sur la suite. Et notamment sur la condition qu’il fixe désormais à tout traité commercial : le respect de « l’accord de Paris » sur le climat.

C’est précisément ce qu’il reproche à Bolsonaro : « Ce n’est pas moi qui ai changé, c’est simplement lui qui n’a pas respecté sa parole », s’est-il justifié lundi.

Le chef de l’Etat aurait-il mis deux mois à réaliser que son homologue brésilien, " climato-sceptique " notoire, avait des convictions écologiques très limitées ?

Toujours est-il qu’il a choisi de changer résolument de " braquet " sur le traité " Mercosur "... sans toutefois " le jeter aux oubliettes ", alors qu’il en a le pouvoir.

En effet, le texte devra être approuvé par les gouvernements des Etats membres de l’UE.

Autrement dit, sur le papier, Macron peut tout à fait le " torpiller "... sauf qu’il risque " la brouille " avec Angela Merkel, pas d’accord pour enterrer un traité aussi prometteur pour l’automobile et la chimie allemandes.

Reste que le président a encore du temps pour se décider.

La version finale de l’accord est toujours en cours de négociations et n’atterrira pas de sitôt devant les gouvernements européens. « Il est difficile de faire une estimation exacte du calendrier, mais cela prend généralement plusieurs mois », indique-t-on à « la Commission » de Bruxelles, en charge de la négociation des traités commerciaux.

MALAISE DANS LA MAJORITÉ

En précisant que la France s’opposait à l’accord « en l’état », l’Elysée reste donc dans l’ambiguïté.

« Ça rassemble plutôt à un enterrement », glisse tout de même une députée " macroniste " en pointe sur les sujets commerciaux, en rappelant le malaise autour du « libre-échange » dans la majorité : « Beaucoup de mes collègues qui ont voté le Ceta n’auraient pas voté le Mercosur. »

Ce n’est pas peu dire : la ratification en juillet du Ceta, le traité de « libre-échange » avec le Canada, n’avait suscité aucun enthousiasme. 9 députés LREM avaient voté " contre ", tandis que 52 s’étaient abstenus ; un record depuis le début du quinquennat.

Ce vote s’explique en partie par les pressions du monde agricole : plusieurs permanences d’élus LREM ont été dégradées par des opposants au Ceta ces dernières semaines.

Il n’empêche que les doutes s’accumulent en " Macronie " sur la pertinence de ces accords, alors que le gouvernement ne cesse de proclamer ses ambitions écologiques depuis la percée des " Verts " aux élections européennes.

Dans " Le Monde " lundi, Emmanuelle Wargon, secrétaire d’Etat rattachée au ministère de « la Transition écologique », assurait tranquillement que « la transition écologique est compatible avec le libre-échange ».

Dans la majorité, tout le monde n’en semble pas persuadé.

Louis Hausalter

Marianne