Liberté, j’écris ton nom… en hindi

, par  DMigneau , popularité : 64%

Liberté, j’écris ton nom… en hindi

Jeudi 24 août, la Cour Suprême de l’Inde a rappelé que la liberté individuelle était un droit fondamental. Un pierre lancée dans le jardin du gouvernement Modi. Et la porte ouverte à la dépénalisation de l’homosexualité.

Mais quelle mouche a donc piqué l’Inde en ce mois d’août inondé par les pluies torrentielles de la mousson ?

Voilà que la Cour Suprême reconnait la liberté individuelle - " aajaadee " en hindi - comme « un droit fondamental » garanti par l’article 21 de la Constitution, dans un pays où le gouvernement semble vouloir suivre les faits et gestes de chaque citoyen chaque jour davantage.

Jeudi 24 août, la plus haute juridiction du pays a souhaité faire cette mise au point, afin d’aider les tribunaux à se prononcer sur une affaire qui agite le sous-continent depuis plusieurs mois, sous le nom " d’Aadhar ".

C’est de ce mot, qui signifie " base " en hindi, qu’a été baptisé le numéro à douze chiffres dont chaque Indien est supposé être détenteur depuis un peu plus d’un an.

Le numéro " Aadhar ", sorte de carte d’identité inventée en 2009 par un ancien cacique du Parti du Congrès (centre gauche), a été généralisé par la droite nationaliste aujourd’hui au pouvoir.

Il est désormais indispensable pour bénéficier des aides sociales, ouvrir un compte en banque, déclarer ses revenus ou souscrire un abonnement de téléphone.

Mais le gouvernement Modi, qui a fait de la lutte contre la fraude et la corruption son principal cheval de bataille, aimerait aller plus loin en cherchant à rendre le numéro " Aadhar " obligatoire pour, par exemple, acheter un billet d’avion en ligne.

C’est à cette dérive que la Cour Suprême vient de dire « stop », au nom des libertés fondamentales des individus.

Elle a également mis le " holà " à un autre projet qui scandalise le pays, celui de l’application " WhatsApp " visant à échanger les données personnelles de ses abonnés avec Facebook.

Ce faisant, les juges laissent entendre que des recours vont maintenant pouvoir être déposés sur bien d’autres thèmes, comme le droit à l’avortement ou le droit à manger de la viande de boeuf, bafoué comme jamais depuis quelques mois.

Une bonne nouvelle qui s’ajoute à d’autres signaux récents étonnamment positifs.

Pas plus tard que mardi 22 août, la même Cour Suprême a en effet déclaré illégale la pratique du " triple talaq ", cette tradition musulmane qui autorisait jusqu’ici les hommes à prononcer trois fois de suite le mot " divorce " pour répudier leur épouse sans ménagement ni autre forme de procès.

Les femmes musulmanes se pincent, tellement elles peinent à croire à cette liberté soudainement retrouvée.

Enfin, jamais deux sans trois, rappelons que vendredi 11 août, le zélé patron du bureau de la censure du cinéma, Pahlaj Nihalani, un réalisateur connu pour être fan de Modi au point d’avoir réalisé un documentaire hagiographique sur sa campagne électorale de 2014, a été évincé de son poste à la surprise générale.

Pour lui, la liberté d’expression paraissait ne pas exister. En deux ans et demi de mandat, il se sera montré plus royaliste que le roi, sortant ses grands ciseaux comme aucun de ses prédécesseurs dès lors qu’un film heurtait, à ses yeux, la morale, la religion hindoue, la pudeur sexuelle ou la fibre nationaliste de ses amis.

Avec ces trois événements, l’Inde tourne à l’envers !

Les plus optimistes se prennent, du coup, à rêver.

Si un vent aussi léger est en train de se lever sur l’Inde, pourquoi ne pas imaginer - soyons fous !! - la suppression de l’article 377 de la Constitution ?

Ce texte hérité du " Raj " britannique qui avait été retiré du code pénal par la Haute Cour de Delhi en 2009, avant d’être rétabli par la Cour Suprême fin 2013, au motif qu’il revenait au Parlement - et non à la magistrature - de statuer à son sujet ?

L’article 377, rappelons-le, punit de la prison à perpétuité toute personne ayant des rapports sexuels « contre nature » avec son ou sa partenaire.

De facto, il interdit une liberté fondamentale : l’homosexualité.

Guillaume Delacroix

NB : Que les esprits libertaires se calment. Si la famille Gandhi, qui dirige le Parti du Congrès, se félicite de la « claque donnée aux mouvements fascistes » par la Cour Suprême, jeudi 24 août, le gouvernement Modi a tenu à souligner, dans l’après-midi, que droit « fondamental » ne rimait pas avec droit « absolu ».

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