Lettre à « Vous ». On fera tout pour te sortir du trou, Georges !

, par  DMigneau , popularité : 69%

Lettre à « Vous ». On fera tout pour te sortir du trou, Georges !

Georges Ibrahim Abdallah. N° d’écrou 2388/ A 221

Je viens de recevoir une lettre d’antan, dorée, de celles que l’on écrivait et envoyait jadis avec amour et un joli timbre. L’expéditeur a pris le temps d’en faire une « pépite » (nov-langue). Il doit l’avoir écrite de son bureau coquet et s’être fait un plaisir d’aller la poster lui-même, en respirant l’air revigorant de ce plateau de Lannemezan souvent en rébellion.

Du fond de ma noirceur, j’envie sa liberté. Il nous souhaite, à lui et à moi, « plein de bonnes idées et d’heureuses initiatives ». Il ajoute « bonne année dans le bonheur et la joie de la fraternité et l’enthousiasme de la lutte et des victoires ». Comme si c’était le thème ! Il y a des gens qui ne peuvent s’empêcher de mettre de la politique partout, de tout politiser. Sans doute pour se faire remarquer.

Comme si la politique était affaire de bons vœux !

Cet expéditeur téméraire, au nom bizarre et inquiétant, a osé faire figurer son adresse au dos de la lettre. « Expéditeur : Georges Ibrahim Abdallah. N° d’écrou 2388/ A 221. »

La prison, c’est chouette, surtout lorsqu’on a déjà plus que purgé sa peine et qu’on pourrait être dehors !

Heureusement que la France est un pays où fleurissent et sont protégées les libertés individuelles !

En prison, on a tout le temps d’écrire son courrier, de refaire le monde, d’expier ses convictions communistes, de s’enorgueillir d’être parmi les plus anciens prisonniers politiques.

Ah ! Il est mieux là où il est...

En liberté, sait-on jamais, il aurait pu conseiller les grands démocrates Erdogan et Netanyahou, invités par le jeune et ex-jupitérien « président des riches », peu regardant sur la quantité de sang versé par les peuples ; on s’en fiche, ils ne sont pas riches.

Il paraît que Georges serait même en contact permanent avec le satrape de Caracas. Le « terroriste » embastillé à Lannemezan est né au Nord Liban, un havre de paix touristique à l’époque, le « Club Med » de l’impérialisme et il menace tellement « la sécurité de la France » qu’il est régulièrement invité à rester en prison, nourri, logé, blanchi aux frais de la princesse.

De quoi se plaint-il ?

Plus sérieusement, mais cela fait du bien de se foutre de la poire des pommes qui nous prennent pour des idiots. Le plus grave crime de Georges : être devenu un militant révolutionnaire des causes palestiniennes, libanaises, moyen-orientales...

On peut comprendre l’acharnement politique contre cet homme, lorsque l’on sait que le gouvernement israélien ne pourrait commettre ses crimes sans le soutien des États-Unis et celui, plus filou, de la France.

Les « Fractions Armées Révolutionnaires Libanaises » (FARL) tuent à Paris, le 18 janvier 1982, un officier étatsunien et le 3 avril 1982, le responsable à Paris des redoutables services secrets israéliens, le Mossad.

La violence des oppresseurs entraîne parfois, souvent, celle des opprimés.

Le 24 octobre 1984, Georges est arrêté à Lyon et condamné à quatre ans de détention pour « possession d’armes et d’explosifs ». Plus tard, ce qui charge la barque, on aurait trouvé dans un appartement « loué à son nom », l’arme ayant servi aux attentats évoqués et qui, selon la DST, lui appartiendrait.

Lorsque, bien des années plus tard, Georges Abdallah a demandé une vérification par test ADN, la justice a débouté sa demande, au motif que son ADN ne figurait pas dans ses dossiers officiels.

Alors, montage politico-policiaco-judiciaire ?

Quel agent, et de quel service, distrait en diable, aurait pu " oublier " cette arme, si elle n’appartient pas à ce Georges au nom si « arabe » ?

Mais qu’importe ! Georges est le bouc-émissaire idéal. Condamné d’abord à 4 ans, il est ensuite jugé une deuxième fois après la « découverte » de l’arme et condamné « à perpétuité ».

Toutes ses demandes de liberté conditionnelle ont été depuis rejetées, parce que « les convictions anti-impérialistes » du prisonnier, « très solides », « sont demeurées intactes ».

C’est écrit.

Des convictions ?

Des qualités rares en nos temps de " travestisme " et de cynisme politique.

Les gouvernements étasunien, israélien et français, multiplient les pressions et les péripéties judiciaires, cherchant à faire mourir à petit feu un « otage » révolutionnaire indestructible, de haute stature, un homme aux convictions inébranlables, non négociables ; un homme digne, droit, d’idéal éthique pour lequel il a engagé sa vie.

Il est des hommes qui portent en eux la dignité de tous les hommes.

Je t’embrasse, Georges, frère d’idéal, de courage... et dont l’humanité résiste à tous les écrous, à tous les trouducs qui prétendent veiller à notre bien tout en nous saignant à la fémorale (c’est plus efficace).

Georges, mon frère, mon camarade, on fera tout pour te sortir du trou !

Jean ORTIZ

Le Grand Soir