Les murs de la honte

, par  DMigneau , popularité : 66%

Les murs de la honte

Il n’y a jamais eu autant de murs dans le monde. Le rideau de fer new-look est devenu le must des relations internationales. La fin de la guerre froide n’a débouché en rien sur l’Eden annoncé par des esprits dopés à l’illusion lyrique.

Il y a cinquante-quatre ans commençait la construction du mur de Berlin. Quand il s’effondra, en novembre 1989, on annonça l’avènement d’un monde ouvert et fraternel — un monde où les hommes pourraient circuler librement, enfin débarrassés de l’esprit de la guerre froide. Résultat : il n’y a jamais eu autant de murs dans le monde. En 1989, on en recensait à peine plus d’une dizaine. Aujourd’hui, on dépasse la cinquantaine, soit plus de 8 000 km de murs bâtis en vingt-cinq ans.

Il y a les plus anciens, à l’instar des frontières supposées infranchissables entre les deux Corée ou entre l’Inde et le Bangladesh.

Il y a le plus célèbre, qui permet à Israël d’amputer largement des territoires revenant de droit à un Etat Palestinien transformé en confetti.

Il y a le plus européen, à Chypre, où la Turquie veille sur son pré carré.

Il y a le plus récent, en Hongrie (encore en Europe), à l’initiative d’un gouvernement qui n’a rien trouvé de mieux pour enrayer les mouvements migratoires en provenance de la Serbie voisine.

Il y a le plus sablonneux, en voie de construction entre la Tunisie et la Libye, pour protéger la jeune démocratie des incursions djihadistes.

Il y a le plus improbable, que l’Ukraine voudrait édifier pour se protéger de la Russie ennemie.

Il y a le plus loufoque, proposé par Donald Trump, candidat américain à la primaire républicaine, entre le Mexique et les Etats-Unis, alors qu’il en existe déjà un, allant du golfe du Mexique à l’océan Pacifique.

Bref, le rideau de fer new-look est devenu le must des relations internationales. La fin de la guerre froide n’a débouché en rien sur l’Eden annoncé par des esprits dopés à l’illusion lyrique.

Les conflits politiques non réglés, les guerres, les replis ethniques, la montée du djihadisme ont débouché sur une planète où s’érigent des barrières inédites aux effets incertains. Quant à la mondialisation décomplexée et dérégulée qui devait déboucher sur un monde sans frontières, elle se résume souvent à ce constat sans appel signé Régis Debray : « Les riches vont où ils veulent, à tire-d’aile ; les pauvres vont où ils peuvent, en ramant. » Parfois même en se noyant.

Jack Dion

Directeur adjoint de la rédaction de Marianne

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