Les « mères de Fukushima » en Europe : récit d’une malédiction nucléaire

, par  DMigneau , popularité : 0%

Les « mères de Fukushima » en Europe : récit d’une malédiction nucléaire

Organisées en association, ces femmes accompagnées de leurs enfants sont venues du Japon en campagne européenne pour dénoncer les conditions de vie infligées par le gouvernement japonais depuis l’accident nucléaire de 2011 survenu à Fukushima à la suite d’un terrible séisme.

Mercredi 3 avril, il est 19h30 passé quand débute la conférence des réfugiés de Fukushima à la Mairie du 2ème arrondissement de Paris.

La salle est déjà bondée. L’attention du public se fait sentir. Réceptif et solidaire, il a retenu son souffle devant les témoignages de deux familles de réfugiés de la catastrophe nucléaire de 2011.

Récits sincères et pertinents - " les mères de Fukushima " - soutenues par la présence de leurs enfants, ont pris la parole pour expliquer leur combat à faire reconnaître :

- leur droit de vivre dans un environnement sain,

- le combat d’une vie contre le nucléaire, le nucléaire, qui s’est abattu sur leur famille comme s’abat une malédiction,

- sortir du nucléaire où comment sortir de la malédiction du nucléaire au " pays du soleil levant " meurtri par les bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki en 1945.

Récit de réfugiés qui prend sa source à partir du 11 mars 2011, date qui ébranla le Japon d’un terrible séisme provoquant la catastrophe nucléaire de Fukushima.

Le gouvernement japonais décréta alors deux périmètres de contamination - la zone de 30 km et celle de 60 km - à proximité de la centrale.

Ces deux zones furent déclarées " à évacuer " par les autorités japonaises.

C’est là que commença leur combat pour être reconnus comme réfugiés.

Originaire de la ville d’ Iwaki, cette mère a insisté sur le fait que la carte de contamination n’a pas pris en compte les villes à proximité de ces zones à évacuer.

Commença alors la fuite vers Tokyo. Ils seront considérés comme « auto-réfugiés » par l’État ; un statut différent des réfugiés de la zone de contamination établie par le gouvernement, une ville exclue de la mesure de radioactivité, exclue des moyens de radioprotection.

Quels ont été les signes montrant que ces villes à proximité étaient touchées par la radioactivité du césium et de l’iode ?

Des saignements abondants et très fréquents touchèrent les enfants. Une augmentation des cancers de la tyroide atteignait aussi les habitants de ces villes proche de la catastrophe.

" Sols, eau, mer contaminés "

" 47 départements de l’archipel japonais contaminés "

" Irradiation non visible, non perceptible par les cinq sens , contre notre volonté. "

Devant ces signes évidents, les " mères de Fukushima " ont tout laissé derrière elles, contraintes de laisser leur mari, condamnés à travailler dans la zone contaminée pour financer leur départ, contrainte de laisser toute une partie de leur vie, protégeant la vie de leurs enfants et la leur, fuyant vers la ville de Tokyo par leur propre moyen et devenant des « auto-réfugiés ».

" Pluie, neige, vent renforcent la radioactivité "

" Eau du robinet contaminée de la ville de Tokyo sur un rayon de 200 km depuis la zone contamination de Fukushima "

" rupture de stock des bouteilles d’eau minérales "

" transmission du lait contaminé aux bébés allaités "

La catastrophe écologique se transforma en catastrophe humanitaire et un scénario apocalyptique submergea le pays. Les drames sanitaires et drames sociaux s’enchaînaient. Les enfants ont apportés leur témoignages saisissant : " je m’interdit de parler de Fukushima " prononce une jeune fille dans la lecture de sa lettre face au public de la salle.

Un " face à face " avec le public saisissant chaque témoignage de lettres lues " à cœur ouvert "

La catastrophe nucléaire a impacté socialement les familles de réfugiées. A travers le récit des enfants notamment, s’appliquant à lire leur texte, l’émotion palpable d’entendre leur vie racontée avec des mots simples sur une situation déchirante les exposant à la dure réalité de la société - le rejet de leur statut de réfugiés - se manifestant par un comportement harcelant à leur égard.

" Je voulais en finir " nous livre ce jeune adolescent.

Les enfants en tant que réfugiés n’ont pas pu bénéficier de conditions d’adaptations optimales dans leur nouvelle école faisant face à la stigmatisant de leur statut de réfugiés par des comportements harcelants à leur égard.

A force de vivre, les réfugiés se sont transformés en « résistants » pour leur droit fondamentaux ; entraide, désir de justice ont construit leur résistance face à un pouvoir méprisant.

Menant ses mères au plus haut sommet de la scène internationale pour faire entendre leurs droits, en mars 2018, les " mères de Fukushima " plaidaient en faveur du droit à vivre dans un environnement sain devant le « Conseil des Droits de l’Homme » à Genève.

Si certaines familles ont pu bénéficier d’indemnités de la part de l’État, ce n’est pas le cas des « auto-réfugiés » qui n’ont pas été reconnu par le gouvernement japonais du fait qu’ils étaient classés " hors zone " de la carte de contamination établie.

Les autorités du Japon mènent aujourd’hui une campagne de réhabilitation de la zone de Fukushima planifiée pour 2020, supprimant les aides de logement des familles réfugiées, exerçant des pressions pour leur retour à Fukushima, niant la présence de radioactivité encore présente ; s’appuyant sur la préparation des « Jeux olympiques » de 2020 pour " noyer le poisson ".

" L’énergie nucléaire touche au droit fondamental de vivre dans un environnement sain. "

Alors que la France construit un projet de centrale nucléaire en zone sismique en Indes (source " Reporterre ", " En secret, la France et l’Inde veulent construire la plus grande centrale nucléaire du monde "), que nous sommes privés encore de débat citoyen sur la question du nucléaire en France, le témoignage des " mères de Fukushima " et de leurs enfants est bien plus qu’un récit narratif.

Leur récit est une prise de conscience pour sortir de la propagande " pro-nucléaire " en France et sur le plan mondial. Le traité d’interdiction complète des essais nucléaires signé en 1996 par la France est -il suffisant face aux risques de catastrophe écologique et humain engendrés par les centrales nucléaires ?

Les enfants japonais, en attendant demain, n’ont pas fini de plier des grues en papier, symbole de paix, pour nous demander de construire un environnement sain pour vivre.

Marjorie Milona

MediaPart