Les libérateurs au Drapeau Rouge

, par  DMigneau , popularité : 0%

Les libérateurs au Drapeau Rouge

Célébration de la victoire sur le nazisme, le 8 mai est l’occasion de rappeler qui a payé le prix fort pour nous en débarrasser : « l’Union soviétique ».

De Moscou à Stalingrad, de Stalingrad à Koursk, de Koursk à Berlin, « l’Armée rouge » a éliminé la machine de guerre hitlérienne. Mais demander simplement qu’on le reconnaisse est sans doute beaucoup trop demander.

Admettre que « l’Armée rouge » a libéré le monde de cette folie meurtrière fait partie des aveux dont « l’Occident » est incapable.

Abreuvé des sornettes d’Hannah Arendt, il croit " dur comme fer " qu’Hitler et Staline étaient des " frères jumeaux " et qu’ils conspiraient pour dominer le monde. Rien de tel, décidément, pour alimenter la nouvelle « guerre froide », calomnier la Russie, et se présenter comme un " parangon de vertu ".

On va nous raconter que le pacte « germano-soviétique » du 23 août 1939 est la cause de la « Seconde Guerre mondiale », oubliant au passage ces « accords de Munich », le 30 septembre 1938, où les glorieuses " démocraties " ont vendu la Tchécoslovaquie pour " le plat de lentilles " d’une paix illusoire.

Mais peu importe : en Histoire, la chronologie est secondaire, disent les nouveaux " pédagogues ". Il ne manquera pas non plus " d’experts " pour accréditer la thèse d’une connivence entre Moscou et Berlin, alors que les " élites occidentales " ont joué Hitler contre Staline et obstinément refusé les offres soviétiques visant à constituer un front commun contre les fascismes.

Mauvaise foi sans limite d’une propagande qui réécrit l’Histoire à sa guise.

Auto-promotion d’un « Occident » qui occulte ses propres turpitudes.

Il ne lui suffit pas d’avoir attendu juin 1944 pour ouvrir un second front contre le « Reich », laissant ainsi à l’armée soviétique la tâche colossale de vaincre la « Wehrmacht ». Il faut qu’il nie avoir commis cet abandon, qu’il se vante de ses exploits et qu’il se présente ingénument comme son propre libérateur.

Quel lycéen français a-t-il entendu parler de l’opération " Bagration ", conduite par Joukov à l’été 1944, qui a détruit plusieurs armées allemandes et rendu possible le débarquement allié en Normandie ?

L’occultation de l’Histoire, dès lors qu’elle ne souscrit pas aux présupposés de l’idéologie occidentale, est tellement commode. Ce n’est pas un hasard s’il est à la base de l’enseignement historique en France : le mythe des " jumeaux totalitaires " accrédité par Hannah Arendt fournit à cette réécriture de l’Histoire un argumentaire en béton armé.

" Reductio ad hitlerum ", la doctrine prescrit de voir dans le totalitarisme un monstre à deux visages. Elle prête à Hitler le vœu de s’entendre avec Staline pour écraser « l’Occident » libéral, mais sans dire pourquoi la machine de guerre nazie s’est déchaînée contre le peuple soviétique, Hitler invitant ses généraux à mener une guerre totale et à exterminer les cadres communistes.

Cette doctrine assène que l’idéologie et la terreur sont caractéristiques du régime totalitaire, alors qu’elles définissent tout aussi bien la domination impitoyable, justifiée par un « racisme d’État », qui fut infligée par les puissances européennes aux peuples colonisés.

De manière absurde, elle identifie l’idéologie nazie et l’idéologie soviétique, alors qu’il n’y a rien de commun entre la mystique de la race et le marxisme-léninisme.

Elle prête au régime totalitaire (à deux faces) des ambitions conquérantes et agressives, en oubliant que la conquête territoriale et le pillage colonial, historiquement, caractérisent à merveille « l’Occident » capitaliste.

L’inconvénient de la " vulgate arendtienne ", c’est qu’elle regarde le monde d’un seul œil et qu’il est myope.

Au lieu de corriger son interprétation à la lumière des faits, elle tord les faits pour les conformer à son interprétation. Les contradictions de l’Histoire passent " à la trappe " et elle enfile les abstractions comme on enfile des perles.

Prouesses conceptuelles qui tournent " à vide " et qui laissent la pensée orpheline d’une matière historique qu’elle a décidé d’ignorer. Loin de ces élucubrations, il y a urgence à ne plus s’en laisser compter.

La " romance occidentale ", d’ailleurs, a-t-elle le moindre succès ailleurs qu’en Occident ?

Comme on connaît la réponse à cette question, il ne reste plus qu’à " balayer devant la porte ".

En ce 8 mai 2020, rendons hommage à nos libérateurs au drapeau rouge.

Bruno GUIGUE

Le Grand Soir