Les cinéastes et artistes iraniens dans la ligne de mire des mollahs

, par  DMigneau , popularité : 63%

Les cinéastes et artistes iraniens dans la ligne de mire des mollahs

Plusieurs journalistes et artistes ont récemment été arrêtés en Iran, accusés de faire partie d’un " réseau " financé par des services de renseignements étrangers. Depuis l’accord sur le nucléaire iranien, le guide suprême des mollahs met régulièrement en garde contre l’infiltration " politique et culturel ".

Une longue liste d’artistes, de journalistes et de citoyens condamnés par l’Iran au mépris de la plus élémentaire liberté d’expression ou de pensée © Mani

Plus d’une centaine de cinéastes iraniens ont écrit une lettre de soutien à l’un des leurs, Keywan Karimi, condamné en première instance à Téhéran à six ans de prison et 223 coups de fouet. Dans cette lettre transmise à l’agence de presse française, les cinéastes se sont déclaré " choqués " par cette condamnation pour " insulte envers le sacré ".

Parmi les signataires figure le réalisateur et le Lauréat du prix Sakharov, Jafar Panahi, qui a obtenu l’Ours d’or du dernier festival cinématographique de Berlin pour son film " Taxi ". Il avait tourné clandestinement à Téhéran malgré une interdiction de filmer imposée au réalisateur pour avoir voulu faire un film sur le soulèvement populaire de 2009 en Iran qui a failli renverser la dictature.

Keywan Karimi semble avoir été condamné pour des scènes d’un film documentaire consacré aux graffitis politiques sur les murs de Téhéran, intitulé " Ecrire sur la ville ". " Ce film n’a rien à voir avec les questions sacrées " et l’accusation n’a pas précisé " quelles scènes constituaient une insulte au sacré ", a affirmé son avocat, Amir Raeesian.

Avant la lettre des cinéastes iraniens, une campagne internationale de soutien à Keywan Karimi avait été lancée à laquelle ont participé de nombreux cinéastes français, italiens et espagnols.

" Keywan Karimi rejoint la trop longue liste des artistes, journalistes et citoyens condamnés par l’Iran au mépris de la plus élémentaire liberté d’expression ou de pensée ", avaient écrit en octobre dans un communiqué les cinéastes français de l’Association des auteurs, réalisateurs, producteurs (ARP).

Cette semaine les services de renseignement iranien ont par ailleurs arrêté le réalisateur Yaghma Golrou’i dont les travaux ont pour thème les problèmes sociaux comme la pauvreté, la dépendance et les problèmes environnementaux. Le mois dernier, il a critiqué les autorités pour avoir interdit la publication de ses livres.

D’autres auteurs et artistes ont récemment été arrêtés, tout comme M. Golrou’i et la représentation de l’orchestre symphonique de Téhéran annulée. La semaine dernière, l’orchestre symphonique de Téhéran, qui devait se produire avant une compétition de lutte dans le stade Azadi dans la capitale, a été annulé, car les autorités ont refusé, 15 minutes avant le début du concert, que les femmes jouent sur scène.

L’artiste engagée Atena Farghadani a été condamnée pour avoir publié une caricature dénonçant le régime © Atena

L’artiste engagée Atena Farghadani a été condamnée pour avoir publié une caricature où elle a présenté les membres du parlement des mollahs sous l’apparence d’animaux. Elle a été accusée de « participation à des activités contre la sécurité de l’Etat, collusion avec des éléments antirévolutionnaires, insulte envers les membres du parlement et envers le Guide suprême ». En 2015, un tribunal des mollahs l’a reconnu coupable et l’a condamné à 12 ans et neuf mois d’emprisonnement.

Le 13 juin dernier, lors d’un rencontre dans la prison avec son avocat, elle lui avait serré la main. En raison de cette poignée de main (avec un homme), les mollahs ont ouvert contre elle un nouveau dossier judiciaire et ont également arrêté son avocat.

En octobre dernier, Atena Farghadani et Maître Mohammad Moghimi ont été condamnés par un tribunal des mollahs pour « commission d’un acte s’apparentant à l’adultère ».

Plusieurs journalistes et artistes ont récemment été arrêtés en Iran, accusés de faire partie d’un " réseau " financé par des services de renseignements américains et aidé par plusieurs pays européens, dont la Grande-Bretagne, les Pays-Bas et la Suède. Depuis l’accord sur le nucléaire, le guide suprême des mollahs, Ali Khamenei, met régulièrement en garde contre l’infiltration " politique et culturelle " des Etats-Unis.

https://www.youtube.com/watch?v=knCL-tvtNdo&feature=player_embedded#t=0

Un clip de Yaghma Golrou’i dédié aux femmes iraniennes « prisonnières depuis cent ans » mais dont « la fin du récit est la liberté ! »

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