Les affaires Sankara et François Compaoré suivies de près avant le voyage de Macron

, par  DMigneau , popularité : 20%

Les affaires Sankara et François Compaoré suivies de près avant le voyage de Macron

François Compaoré a été interpellé le 29 octobre 2017 à Roissy, puis relâché quelques heures plus tard. Sous contrôle judiciaire. Son sort reste lié à l’accueil que fera la justice française à la demande d’extradition.

A côté de l’affaire Sankara, le traitement de cette nouvelle affaire va être suivie de près avant la visite d’Emmanuel Macron au Burkina prévue fin novembre.

L’assassinat de Norbert Zongo et de ses compagnons.

Le 13 décembre 1998, une voiture est retrouvée sur la route de Sapouy à une centaine de kilomètres de Ouagadougou entièrement brûlée.

Trois corps calcinés à l’intérieur, un autre gisant à l’extérieur : Norbert ZONGO, son petit frère Zongo Ernest, son chauffeur Abdoulaye Nikièma dit " Ablassé " et un de ses employés, Blaise Ilboudo.

Ils ont été tués par des armes de guerre et la voiture brulée probablement pour faire disparaitre d’éventuelles traces.

Des membres de la société civile, des amis de Norbert Zongo arrivent les premiers sur les lieux et permettent de relever certains éléments qui seront très importants pour la suite avant que n’arrivent les enquêteurs. Ils se lancent, en effet, tout de suite dans une première enquête.

A l’époque Norbert Zongo, directeur de son journal " l’Indépendant ", enquêtait sur la mort de David Ouedraogo, le chauffeur de François Compaoré, torturé à mort par des soldats du Régiment de sécurité présidentielle (RSP).

David Ouedraogo a été confié à ces tortionnaires par François Compaoré pour qu’ils l’interrogent sur un vol dont aurait été victime son épouse. Il en est mort dans des conditions atroces.

Le dos d’Amidou Ouedraogo codétenu de David Ouedraogo après avoir été torturé © DR

Certains
L’assassinat de Norbert Zongo et de ses compagnons.

Le 13 décembre 1998, une voiture est retrouvée sur la route de Sapouy à une centaine de kilomètres de Ouagadougou entièrement brûlée.

La voiture de Norbert Zongo retrouvée calcinéeTrois corps calcinés à l’intérieur, un autre gisant à l’extérieur : Norbert ZONGO, son petit frère Zongo Ernest, son chauffeur Abdoulaye Nikièma dit Ablassé et un de ses employés, Blaise Ilboudo. Ils ont été tués par des armes de guerre, et la voiture brulée probablement pour faire disparaitre d’éventuelles traces.

Des membres de la société civile, des amis de Norbert Zongo arrivent les premiers sur les lieux et permettent de relever certains éléments qui seront très importants pour la suite avant que n’arrivent les enquêteurs. Ils se lancent en effet tout de suite dans une première enquête.

A l’époque Norbert Zongo, directeur de son journal l’Indépendant, enquêtait sur la mort de David Ouedraogo, le chauffeur de François Compaoré, torturé à mort par des soldats du Régiment de sécurité présidentielle (RSP). David Ouedraogo a été confié à ces tortionnaires par François Compaoré pour qu’ils l’interrogent sur un vol dont aurait été victime son épouse. Il en est mort dans des conditions atroces.

Certains de ses compagnons codétenus avec lui témoigneront des sévices subis. Des photos du corps brûlé de l’un d’eux furent publiées dans la presse. On trouvera en dessous de cet article un extrait d’un article de Norbert Zongo qui signait Henri Segbo, publié après la morts de David Ouedraogo.

L’assassinat de Norbert Zongo suscite une émotion très forte dans le pays. Des puissantes manifestations sont organisées dans la durée qui font trembler le régime.

Le Burkina a vécu les années les plus noires depuis l’indépendance après l’assassinat de Thomas. Les opposants qui n’ont pu partir en exil sont torturés sauvagement, parfois même assassinés rendant difficile toute contestation du régime.

Au lendemain de l’assassinat de Norbert Zongo, les Burkinabè renouent avec leur tradition de lutte. Ils qualifient leur mouvement « trop, c’est trop ».

Le gouvernement doit faire des concessions pour temporiser.

Un " Conseil des sages " va être mis en place qui proposera de nombreuses réformes. II s’ensuit un gouvernement d’union nationale, des acquis vers une plus grande liberté de la presse et plus de démocratie.

Ces acquis ont permis les puissantes manifestations commencées en 2013 qui ont petit à petit créé les conditions de la victoire de l’insurrection d’octobre 2014.

François Compaoré inculpé pour « incitation à assassinat » dans l’assassinat de Norbert Zongo

Sous la pression, le gouvernement doit accepter une commission d’enquête indépendante à laquelle participe différentes personnalités de la société civile burkinabè. " Reporters sans Frontières " y participe déléguant son directeur d’alors Robert Ménard. Dans ses conclusions plusieurs membres du régiment de sécurité présidentielle sont désignés comme suspects.

Mais l’instruction judiciaire n’a jamais vraiment avancé par la suite au Burkina Faso, malgré pourtant de régulières mobilisations. Un seul membre du régiment de sécurité présidentielle sera inculpé mais bénéficiera d’un " non-lieu ".

François Compaoré fut plusieurs fois entendu par le juge en charge de l’affaire, sans jamais être inquiété.

Finalement dans l’affaire Zongo, un " non-lieu " général est prononcé en 2006.

Quant à la mort de David Ouedraogo, François Compaoré a bien été inculpé pour « meurtre et recel du cadavre », mais la chambre d’accusation de la cour d’appel a renvoyé l’affaire devant un tribunal militaire qui n’a retenu aucun chef d’inculpation.

Comme pour l’affaire Sankara, seule l’insurrection permettra qu’une enquête sérieuse soit enfin ré-ouverte. Ce fut une des premières décisions du président de " la Transition ". Trois membres du régiment de sécurité présidentielle et François Compaoré ont depuis été inculpés, ce dernier pour « incitation à assassinat ».

François Compaoré pilier du régime de Blaise Compaoré

François n’est autre que le petit frère de Blaise Compaoré, l’ancien président du Burkina Faso, exfiltré fin octobre 2014 par les troupes françaises du COS (Commandement des opérations spéciales).

On se rappelle qu’une puissante insurrection, massive et pacifique (voir https://blogs.mediapart.fr/bruno-jaffre/blog/051114/blaise-compaore-en-fuite-la-difficile-mise-en-place-d-une-transition) l’a chassé du pouvoir en 2 jours alors qu’il s’entêtait à vouloir se représenter aux élections présidentielles prévues en 2015, alors qu’il dirigeait ce pays depuis 1987, après l’assassinat de Thomas Sankara qu’il a très probablement organisé.

François Compaoré, surnommé le « petit président » était officiellement conseillé de son frère Blaise Compaoré à la Présidence. Celui-ci a un temps voulu en faire son dauphin ce qui entraina une opposition au sein même du parti au pouvoir le CDP (" Congrès pour la démocratie et le progrès ").

Salif Diallo, qui va jouer un grand rôle par la suite, s’y opposa en 2008 et perdit toute responsabilité au sein du pouvoir après pourtant avoir été un des hommes les plus proches de Blaise Compaoré.

En 2012, François Compaoré remporte une victoire en plaçant la plupart de ses hommes à la direction du CDP.

« C’est François, dit-on, qui fait et défait les ministres. Dans le gouvernement de Luc Adolphe Tiao, plusieurs de ses proches occupent des postes stratégiques » écrit Remi Carayol en 2012

(voir http://www.jeuneafrique.com/140759/politique/burkina-faso-fran-ois-l-autre-compaor/)

dans un article consacré à François Compaoré. Ajoutant plus loin : « Si l’on excepte l’armée, François Compaoré est au cœur de tout ce qui compte au Burkina : les affaires, donc, mais aussi la franc-maçonnerie et les chefferies traditionnelles. »

Pour compléter le tableau voilà ce qu’en dit un ancien député du CDP, passé au MPP : « Vous savez, la machine du CDP était infernale. On avait à faire à des gens très féroces. La moindre contradiction pouvait engendrer une réponse énergétique. Pour un rien, les François (frère cadet du Président Compaoré) pouvaient attenter à ta vie. »

(voir http://lefaso.net/spip.php?article62138)

Simon Compaoré et Roch Marc Christian Kaboré perdent leur responsabilité au sein du CDP lors du congrès de 2012.

En créant ainsi les conditions de la scission qui interviendra en 2014, François Compaoré se trouve paradoxalement responsable d’un affaiblissement considérable du CDP contribuant à créer les conditions de la victoire de l’insurrection.

Salif Diallo, Simon Compaoré et Roch Marc Christian Kaboré sont à l’origine de la création du MPP (" Mouvement du peuple pour le progrès "), aujourd’hui au pouvoir, qui rejoindra l’opposition et contribuera à gonfler les rangs des manifestants dans la période précédant l’insurrection.

François Compaoré, homme d’affaire sulfureux

Mais le « petit président » est aussi un homme d’affaire immensément riche propriétaire de nombreux immeubles, souvent via des prête-noms à Ouagadougou, qu’il louait à l’État burkinabè, bénéficiant d’un accès privilégié aux parcelles du quartier luxueux de Ouaga 2000.

Il possède aussi avec sa belle-mère Alizeta Ouedraogo, surnommée la « belle mère nationale », de nombreux intérêts dans de multiples entreprises du BTP, l’importation de ciment ou de riz, l’exploitation de l’or profitant de sa position dans les plus hautes sphères de l’Etat.

« Son ascension fulgurante (Alizeta Ouedraogo) qui - ne manquaient pas de rappeler ses détracteurs - avait coïncidé avec le mariage de sa fille Salah avec François, le frère cadet de Blaise Compaoré, en 1994  »

(voir http://www.jeuneafrique.com/38723/politique/burkina-faso-aliz-ta-ou-draogo-la-chute-de-la-belle-m-re-nationale/).

Elle dirigeait, depuis 2011, la Chambre de commerce et d’industrie du Burkina. Les habitants de Ouagadougou ne manquent de rappeler à qui veut les entendre que l’avenue qui part de la place du 2 octobre en direction de Gonghin, confiée à une entreprise d’Alizéta Ouedraogo, serait la plus chère du monde au mètre.

Il existe différents rapports pointant les systèmes de prédation créés par la famille Compaoré écrits par le RENLAC (Réseau national de lutte contre la corruption voir le site à http://renlac.com/ ) ou de l’ASCE-LC (L’Autorité supérieure de contrôle d’Etat et de lutte contre la corruption).

" La Transition " a placé à cette institution le professeur Luc Marius Ibriga, une des personnalités de la société civile parmi les plus respectées du Burkina Faso. Cette institution respectée fournit un travail considérable, malgré un manque cruel de moyen. Malheureusement, ces rapports ne sont pas souvent suivis par des enquêtes judiciaires.

Accusé de mauvaise volonté ou complicité au sein de l’appareil judiciaire, celui-ci apparait de plus en plus contesté.

Voici, par exemple, un extrait du travail de cette institution cité dans la presse à la suite d’un audit d’un mois à la Présidence du Faso recouvrant la période de 2012 à 2015 sur les agissement de François Compaoré :

« Des nombreuses malversations et irrégularités relevées dans le rapport, nous avons retenu quelques-unes qui nous paraissent emblématiques…

François Compaoré : le compte 12150070033-68 de la présidence du Faso domicilié à la BCB également alimenté par des versements en espèces par des personnes non identifiées a comme signataire François Compaoré, l’ancien conseiller spécial du président du Faso.

Les opérations de dépenses retracées dans le compte sont constituées de retraits par chèques et de prélèvement d’office au titre des frais et intérêts débiteurs.

Les frais financiers s’élèvent à 61 151 379 FCFA tandis que les retraits par chèques se chiffrent à 1 202 751 379 FCFA.

Par ailleurs sur le compte N0 21494924101-37 irrégulièrement ouvert à " Coris Bank International " qui a enregistré un versement unique de 400 000 000FCFA effectué par un inconnu, François Compaoré y a prélevé la somme de 100 000 000FCFA le 29 octobre 2014 a la veille de l’insurrection populaire.

La mission réclame le remboursement de ladite somme.

Ledit compte a été clôturé le 20 novembre 2014 sur instruction de Yacouba Isaac Zida alors chef de l’Etat. Son solde de 299 951 620 FCFA a été viré dans un nouveau compte ouvert le même jour, dans la même banque avec pour intitulé : " Transition/Bureau militaire ". »

(source http://netafrique.net/la-presidence-du-faso-dans-les-filets-des-controleurs-detat-mauvaise-gestion-sur-toute-la-ligne/) .

(NDLR : la source de ce site est le bimensuel burkinabè " L’Évènement " https://www.evenement-bf.net/ , dont le sérieux n’est guère contesté, mais je constate, depuis quelques temps, une plus grande difficulté à effectuer des recherches sur le web burkinabè via google, ce qui ne m’a pas permis de retrouver la première source ce cet article).

D’étranges photos trouvées dans le palais de François Compaoré

François Compaoré s’est fait construire un véritable palais en guise de maison, juste en face de l’université. Une véritable provocation, pour ces étudiants, souvent en voie de paupérisation, qui doivent faire des études dans une université, haut lieu de contestation du pouvoir, manquant souvent du minimum aux amphithéâtres surchargées.

Lors de la journée du 30 octobre 2014, plusieurs insurgés furent tués devant cette maison, des témoins affirmant qu’elle était gardée par des mercenaires étrangers.

Elle fut parmi les premières pillées après l’assaut de l’Assemblée nationale.

Les pilleurs ont exhibé d’étranges photos trouvées dans les sous-sols de sa maison. Des photos qui évoqueraient des cérémonies macabres selon les insurgés qui les ont découvertes, largement diffusées à travers Ouagadougou et sur internet.

-* La famille a cru bon, pour se défendre, de diffuser un communiqué dans lequel on peut lire : « La résidence de la famille COMPAORE François n’a jamais été un lieu de pratiques inhumaines. Les images et photos mésinterprétées et instrumentalisées par la presse ne sont rien d’autre que des œuvres de mise en scène d’art plastique, créées par notre fille, élève en classe de Première au Lycée Français Saint-Exupéry de Ouagadougou. On pourra s’en convaincre en consultant les autorités dudit établissement scolaire.. Le sous-sol de notre résidence familiale a toujours servi de salle d’études et de révision pour les enfants Compaoré. Plusieurs professeurs-répétiteurs qui y sont passés peuvent en témoigner ! »

(voir http://lefaso.net/spip.php?article61604)

Les raisons de l’arrestation de François Compaoré.

François Compaoré circulait probablement librement jusqu’ici sans être inquiété entre la France, le Bénin et la Côte d’Ivoire où il rendait visite à son frère jusqu’à ce que " Jeune Afrique " publie une interview dans son n° 2959 du 24 au 30 septembre 2017.

A propos du mandat international lancé contre lui ; il déclare : « Mes avocats ont investigué sur cette question auprès des autorités de France et de Côte d’Ivoire, deux pays dans lesquels je séjourne régulièrement. Ils n’ont trouvé aucune trace de ce mandat. Je suis donc serein et continue à vivre normalement ».

Et il précise plus loin : « Je voyage sans problème. Je suis la plupart du temps à Paris auprès de ma femme et de mes enfants, mais je me rends tous les deux mois à Abidjan. J’y rencontre les plus hautes autorités ivoiriennes quand cela est nécessaire ».

Il se dit prêt à répondre à la justice s’il obtient « la garantie d’un procès équitable » et continue à affirmer que les militaires qui ont torturé son cuisinier David Ouedraogo le soupçonnaient d’être impliqué dans un coup d’État !

J’étais au Burkina lors de la publication de cette interview et je peux témoigner qu’elle a été reçue avec colère et vécue comme une provocation.

En effet, un mandat d’arrêt international a bien été lancé en mai 2017 et transmis par Interpol.

Pourquoi François Compaoré n’a-t-il pas été interpellé jusqu’ici ? La question est évidemment posée aux autorités françaises.

Pourtant il est bien question de ce mandat dans la presse burkinabè via " Courrier Confidentiel " et confirmé par " Jeune Afrique " en juillet 2017 qui cite l’avocat de la Famille de Norbert Zongo.

(voir http://www.jeuneafrique.com/461823/societe/burkina-mandat-darret-international-contre-francois-compaore-dans-laffaire-zongo/).

Mais bien entendu la justice burkinabé n’a pas prévenu directement le principal intéressé ni son avocat !

Le réseau international " Justice pour Sankara, justice pour l’Afrique " a donc diffusé un communiqué le 9 octobre intitulé « les autorités françaises doivent arrêter François Compaoré »

(voir http://thomassankara.net/autorites-francaises-doivent-arreter-francois-compaore/).

La discussion dans le réseau avait commencé début octobre, mais la désinformation en avait retardé la publication du fait que certains membres doutaient de l’existence de ce mandat d’arrêt.

Une tribune libre fut ensuite publiée dans " Libération " le 15 octobre intitulée « Trente ans après Sankara, la France doit poser des actes » signée maitre Guy Hervé Kam, avocat et porte-parole du " Balai citoyen ", Adoulaye Diallo, directeur de centre de presse Norbert Zongo à Ouagadougou, Mathieu Lopez coprésident de SURVIE et moi-même comme animateur du « réseau justice pour Sankara justice pour l’Afrique ».

(voir http://www.liberation.fr/debats/2017/10/15/trente-ans-apres-sankara-la-france-doit-poser-des-actes_1602957)

On peut penser aussi que le juge burkinabè en charge de l’affaire a effectué une nouvelle démarche auprès de la justice française ou bien qu’une telle démarche a été faite par le ministre de la justice burkinabè.

L’interpellation est intervenue le 29 octobre. Sans doute à l’occasion du premier retour de François Compaoré en France après la publication de l’interview. La nouvelle s’est transmise comme une trainée de poudre via le web burkinabè.

La satisfaction était générale.

L’avocat de François Compaoré, Pierre-Olivier Sur ridiculisé ?

Pierre Olivier Sur est un avocat bien en vue au barreau de Paris dont il a été le bâtonnier en 2014 et 2015. Il est avocat en Afrique de Karim Wade, du président du Mali, Ibrahim Baba Keïta, mais aussi de Blaise.

On s’étonne à juste titre de cette légèreté. Ce n’est pas un débutant et ses honoraires doivent donc être conséquents.

Que s’est-il donc passé ?

Déjà l’interview donnée dans " Jeune Afrique " aurait dû sonner l’alarme. François Compaoré dit-il vrai lorsqu’il affirme que ses avocats n’ont pas trouvé trace de ce mandat alors que la nouvelle avait été diffusée dans la presse ?

N’a-t-il donc pas mis en garde François Compaoré sur le risque d’un nouveau voyage en France ?

Tous les deux avaient-ils reçu des assurances qu’il ne serait pas inquiété ?

Quelle que soit l’hypothèse retenue, une faute de l’avocat ou une insouciance de son client, le résultat en est une très mauvaise publicité !

Mais ce n’est pas tout.

Pierre-Olivier Sur semble se complaire dans la provocation. Il parle d’une « manœuvre politique » et déclare « Ils exhument ce vieux dossier Norbert Zongo pour essayer d’atteindre son frère, Blaise Compaoré, contre lequel ils n’arrivent pas articuler des griefs juridiques. Donc, ils changent leur fusil d’épaule : si ce n’est pas toi, ça sera ton frère.  » selon l’AFP.

(voir a http://www.liberation.fr/planete/2017/10/29/burkina-le-frere-de-blaise-compaore-arrete-en-france-dans-l-enquete-sur-l-assassinat-d-un-journalist_1606637 )

Pierre-Olivier Sur veut-il nous faire croire que Blaise Compaoré n’a rien à se reprocher et que la justice burkinabè n’aurait rien contre lui ?

Il ne peut pour l’instant être entendu par la justice que par la complicité du gouvernement ivoirien qui refuse de l’extrader !

Pierre-Olivier Sur accepte de se faire filmer en compagnie de François Compaoré dans un restaurant, la BBC titrant la vidéo « François Compaoré fête sa libération dans un restaurant parisien. »

(voir http://www.bbc.com/afrique/media-41770636)

Pour faire bonne figure, il minimise l’interpellation affirmant que François Compaoré reste " en liberté ", personne n’ayant demandé son incarcération. Il semble pourtant bien avoir été interpellé le dimanche pour ne sortir que le lendemain et placé au centre de rétention de l’aéroport.

Et les choses ne sont pas aussi simples qu’il veut de le dire. Il a donc bien connu une détention.

Voilà ce qu’a déclaré le ministre de la justice du Burkina, M. Bagoro :

« Et le juge a décidé de le mettre sous liberté avec contrôle judiciaire stricte. Il a l’obligation de se présenter tous les quinze jours dans son commissariat de résidence pour pointer.

Il a l’interdiction de quitter le territoire français. Il doit répondre aux convocations de la chambre d’instruction et ses quatre passeports dont trois passeports diplomatiques ont été confisqués.

Dès que nous avons été notifiés, nous avons commencé donc à préparer la demande d’extradition. Cette demande a été acheminée ce jour, 30 octobre, aux autorités françaises.

Nous avons en tout cas argumenté au regard des standards et des principes en la matière. Et nous espérons que, tout comme le mandat d’arrêt a commencé à être exécuté par son arrestation, qu’à l’issue de l’audience qui va se tenir, les autorités judiciaires françaises vont accéder à la demande d’extradition que le Burkina a formulée. »

(voir http://www.rfi.fr/emission/20171031-rene-bagoro-pensais-francois-compaore-rendrait-volontairement) .

Photo prise au domicile de Franois Compaoré après l’insurrection © DR

Après l’affaire Sankara, celle François Compaoré est une nouvelle affaire dont ce serait bien passé Emmanuel Macron à l’approche de son voyage au Burkina prévu fin novembre.

On se rappelle que Claude Bartolone, alors président de l’assemblée nationale, fut questionnée sur l’affaire Sankara dès l’aéroport lors de son dernier voyage en mars 2017.

Le gouvernement précédent avait déjà promis de répondre aux demandes de la justice burkinabè concernant l‘affaire Sankara, à savoir une commission rogatoire et la levée du « secret défense » qui date maintenant de plus d’un an.

La réponse se fait toujours attendre et on attend à Ouagadougou une réponse avec impatience, tant cette affaire est sensible.

D’ailleurs une manifestation organisée le 15 octobre, par le comité du mémorial Thomas Sankara appuyant cette demande s’est arrêtée devant l’ambassade de France pour lui remettre un mémorial sur cette question.

(voir http://thomassankara.net/comite-international-memorial-thomas-sankara-memorandum-dossier-judiciaire-sankara-compagnons/)

Une autre manifestation s’est tenue le 4 novembre autour du mouvement burkinabè des droits de l’Homme, pour s’opposer à la lenteur de la justice. C’est dire combien la justice est au cœur des préoccupations des Burkinabè.

Par ailleurs une récente lettre ouverte d’un français résidant au Burkina évoquant de nouveau cette question a eu un certain retentissement.

(voir http://thomassankara.net/lettre-ouverte-a-sem-xavier-lapeyre-de-cabanes-ambassadeur-de-france-burkina-faso/ ).

Tout homme politique visitant le Burkina doit prendre la mesure de ce que représente l’assassinat de Thomas Sankara sous peine de rater son voyage.

Voilà maintenant que l’affaire Zongo reprend la une de l’actualité avec l’interpellation de François Compaoré à Paris. Une réponse négative de la justice française serait, quelle qu’en soit la raison, vécue comme un soutien à la famille Compaoré de la part du gouvernement actuel.

Cela signifierait aussi que la justice française ne fait pas confiance à la justice burkinabè. Elle apparait pourtant particulièrement prudente tant les procédures sont longues.

En plus les interventions demandant l’extradition de François Compaoré se sont multipliées en Burkina comme en France.

Citons, outre l’association SURVIE, le communiqué de " Reporters sans Frontière " qui n’a pas pour habitude de chercher l’affrontement avec la diplomatie française.

(voir https://rsf.org/fr/actualites/meurtre-de-norbert-zongo-rsf-appelle-la-france-accepter-la-demande-dextradition-de-francois-campaore) mais aussi l’interview du président du Burkina Faso Roch Marc Christian Kaboré (voir http://www.rfi.fr/emission/20171105-burkina-faso-kabore-president-g5-sahel-terrorisme-justice-sankara)

Si le Président français a choisi le Mali, comme première destination en Afrique, pour réaffirmer son engagement militaire, c’est au Burkina qu’il a l’ambition de définir sa politique africaine.

« L’Afrique n’est pas seulement le continent des migrations et des crises, c’est un continent d’avenir », a déclaré Emmanuel Macron en annonçant son voyage ajoutant : « C’est aussi à ce titre que nous ne pouvons pas le laisser seul face à ses défis démographiques, climatiques, politiques. Car c’est en Afrique que se joue largement l’avenir du monde. La France ne saurait être ce pays post-colonial hésitant entre un magistère politique affaibli et une repentance malsaine » a-t-il continué.

(voir http://www.ipemed.coop/fr/point-de-vue-r19/point-de-vue-c58/discours-demmanuel-macron-durant-la-semaine-des-ambassadeurs-pour-un-axe-integre-afrique-mediterranee-europe--a3147.html).

Il n’est pas sans savoir que ce pays s’est libéré du dictateur Blaise Compaoré longtemps soutenu par la France à la suite d’une puissante insurrection.

Emmanuel Macron a aussi annoncé son intention de s’adresser aux étudiants au sein même de l’université. Un pari risqué pour le président français s’il se présente au Burkina sans réponse ou avec des réponses négatives sur les demandes de la justice de ce pays concernant l’affaire Thomas Sankara et l’extradition de François Compaoré.

Mais si la France et la justice français accèdent à ces demandes, il bénéficiera immédiatement d’une très forte sympathie au Burkina Faso.

Bruno Jaffré

MediaPart

Extrait d’un article de Norbert Zongo publié après la mort de David Ouedraogo dans son journal L’hebdomadaire " l’Indépendant " N°232 du 10 février 1998

Affiche à Ouagadougou en 2012 © DR

Et ce qui devrait arrivé arriva. Un des prisonniers du Conseil est mort (...).

Nous parlions des hommes que le petit frère du président Compaoré, François Compaoré a fait incarcérer au Conseil de l’Entente pour lui avoir " dérobé " quelques " petits " millions.

Trente cinq, il paraît.

Nous déplorions l’acte tout de symbole en disant que nous sommes, ou plus précisément nous croyons être dans un État de droit.

Nous disons que monsieur François Compaoré, bien que " petit président " reste tout de même un simple citoyen selon la loi et la Constitution.

Nous répétions que nul n’est au-dessus de la loi et que par conséquent, il ne peut et ne doit faire incarcérer des gens présumés coupables de vol au Conseil.

Nous relevions la triste contradiction entre le discours politique du chef de l’État, ses multiples efforts tant financiers que matériels pour démontrer l’existence d’une saine democratie au Burkina et des actes du genre.

Mais nous soulignons qu’au Conseil, on ne sait que torturer et qu’en guise d’enquêtes, il ne peut y avoir que la torture, et encore la torture. Elle a emporté un des prisonniers.

Quelles peuvent en être les conséquences ?

Parmi les séquestrés du Conseil, un homme est décédé, sans doute à la suite des tortures (...). Il y a eu mort d’homme au Conseil. Pour un Burkinabè, cela est d’une logique implacable.

Au Conseil, on a tué.

Au Conseil, on tue.

Et quand on y amène ses voleurs, on ne doit pas être étonné que l’un d’eux succombe. La préméditation est donc établie.

Un homme est mort au Conseil. Un mort de trop, pour le président Compaoré. Quand il s’est agit des hommes de Hyacinthe, la situation était moins grave. Une certaine " logique " en découlait : c’est entre eux, entre le pouvoir et sa sécurité (...).

Il y a des comportements que l’on ne doit pas avoir. Monsieur François Compaoré, frère du président Compaoré, Conseiller à la présidence, celui que nous appelons " affectueusement " petit-président doit le savoir. Il le devrait en tout cas.

Pourquoi l’a-t-il fait ?

Trois raisons peuvent expliquer à notre avis ce comportement.

La première est la légèreté avec laquelle certains hommes de l’entourage immédiat du chef de l’État voient et font les choses.

En parole et en acte, la réflexion n’est pas au rendez-vous. On pose des actes sans trop en mesurer les conséquences. Parce qu’on est imbu de sa personne et du pouvoir.

Qui peut faire quoi ?

La presse ?

" Les journalistes peuvent écrire sur leur dos " (...). On se croit tout permis parce qu’on se permet tout. L’arrogance injurieuse des actes le dispute à la désinvolture de l’analyse quand elle existe.

C’est ce qui expliquerait la construction de cette villa cossue face à une université où les grèves et les batailles tournent autour du simple plat de riz. Avec un peu de retenue, on aurait pu se dire qu’il est indécent d’afficher tant de suffisance face à des adolescents sans avenir.

Mais la rangaine est toujours prête pour les remarques : " on connaît les burkinabè. Ils sont jaloux et envieux. Moi je m’en fous " (...).

La deuxième raison est que le chef de l’État et son entourage immédiat donnent parfois l’impression de ne point croire en leur propre processus "
démocratique ".

Ils clament une " démocratie " tout en démontrant qu’ils sont les premiers à ne point y croire ; en posant des actes maladroitement significatifs, par l’exemple (...).

À la présidence, on privilégie toujours la force du régime. On ne croit pas à la Démocratie à la Présidence du Faso (...).

Nous le disions : ils n’ont plus peur de leur peuple. Ceci pour expliquer cela.

La troisième raison est que monsieur le " petit-président " ne voulait pas ébruiter l’affaire. Trente cinq millions dans sa maison, par les temps qui courent, il faut le faire !

Combien, y a-t-il en banque ?

Les 35 millions ont-ils été soustraits seulement ou les voleurs ont-ils tout pris, au cas où ils seraient reconnus " coupables " ?

Alors pour que le bruit ne se repande pas sur Ouagadougou, on a voulu l’étouffer au Conseil tout en travaillant à récuperer l’argent qui aurait été volé. Et pour récupérer l’argent, on soumet les présumés coupables à la torture. Ils n’ont sans doute pas voulu " avouer qu’ils ont volé ".

Alors ils en mourront. Un en est mort (...).

Henri Sebgo,

(pseudonyme de Norbert Zongo)

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