Les Indiens défendent leur peu de droits

, par  DMigneau , popularité : 64%

Les Indiens défendent leur peu de droits

À l’appel des syndicats, 150 millions d’Indiens sont descendus dans la rue pour 24 heures. La réforme du marché du travail que voudrait faire passer l’exécutif risquerait de fragiliser encore plus les travailleurs.

Les bonnes intentions nées du sommet social de fin juillet à Delhi – qui permit pour la première fois aux représentants syndicaux d’être reçus par le Premier ministre, Narendra Modi, élu au printemps 2014 – auront fait long feu au pays du Gange. Hier, 150 millions de travailleurs indiens, essentiellement issus des secteurs du transport, de la banque, de la mine et de l’industrie, ont bloqué la plupart des grandes villes du pays pour dire « non » à la réforme du marché du travail que le gouvernement national conservateur tente de faire passer en force.

Le temps où le chef de l’exécutif, émerveillé par les joies nouvelles du «  dialogue social  », s’écriait en fin de sommet : «  les rencontres tripartites avec syndicats et patrons sont la bonne méthode pour réformer les règles du jeu social  » semble déjà bien loin.

Le mécontentement atteint 
tous les secteurs d’activité

Le temps des polices et des coups de bâton est arrivé. La surdité têtue de son ministre des Finances, Arun Jaitley, qui refuse de prendre en compte les revendications communes réclamées en août par une dizaine de grands syndicats indiens – dont le All India Trade Union Congress, proche du Parti communiste d’Inde, ou encore l’Indian National Trade Union Congress, la confédération liée au Parti du congrès – en est la principale cause.

Les demandes des différentes centrales ont toutes été retoquées. Parmi elles : l’installation d’une couverture sociale pour tous les Indiens, la mise en place d’une politique de lutte contre l’inflation ou encore la garantie d’un salaire minimum mensuel de 15 000 roupies (215 euros) contre un minimum qui oscille actuellement entre 5 000 (70 euros) et 9 000 roupies (125 euros) par mois.

Les journaliers, les employés de maison et les petits vendeurs ont d’ailleurs rejoint le mouvement pour réclamer cette hausse du salaire minimum national. Ces travailleurs de l’économie informelle représentent 94 % des travailleurs indiens.

Le gouvernement nationaliste a répliqué en montrant ses muscles libéraux et réduisant depuis un mois le «  dialogue social tripartite  » à un monologue purement patronal. Aussi, les 44 lois nationales et 150 législations spécifiques à chaque État concernant la législation du travail devraient être démembrées. Quoique lourdes, ces lois protègent tant bien que mal les salariés indiens, leur offrant notamment un minimum d’hygiène et de sécurité sur les lieux de travail.

La réponse du berger 
à la bergère

La disparition de ces quelques garde-fous serait la porte ouverte à un capitalisme sauvage déjà bien en place dans le pays et dont Narendra Modi est aujourd’hui le parangon. Toujours à la demande du patronat local, le gouvernement a décidé de faciliter le licenciement dans les entreprises de plus de 300 personnes, mais aussi de rendre plus difficile la création de nouveaux syndicats.

Depuis l’arrivée au pouvoir de Narendra Modi, il y a dix-huit mois, les syndicats ont toujours revendiqué l’idée qu’il fallait réformer l’économie de l’Inde, comme le pense aussi l’Organisation internationale du travail (OIT)… mais dans le sens des travailleurs.

Aussi les centrales sont-elles restées attentives aux différentes lois que le gouvernement Modi échafaude. Avec deux belles victoires à la clé. En début d’année, une grève massive des mineurs (la plus grosse depuis 1977) qui a abouti à un recul du gouvernement qui promouvait alors l’ouverture du marché du charbon aux sociétés privées, ce qui signifiait le licenciement de milliers de mineurs. Et plus récemment encore, dans le domaine agricole, la colère des paysans a eu raison des trains de mesures visant à expulser des propriétaires de leur terre au profit d’investisseurs. « Jamais deux sans trois », comme le dit l’adage ? À suivre donc. •

Stéphane Aubouard

L’ Humanité

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