Le temps des nouvelles croyances

, par  DMigneau , popularité : 0%

Le temps des nouvelles croyances

« Les faits ne pénètrent pas dans le monde où vivent nos croyances […]. »

« Et chacun croit fort aisément
Ce qu’il craint et ce qu’il désire.
 »

Jean de La Fontaine – Fables, " le Loup et le Renard "

Les croyances font-elles partie désormais d’une époque révolue ? Il est permis d’en douter, au vu de enchaînement des réactions de peur et de panique que l’apparition d’un nouveau virus mortel, le " Covid19 ", a généré dans nos sociétés globalisées du XXIe siècle.

On avait plus ou moins constaté, depuis le " Positivisme " initié par Auguste Comte – mouvement philosophique apparu au XIXe siècle, et reposant sur la validation de la connaissance à l’épreuve des faits – que la Science, en parallèle des immenses progrès qu’elle a permis de faire dans pratiquement tous les domaines, principalement dans la philosophie, la médecine, les arts et les techniques, avait pris en quelque sorte la place laissée vacante par la religion chrétienne, en perte de crédibilité et d’emprise sociale depuis le XVIIIe siècle des « Lumières ».

Or, la science fut - et reste - le principal levier dans l’essor de « l’Occident » pour sa suprématie mondiale. Si cette avance scientifique était talonnée et parfois devancée par l’ancien " bloc soviétique " (ex-URSS et satellites, pays de l’Europe de l’Est, Cuba) pendant l’époque de la « Guerre froide », notamment au niveau nucléaire et pour la conquête de l’espace, la longue suprématie de « l’Occident » est aujourd’hui véritablement contestée par les sociétés asiatiques (Asie du Sud-Est, Chine et Inde).

Le Japon ayant été, depuis " l’ère Meiji ", un intéressant modèle de composition entre le respect des traditions et de la culture propre à ce pays et de la " modernité " internationalement partagée et multipliée, tout en faisant partie du camp occidental depuis sa défaite dans la seconde guerre mondiale.

En parallèle, les pays membres de l’OTAN sous leadership étasunien, voient aussi leur stratégie de domination militaire de plus en plus mise à mal dans leurs anciennes zones d’influence comme le Moyen-Orient, l’Amérique latine ou l’Afrique.

Jusqu’à présent, la maîtrise de la technologie du numérique permet à son pays de naissance - les USA - et à ses alliés occidentaux (" Union Européenne ", Canada et Australie), de tenir encore un des leviers principaux du fonctionnement du monde actuel via le réseau Internet centralisé quelque part entre la Californie et l’Alaska, mais pour encore combien de temps ?

La Chine contemporaine prend à sa manière, sa revanche sur la désagrégation de l’ex-" Empire du Milieu ", suite à la " Guerre de l’opium " menée sur son territoire par " l’Empire britannique " dans la deuxième partie du XIXe siècle, avec une lente perte de sa souveraineté.

Ce " pays-continent ", qui abrite en 2020 une population majoritairement athée, a longuement cherché sa voie, lorsqu’à la suite de l’ex " Russie impériale " devenue l’URSS (" Union des Républiques Socialistes Soviétiques "), elle a embrassé la doctrine communiste, en s’engageant malheureusement pour sa culture plurimillénaire d’une richesse immense, sur un chemin semé de drames humains à grande échelle ; une particularité du XXe siècle partagée par de nombreux pays du globe.

Après les sanglants événements de la Place Tiananmen en 1989, la nouvelle doctrine du " Enrichissez-vous " lancée par Deng Xiaoping en janvier 1992, la Chine est revenue à l’avant-plan (1).

Aujourd’hui, Pékin abrite plus de milliardaires que New York (2).

Cette nouvelle superpuissance a véritablement " relevé la tête " vers la fin des années 1970, avec une souveraineté à la fois politique, culturelle et économique retrouvée, en développant plus avant des technologies industrielles premièrement copiées de « l’Occident », afin de servir ses propres intérêts stratégiques, mais également en enserrant progressivement sa propre population dans un " filet de surveillance " et de dénonciation d’une précision sans égale jusqu’à présent, à même de dépasser aujourd’hui les USA sur ce point.

En tout cas, même si on ne sait plus dire qui a commencé, même depuis les politiques sécuritaires mises en place en Occident après le 11 septembre 2001, nos " démocraties " occidentales paniquées et en pleine confusion, participent désormais de cette " fuite en avant ", mettant ainsi en péril les dernières libertés individuelles qui y persistent, libertés si chèrement acquises par leurs peuples au fil des deux derniers siècles.

La Russie est - quant à elle - redevenue la troisième " puissance-continent " du jeu du leadership sur la planète, depuis que Vladimir Poutine lui a fait retrouver toute sa souveraineté.

Au niveau des technologies du numérique, les Russes, comme les Chinois mais sur un autre mode, sont très offensifs et inventifs, la réputation des " hackers " russes n’est plus à faire. Et Edward Snowden est allé se réfugier dans l’ex-Empire des Tsars, tandis que Julian Assange croupit toujours dans une prison de la banlieue londonienne pour trahison à l’Occident.

Boris Eltsine, qui avait vendu son pays " à la découpe " et aux intérêts occidentaux après 1991, restera un accident dans l’histoire de son pays.

De la même manière que les régimes totalitaires du XXe siècle (fascisme, nazisme et " communisme " dévoyé) ont pu croire en l’avènement de " l’Homme Nouveau " (3), le capitalisme a voué dès ses débuts un véritable culte au Progrès.

Chacun, dans ses limites et ses travers originaux, tentant de conforter ses positions afin de s’approcher d’un modèle absolu de société, aux rouages fonctionnant en théorie parfaitement, pour offrir à ses populations un confort jamais égalé jusqu’à présent tout en assurant une domination sans faille d’un groupe politique et économique de dirigeants.

Mais le capitalisme, et encore plus dans ses versions extrêmes du « néo » ou « ultralibéralisme », telle une machine ivre d’elle-même, est l’idéologie qui aura favorisé le plus durablement la domination d’un groupe social très privilégié et protégé, via différentes stratégies politiques tel le " parlementarisme ".

Ses principaux décisionnaires (secteur bancaire, assurances, « fonds d’investissement » et « holdings d’actionnariat », industries militaires et pharmaceutiques) se consacrent à la consolidation d’un pouvoir exclusif et imposent désormais, via des médias, des hommes et des femmes politiques aux ordres, une vision réduisant la vie à une série de chiffres et de " causes à effets ".

Ces ultimes maillons du processus idéologique continuent à faire croire à l’existence d’une destinée commune en direction de la majorité de la population.

Les régulateurs et « corps sociaux intermédiaires » mis en place depuis la fin de la deuxième guerre mondiale se sont réduits comme " peau de chagrin " depuis la fin des années 1970, avec les deux chocs pétroliers consécutifs, le chômage de masse et la " crise économique " structurelle, qui est finalement devenue une routine tandis que les différentes classes sociales ont adopté la profession de foi de la " dérégulation " et récitent partout les bienfaits du capitalisme sensé être " l’ultime rempart " au chaos ; voir les avertissements et « coup de force » pour interdire toute sortie de l’UE, le martyre de la Grèce contemporaine et les errances du " Brexit ".

Initialement partie des " teams " des multinationales, du secteur financier et des écoles de commerce, l’idéologie et les " tics de langage managérial " ont gagné d’autres sphères d’activités : « l’Éducation » plus généralement, « la Culture », « les transports et communications » (" La Poste ", la SNCF), jusqu’à la plupart des services publics.

Il s’agit d’intégrer, consciemment ou pas, les codes et réflexes qui permettent de valoriser la pensée magique néolibérale, enrobée de " positive attitude ", pour - par exemple - continuer de croire à la " théorie du ruissellement " (une inversion des dynamiques réelles des mouvements de capitaux qui tendent à l’hyper-concentration des avoirs financiers) ou encore, en France, au mirage d’un " État protecteur ", désormais une coquille vidée de sa substance.

Cette aliénation " soft " prend le dessus du " libre arbitre ", à tout moment, particulièrement lors de choix électoraux cruciaux à faire.

Le droit du travail ou à une fin de vie décente avec retraite est " détricoté " à l’avantage du profit de l’actionnariat et des flux de capitaux.

Le travail lui-même est privé de sa valeur symbolique et édificatrice, en imposant des solutions toujours plus technologiques et déshumanisantes, avec une démultiplication exponentielle via la robotisation.

Les dernières protections sociales et environnementales tombées, les plus riches s’emploient à privatiser tout le vivant, dont les énergies humaines les plus subtiles. Margaret Thatcher a formulé pour l’éternité cette profession de foi : " There is NO alternative " - TINA - une formule négative qui effectivement nie toute possibilité de transcendance, de dépassement et d’évolution des sociétés humaines en figeant le temps dans un " anneau de Moebius ".

Cette " pensée unique " couve en son sein un existentialisme sans souffle, rouage d’une " machine-outil " qui consomme son principal acteur et carburant - l’humain - en le réduisant à du chimique et de la mécanique, et ses modes de communication à du binaire " 1- 0 ", et surtout en ne lui accordant plus aucune marge ni plage d’expression libre.

Ce qui s’identifie aujourd’hui comme le " transhumanisme ".

Rétrospectivement, le capitalisme n’a jamais été l’allié de la démocratie. Pour autant, le titre de l’ouvrage majeur de Michel Foucault, " Surveiller et punir ", essai datant de 1975, est en passe de devenir le mantra des puissances existantes et émergeantes du XXIe siècle (4), quitte à faire basculer le monde dans une nouvelle guerre glaçante, ponctuée par des zones brulantes de tension comme au Moyen-Orient, en " Ukraine/Europe de l’Est " ou au Venezuela.

On peut aussi se référer aux travaux de l’historienne Annie Lacroix-Riz sur ces sujets (5). C’est encore la liberté de penser et d’agir selon son « libre arbitre » - ou ce qu’il en reste - qui risque d’être sacrifiée sur l’autel du profit et des nouvelles croyances.

Le retour du fait religieux

La science, devenue elle-même une marchandise, instrumentalisée jusqu’à un niveau jamais atteint, n’a plus l’exclusivité des dogmes contemporains. On a vu se développer de nouvelles idéologies qui flirtent davantage avec la morale, les passions tristes et les convictions, qu’avec l’esprit critique et le doute scientifique. Ainsi du mythe du " choc des civilisations ", théorie elle-même inclue dans le mirage de la " post-modernité ".

Le retour en force du religieux au XXe siècle, depuis la création de l’État d’Israël et la révolution des mollahs en Iran, l’appui du courant intégriste du " Wahhabisme " et des " Frères musulmans " par les pétromonarchies du Golfe et l’Arabie saoudite, puis la réaffirmation en Occident de différents mouvement intégristes ou " ultra ", souvent issus des trois principaux monothéismes (juif, chrétien et musulman) – mais aussi en Asie de la religion hindoue ou de courants bouddhistes extrémistes – ne font que renforcer ce constat.

Depuis le quinquennat très à droite de Nicolas Sarkozy, une tribune de plus en plus éloquente a été accordée en France aux différents courants religieux présents ou en construction dans un pays historiquement marqué par les guerres de religion. Ainsi, cet ex-président d’une République laïque, qui a pris véritablement son essor grâce à la loi de séparation de « l’Église catholique » et de « l’État » en 1905, a fait dès son élection en 2007 des " appels du pied " appuyé au Vatican, et donné de nombreux signes de soutien vis-à-vis du mouvement juif ultra-orthodoxe qui tient les rênes du pouvoir en Israël (6).

Mais il a aussi " surfé " sur le tropisme d’un " Islam de France ", appuyé en cela par une partie de " la gauche " traditionnelle, une volonté politique qui a accouché d’une souris, et permis à des courants musulmans fondamentalistes de " s’institutionnaliser " dans un pays qui a fortement contribué à la construction des « Droits de l’Homme ».

En 2015, le traumatisme des attentats de " Charlie hebdo " et du " Bataclan ", suivi de celui à Nice, le jour du 14 juillet 2016 et durant ce même mandat présidentiel, auront fini par fermer pour le moyen terme toute possibilité d’avancée sur ce très délicat sujet d’un Islam " moderne ", ou modernisé, et qui ne peut se circonscrire à un seul pays, aussi volontaire soit-il dans cette entreprise (7).

Mais pour ne pas trop rouvrir des " cicatrices " encore sensibles, on s’en tiendra à un autre constat : le XXIe siècle, même s’il confirme qu’il fait entrer le monde " mondialisé " dans un nouveau cycle de croyances (la religion, " opium du peuple " selon la formule consacrée de Karl Marx, étant par définition son principal vecteur), nous prouve que le simple fait de s’agenouiller devant une divinité dans une église, un temple ou une mosquée, n’est pas la principale manifestation de la croyance, encore moins de la soumission aveugle.

Une crise de la gouvernance mondiale et nationale

La ferveur idéologique reposant sur une vision de plus en plus manichéenne du monde et des sociétés humaines qui se déchirent entre d’une part des pauvres s’appauvrissant davantage, suivie par la classe " moyenne " en déclassement social et sombrant dans toutes les formes de misère (les 90 ou 99 % de la population mondiale), et d’autre part des groupes de milliardaires qui reconstituent une forme " d’élite internationalisée " et sans racines fixes (le fameux " 1 % " qui dépasse en arrogance, en cynisme et en cruauté les tenants de " l’Ancien Régime " en France), comme notre foi en nos " démocraties " totalement perverties, en sont une autre illustration.

Par effet ricochet, la validité et l’autorité des instances internationales de " régulation " nées de la fin de la seconde guerre mondiale, telles l’ONU, le FMI, l’OMC ou l’OMS surtout en ce moment, des instruments de précision qui ont assis « l’impérialisme étasunien » dans presque toutes les relations et tractations internationales, sont remises en question.

D’un point de vue " économico-financier ", le monopole du dollar dans les transactions internationales est de plus en plus contesté par les grandes puissances émergentes, et dans ce domaine c’est une guerre ouverte entre la Chine et les USA, devenue après la Russie un temps, le principal adversaire de la superpuissance nord-américaine sur " l’échiquier stratégique " mondial.

Au niveau national, après trois mandats successifs de trahisons et de reniement flagrants des engagements électoraux de Nicolas Sarkozy, François Hollande puis Emmanuel Macron (effectués pratiquement le lendemain de leur accession à l’Élysée), comment encore accorder du crédit au " suffrage universel " ?

Sans oublier le reniement du NON au projet de traité constitutionnel de « l’Union Européenne », un cas d’école et un motif de discorde encore vif en France, même au sein des courants politiques marqués " à gauche " et à " l’extrême-gauche ".

Ce qui fut pourtant une grande avancée sociale et démocratique au cours des XIXe et XXe siècles, " marque le pas " avec une abstention de plus en plus massive des citoyens français lors des dernières élections. Les analystes s’accordent désormais pour faire de cette " majorité silencieuse ", le plus grand " parti " de France. Cette donnée pose de sérieux problèmes de représentation politique.

Mais comment encore avoir la foi en un processus " démocratique " de pacotille ?

Sans vouloir faire l’apologie de la défection de nos prérogatives et devoirs en tant que « citoyen », il serait certainement bon de ne plus croire aux promesses des hommes et femmes politiques, ou plutôt de les évaluer à la lumière de leurs actions et prises de positions passées.

Mais nous en sommes toujours à débattre si, par exemple, l’obligation d’un casier judiciaire vierge est plus pertinent pour un agent de la fonction publique de catégorie " C " obligé de suivre, doigt sur la couture, les ordres de sa hiérarchie, que pour des personnages ayant le pouvoir de prendre des décisions qui nous concernent toutes et tous, aujourd’hui visiblement d’une manière complètement arbitraire et unilatérale.

C’est un vaste débat, vicié par l’instrumentalisation régulière du pouvoir judiciaire… à des fins politiques : voir la lenteur des procédures et les « non-lieux » souvent accordés pour les " hauts-responsables " inculpés. Ce qui n’est pas du tout le cas pour les jugements expéditifs, dans le cadre d’une procédure législative accélérée appliquée aux militants et " activistes " qui ont enfreint une loi " à géométrie variable " ou opportunément adoptée dans le cadre d’un " état d’urgence ", devenu la norme en France.

Élargissement du champ des croyances

La réduction de la pensée analytique et critique à la foi ne concerne donc pas que le " religieux " et la " politique ", qui font toujours bon ménage en ce nouveau millénaire. Les croyances " modernes " étendent leur emprise dans d’autres domaines : médias, économie, sciences dites " dures " et sciences sociales, médecine, Justice, Culture, écologie…

Le moment " Covid19 "

Osons maintenant aller à contre-courant de la pensée " mondialiste ", devenue de toute évidence une sorte de " bouillie intellectuelle " et un moyen de confusion des esprits et continuons de " relocaliser " cette analyse à la France, pays moderne et d’essence cartésienne s’il en est.

L’étonnement que pouvait produire la dérive inattendue vers les nouvelles formes de croyance dans l’Hexagone s’efface désormais devant un véritable effet de sidération : avec ce que j’appellerai le " moment Covid19 " depuis le mensonge du " tout communicationnel " et la " séduction publicitaire ", en passant par la narration médiatique et maintenant le déni de réalité qui se manifeste de la part des plus hautes instances de « la santé » et de « l’État » français, les dysfonctionnements sont graves et révélateurs de l’état de " moisissure " dans lequel baigne toute l’architecture du pouvoir.

L’Université et « la recherche » ne dérogent plus, malheureusement, à cette tendance.

Le mode binaire de ce qui est " bon " ou " mal " pour les masses populaires, illustré récemment par la polémique sur le traitement proposé par le professeur Raoult et son équipe à l’IHU de Marseille (8), suivie d’une autre polémique stérile sur ce personnage controversé, a au moins révélé les intérêts financiers en jeu du secteur pharmaceutique, dépassant l’objectif sanitaire de lutter le plus efficacement et rapidement possible contre les infections et morts attribuées au " Covid19 ".

L’irrationalité des mesures politiques de santé, parfois contradictoires d’un jour à l’autre pour contrer l’épidémie dans le cadre national, est elle-même devenue édifiante.

Tandis qu’un virus invisible et inconnu circule " à bas bruit " dans les rues des villes et dans nos campagnes, comme un bandit de grand chemin, ou pire, un " serial killer ", on fait espérer l’arrivée d’un vaccin providentiel

Et notre rapport à la mort, au sens de l’existence, en a été bouleversé.

Nous vivons plus généralement dans un environnement en partie remodelé par des nouvelles croyances ou convictions. La culpabilité prononcée pesant sur la figure de " l’homme blanc occidental ", motivée par le mode encore patriarcal des sociétés " avancées " et partagées par la plupart des cultures traditionnelles, en fait tristement, ou risiblement partie.

Cette dérive se lit chaque jour un peu plus dans la presse hexagonale, avide du sujet d’actualité qui fera " recette ", poussée par le mouvement " néo-féministe " né au sein des recherches universitaires nord-américaines avec les " Gender Studies " dont Judith Butler en est devenue l’icône intellectuelle et le référent principal.

En quoi cette culpabilisation devenue systématique du genre masculin ferait avancer la cause féminine, c’est encore un mystère ! Le débat en cours, suite à l’explosion du phénomène " #MeToo ", avec des prises de positions qui se radicalisent et une opposition toujours plus grossière effectuée entre les deux sexes naturels - le féminin et le masculin - semble nous faire avancer un peu plus dans la direction d’une autre croyance : aux hommes toute la culpabilité du désordre passé et actuel, aux femmes l’immense tâche d’y remédier.

Cette binarité brandie et réaffirmée ne dessert-elle pas désormais beaucoup d’autres luttes sociales, en s’y immisçant d’une manière parfois totalement hors de propos ?

Or, la relecture de l’Histoire à l’aune des problématiques du présent (comme pour les siècles de " traite négrière ", débuts de la " mondialisation " de l’économie, des banques et des assurances, avec le commerce " triangulaire " et l’exploitation des esclaves noirs venus d’Afrique) s’avère être une impasse intellectuelle et une posture exacerbant les egos, sans aucunement refermer les plaies encore vives qui traversent, par exemple, les USA ou la France, deux acteurs clefs de l’entreprise coloniale.

Lorsqu’un débat se limite à imposer aux êtres une identité minimaliste, tout comme l’assignation religieuse, c’est que " le ver est dans le fruit ". Cette tendance réductrice et génératrice de nouveaux conflits, oublieuse des nobles objectifs d’origine, nous entraîne dans des gouffres de la pensée, en tout cas bien au-delà de la nécessaire émancipation de la moitié féminine de l’humanité, toujours en cours selon le tempo nécessaire à chaque culture (9).

Une émancipation a priori appelée à participer à celle plus générale de la condition humaine.

Jusqu’à cette tentative de certains milieux socio-culturels plutôt aisés d’imposer une instrumentalisation du langage avec l’écriture inclusive, tentant de devenir exclusive et invasive. Or, ce n’est pas en changeant les codes et règles du langage, que la réalité de l’emprise patriarcale disparaîtra comme par enchantement.

Au contraire, le hiatus entre la forme et le fond apparaît d’une manière plus criante. Le légitime combat « féministe » ne devrait pourtant pas contredire ou occulter un autre toujours d’actualité, la lutte des classes, mais l’appuyer. Car les femmes sont les principales perdantes des mesures antisociales prises par le gouvernement Macron et ceux qui l’ont précédé (10).

De même, la " vague verte " aux dernières « municipales » en France est un mirage électoral qui a fait entrer le thème de « l’écologie » dans un périmètre restreignant son mode d’action, en focalisant encore le débat public sur des espérances portées par beaucoup trop d’opportunistes de la politique " politicienne " : les stratégies de conquête du pouvoir amenuisent l’espoir d’un véritable changement positif de nos modes de vie, au vu des alliances " à géométrie variable " que les différents courants " écologistes " ont déjà engagé et qui n’ont pas porté les fruits escomptés.

Par exemple, l’aller-retour de la « Commission européenne » au gré des forces en présence et des " lobbies " à l’affût concernant l’usage du glyphosate dans le secteur de " l’agriculture " très largement industrialisé, qui continue d’épuiser les ressources en eau douce de la planète, n’ouvre pas de sereines perspectives.

Encore moins pour se sauver de frayeurs apocalyptiques qui se répandent, au sujet de la montée des océans, du " dérèglement climatique ", de la déforestation en Amazonie ou de la bataille permanente pour le contrôle des matières premières et de « l’énergie ».

Les prophéties dramatiques de la collapsologie qui revient à revivifier un débat tournant autour de l’intérêt de " la table rase ", avec des prédictions parfois fantaisistes et ayant in fine bien du mal à se détacher du nihilisme, atteignent des individus et des groupes déçus par la lenteur des avancées en ce domaine.

Beaucoup finissent par croire que " l’Homme est un cancer pour la planète " (une formule de plus en plus partagée via les « réseaux sociaux », avides de nouvelles propositions vites résumables en deux lignes, comme de nouvelles " figures médiatiques ") et pensent que l’espèce humaine a terminé de participer de la grande aventure de l’évolution du vivant.

La peur comme nerf de la guerre

La vénération toujours présente du " Dieu Argent " qui couronne la plupart de nos croyances contemporaines, en réduisant l’humain à une marchandise, sera-t-elle suffisamment ébranlée dans ses fondamentaux pour que cette autre forme de « réductionnisme », qui consiste à assigner une valeur financière du moindre " grain de sable " jusqu’au code génétique de toutes les espèces vivantes, s’écroule sur elle-même, telles les éphémères " tours jumelles " de New-York ?

Cette prouesse architecturale officiellement ouverte au public en 1973, symbole d’un monde " ouvert ", " moderne ", " orgueilleux " et résolument optimiste vis-à-vis du futur, a définitivement disparu depuis 2001, dans un saisissant " effet-miroir " avec la divine destruction de la " tour de Babel " relatée dans " l’Ancien Testament ". " L’élite " financière use pourtant de tous les leviers à sa disposition pour étayer encore " l’édifice monétaire ", reposant en grande partie sur la dette et la création de monnaie, elle aussi de plus en plus virtuelle.

Ne comptons donc pas sur les acteurs de la dérégulation " économico-financière " pour régler un problème dont ils sont les principaux responsables. Pour autant, l’état de décomposition des " sciences sociales ", mais aussi la crise que vit, par exemple, le secteur de la psychanalyse en France, ne nous permettent pas – encore – de forger des outils intellectuels à même de traiter correctement d’urgentes questions en suspens. (11)

Du fait d’un long et peut-être inefficace confinement, tandis qu’un mystérieux virus rodait dans nos rues (deux mois environ en Europe, quatre au Mexique) et de déclarations contradictoires qui ont étendu un " voile de brouillard " sur les esprits, la peur a pris le dessus de tout autre réflexe de survie, en touchant des zones profondes du fonctionnement de notre psyché.

La crainte de la mort et de la maladie s’est généralisée en se parant des oripeaux de la Vertu. La prudence commande désormais le moindre de nos mouvements, car le contrôle des corps s’est ajouté à celui des esprits.

On aime à croire que le port d’un masque hygiénique en non-tissé nous préservera des miasmes supposés mortels de son voisin, qui s’est transformé en danger public. Par le biais de cette polémique sur le port - ou non - du masque pendant le moment " Covid 19 ", nous retrouvons un grand classique de la religion catholique qui est de culpabiliser et punir la population, tandis que les responsables et dirigeants reçoivent presque systématiquement l’absolution.

Retour à certaines vérités historiques, mais dans une forme très autoritaire voire tyrannique, une régression à laquelle nous invite Marine Le Pen, leader du parti d’extrême-droite RN, sous prétexte de nos " fondamentaux culturels judéo-chrétiens ". Des propos auxquels s’associent très souvent les partis de la Droite dite " républicaine ". Et qui tragiquement trouvent un écho de plus en plus large chez les victimes du système actuel.

Le " Covid 19 " a pris le premier rôle d’agitateur de l’effroi, dont le « terrorisme » avait la charge. La " théorie du choc ", mise en évidence et théorisée par Naomi Klein, suit son chemin en se travestissant selon les orientations de " l’actualité-épouvantail " ou le sens du vent : choc terroriste de 2001, choc financier de 2008, re-choc terroriste en 2015, puis choc sanitaire de 2020, " réchauffement climatique " depuis au moins 30 ans

Après la stratégie de nasse des " Gilets jaunes " et des manifestants contre la réforme de la retraite appliquée par les « forces de l’ordre », en plus de la violence physique, une nasse médiatique chaque jour alimentée s’occupe des cerveaux au niveau mondial.

Si la frayeur de « l’Apocalypse » reste une " épée de Damoclès " tendue au-dessus de quelques croyants chrétiens ou " post-chrétiens ", on peut se demander si nous ne sommes pas tout simplement en train de tourner la page du catéchisme catholique ou protestant, souvent enfermé dans le terme de " culture judéo-chrétienne " car définitivement, celui-ci ne peut plus tenir " la dragée haute " au reste du monde.

Est-ce que « l’Occident » ne serait pas déjà entré dans un moment apocalyptique, mais à son usage exclusif ?

Le " journalisme de cours ", nouveau sacerdoce

La crise sanitaire du " Covid 19 " a révélé l’ampleur de la crise sociale en France d’une manière sans précédent. La vanité du statu quo institutionnel au sujet de l’accélération de l’épidémie ultralibérale et de la " globalisation ", tant chantée par la figure du grand ou petit chef d’entreprise, réduit à un missionnaire ou encore à un moderne pèlerin du néolibéralisme, avait été ébranlée par le mouvement des " Gilets jaunes ", suivi ou en parallèle d’autres contestations populaires de la même tonalité à l’étranger.

Mais cette crise sanitaire aura servi de catalyseur pour des secteurs de plus en plus nombreux de la population, dont certains s’étaient tant moqués des " Gilets jaunes ". La crise de confiance envers nos institutions est généralisée. Concernant les médias, c’est presque la majorité de la population qui se détourne ou se désintéresse de la narration officielle servie à la " grand-messe " du journal TV, mais aussi dans la presse servie comme les hosties quotidiennes du " politiquement correct " – voir les articles que le " Monde diplomatique " y a déjà consacré (12) .

Cette instrumentation obscène de l’information et la perte de déontologie dans « l’industrie journalistique », déontologie qui était encore il y a peu un pilier démocratique essentiel, fait du réel une immense " nappe de brouillard " dont on ne sait plus comment sortir ; exception faite de quelque médias indépendants et qui nous proposent des " fenêtres de lecture " différentes et combattent pied à pied " l’information-perroquet " occidentale, avec force sources documentées qui retissent des liens plus solides avec nos réalités, dont " Le Grand Soir " ; tout comme d’autres organes de presse étrangers, principalement issus de Russie comme " RT France " ou de Chine, mais avec lesquels il faut parfois savoir jouer " à l’équilibriste ".

C’est aussi un fait acquis (mais toujours inoffensif), la parole infantilisante de nos " Mass-médias " bien français est à juste propos associée ouvertement à de la propagande d’État au service d’intérêts privés et spéculatifs.

Est-ce le début de la cure, pour faire tomber de la " scène médiatique ", plus proche du " show-business ", toute une curée de collaborateurs du système, dans lequel la corruption par l’argent est un outil non négligeable, mais évidemment difficilement détectable.

C’est aussi un monde dans lequel certaines convictions paraissent indéboulonnables.

Le " monde d’après ", un monde déjà dépassé ?

Pour autant, il y aura effectivement un " avant " et un " après " moment " Covid 19 ", suite aux quarantaines et au confinement qui ont été imposés dans les principales zones de propagation de ce nouveau virus, mais aussi ailleurs au-delà de toute rationalité et finalité sanitaire : comment peut-on interdire à la population de s’aérer les poumons et les méninges quand il s’agit de combattre un virus respiratoire mortel ?

Comment croire qu’un simple masque jetable en polymère, et donc hautement polluant pour l’environnement naturel, peut stopper une épidémie ?

Au Mexique par exemple, le port de ce masque appelé " tapaboca " (" couvre-bouche " qui peut ressembler à un bâillon ou encore à un accessoire de bandit " Wanted " des films de Western) est régulièrement utilisé depuis l’épidémie de " H1N1 " apparue puis disparue entre 2009 et 2010. Mais contrairement à l’usage courant en France, ces masques " made in China " sont portés par les personnes malades, à l’occasion d’une grippe ou d’une angine et servent à contenir une épidémie surtout dans des lieux fermés, même si le port est de mise aussi dans la rue.

En France, ce fut tout le contraire : c’est en dernière instance, une fois le pic épidémique " Covid 19 " passé, que son utilisation a été imposée par la loi dans les lieux publics fermés ! Tandis que « la rue » est l’objet de tous les interdits, ce qui nous vaut maintenant d’assister à cette métamorphose des grandes métropoles françaises en un morne " carnaval de Venise ", uniformisé et perpétuel.

C’est aussi la première fois qu’on imposait une quarantaine au niveau mondial à la population saine, tandis que le personnel médical manquait cruellement de matériel adapté à l’urgence de la " guerre " sanitaire à mener et en a payé le prix fort en nombre de vie, ainsi que les personnes hospitalisées et celles âgées placées en maisons de retraite.

Les Français ont ainsi pu voir en temps réel les effets de la casse organisée du service public, dont l’Hôpital, depuis le mandat de Nicolas Sarkozy et qui se poursuit toujours en 2020, dans cette nouvelle étape " post-épidémique " pendant laquelle, en dépit de toutes les alertes et rectifications venant de " penseurs " et " scientifiques ", la pression policière est toujours aussi forte… pour contenir certaines " démangeaisons de rébellions ", bien plus probablement.

Après « l’Éducation Nationale » et « la Culture », c’est le secteur médical qui a été mis en première ligne dans un grand moment sacrificiel demandé à la majorité de la population. Un sacrifice motivé certes par d’autres intérêts (quoique…) et présenté sous un autre jour que celui organisé pendant la " Grande guerre " (1914-1918, l’amour à la " mère-Patrie ") qui fut suivi de la dévastatrice " grippe espagnole ".

Cette pandémie a fait de 20 à 50 millions de morts selon « l’Institut Pasteur », et peut-être jusqu’à 100 millions selon certaines réévaluations récentes, soit 2,5 à 5 % de la population mondiale (Wikipedia). Ce fut une grippe de souche " H1N1 " venue du Kansas, USA, grippe qui elle a bien mérité le terme de " pandémie " ; sur sa page " Wiki ", il y a un débat là aussi sur son origine, avec un autre foyer à Canton, Chine, en 1918

La Chine, tiens tiens, on y revient !

Mais restons au Mexique ! Malheureusement, faute de moyens financiers pour le secteur médical et de corruption endémique, ce pays a suivi la pente des autres pays occidentaux dans la dérive " Covid 19 ", bien qu’il ait limité les dégâts au niveau sanitaire – ce malgré les chiffres alarmistes de l’OMS – par une juste et mesurée utilisation des " gestes barrières " nullement remise en cause par la population : la discipline face à un danger réel ajoutée à la peur de se retrouver pris en charge dans des services hospitaliers publics toujours débordés, ou l’obligation de se rendre dans une clinique privée aux tarifs excessifs et hors de portée pour la grande majorité, ayant fait le reste.

Du fait de la dramatisation mondiale de la " pandémie du Coronavirus " (une formule déjà désuète), qui s’apparente plus à une forte épidémie mal contrôlée, les Mexicains attendent aussi le " vaccin miracle " venu d’ailleurs.

Ce nouveau monde, le " transhumanisme " mâtiné " d’hyper-réalité " (Gaston Bachelard) sera-t-il celui déjà prêt dans les petits papiers d’ " Amazon ", de " Google " et de toute l’économie virtuelle déjà existante, qui voit en cette crise une formidable opportunité de renforcer ses positions (13), voire de réinitialiser le fonctionnement de l’humanité dans toute sa complexité – avec tous les risques de " bugs " et drames humains que cela peut comporter ?

Car dans cette dynamique qui parait s’accélérer, il n’y aura pas de " retour en arrière " possible, et nous assistons déjà à une métamorphose de nos habitudes les plus élémentaires, comme le simple fait de vouloir se promener librement en pleine nature ou d’aller à la rencontre de l’autre.

Les erreurs de gestion de cette crise sont déjà amplement mises en lumière, et la réalité de ce saut qualitatif effectué via une législation toujours plus tatillonne et le contrôle des masses, s’apparente à celui vécu il y a une vingtaine d’année après les attentats du « 11 septembre » aux USA, passé le moment de sidération, avec l’instauration d’un " état d’urgence " permanent, ne serait-ce que dans les aéroports.

Une fois de plus, il risque bien de ne se produire aucun mea culpa de la part des principaux acteurs et gestionnaires maladroits ou criminels de la crise " Covid 19 ".

L’espoir faisant lui aussi vivre, espérons donc que des réajustements se produiront bientôt dans cette inversion des valeurs les plus fondamentales de l’être humain, tel un retour d’intérêt – et non " sur intérêt " – pour la solidarité aux plus faibles (ce qui est un marqueur des sociétés évoluées), et que nos capacités intellectuelles ou innées, démultipliées par les capacités d’analyse et de communication que les « nouvelles technologiques » ont mis à notre disposition, nous permettent de proposer des réponses à la mesure à des défis du moment.

L’intelligence collective est mise à l’épreuve et la constitution de nouveau réseaux de solidarité, la valorisation du sentiment d’empathie via des collectifs bien réels et humains et nos connections Internet désormais incontournables – si celles-ci ne sont pas trop perturbée par la répression " juridico-policière " et la gestion arbitraire des flux du numérique – reste toujours une option plausible.

Un peu plus que le retour au " jardin potager " de Voltaire et aux intérieurs bourgeois, triste solution de repli teintée d’un romantisme de circonstance.

« Les faits ne pénètrent pas dans le monde où vivent nos croyances […]. »

Marcel Proust – " À la recherche du temps perdu, Du côté de chez Swann "

Conclusion

De nouveau, nous sommes entraînés dans un flux historique irrépressible, un saut dans l’inconnu avec un changement de paradigmes et donc de solutions à apporter à des problèmes dont beaucoup ne datent certainement pas de cette année 2020, qui restera mémorable pour les générations à venir.

Beaucoup d’autorités et de forces en présence, qui hier semblait évidentes et incontournables, apparaîtront anachroniques demain. Reste à savoir si la société française, encore médusée dans son ensemble et désireuse de tout oublier pendant la traditionnelle " trêve " des vacances d’été, saura tirer les leçons du moment " Covid 19 " avec courage, afin de dépasser une crise à la fois locale et globale, et pourra encore défendre ses prétentions universalistes tout en se positionnant avec intelligence et justesse dans un virage historique.

Pourtant, dans le " concert des nations ", on a maintenant l’impression que la France joue sa partition d’une manière à peine audible, ou à contretemps. Si ce pays était un élément musical d’un orchestre symphonique, ce serait plutôt le triangle que le violon ou les percussions… ou le chœur des vierges effarouchées !

Comme si on était arrivé en 2020 à un moment " miroir " de la fin de " l’Ancien Régime ", juste avant la Révolution (1789-1793), lorsque les excentricités, les égoïsmes, les crimes et les incompétences de la noblesse française avaient fini par faire rétrocéder le pays dans l’aventure moderne et la révolution industrielle en cours en Europe, derrière l’Angleterre et l’Allemagne.

Mais nous ne sommes pas à l’abri d’un coup opportun de l’actualité ou d’une heureuse surprise de la part du peuple français, avec une accélération des choses dont celui a le secret, comme - par exemple - avec la Révolution (1789-1793) qui a essaimé dans le monde entier au XIXe siècle pour l’émancipation des peuples, jusqu’au Mexique en 1910-1920 lorsqu’il accomplit une des rares révolutions communistes effectives en Amérique latine, avec Cuba ; ou encore son formidable " retour de flamme " après la collaboration et le " pétainisme " (1941-1945) suite à " la Libération " et pendant les années 50 et 60, avec les avancées sociales du « Conseil National de la Résistance » (CNR, cible principale des politiques néolibérales), la recherche scientifique internationale, la " Nouvelle Vague ", la " libération des femmes " et la révolution sexuelle.

Persiste cependant en France ce nouveau tropisme, qui considère que les solutions ne peuvent plus naître au sein de son pays d’origine, soumis au " Nouvel Ordre mondial ", sans même accorder un minimum d’intérêt à un début de prise de conscience accompagné de propositions solidement étayées, comme le mouvement spontané des " Gilets jaunes " suivi des « Assemblées » GJ nous l’a pourtant prouvé il y a un an et demi.

Au Mexique, la dépréciation permanente de sa propre culture et des pépites de génie qu’elle recèle, s’appuyant sur un regard énamouré en direction des cultures extérieures – dans ce cas précis les ex-puissances coloniales et impériales espagnoles, françaises puis étasuniennes – a un nom. Cela s’appelle le " malinchisme ", du nom de " la Malinche ", qui fut la maîtresse du conquistador Hernan Cortés, avec qui elle eut un fils. Elle joua un rôle central dans la conquête espagnole en tant que guide, interprète et informatrice (14).

Dans la tradition historique mexicaine, elle est hautement symbolique et représente la trahison (ou le sauvetage) de la " civilisation-mère " vis-à-vis de " l’occupant-père ", un acte originel et consubstantiel du Mexique moderne.

Pour terminer sur une note positive, il vient de se produire dans un des États du Sud du Mexique, une petite révolution jusqu’à présent de l’ordre du rêve ou de la vaine incantation : suite à l’évidente vulnérabilité de la population mexicaine face à un rythme soutenu d’apparition de nouveaux virus (épidémie " H1N1 " qui s’est déclenchée sur son territoire, " Ebola " en Afrique, SRAS, " grippe aviaire "), l’État de Oaxaca deviendra le premier état de la fédération à interdire aux mineurs la vente des sodas hyper-sucrés – " Coca-Cola " en tête – et des « amuse-gueule » bourrés d’OGM et de graisses saturées (15).

Ce pays à la culture millénaire a pourtant bien failli lui aussi verser dans le fatalisme et la désillusion ces derniers mois de confinement, malgré son rapport tout à fait original à la mort, héritage des cultures natives " méso-américaines ". Un héritage qui continue de diffuser une certaine ironie vis-à-vis de " la Grande faucheuse ", usant tour à tour de la proximité et de la distance. (16)

Mais en ce XXIe siècle encore jeune, avec un taux galopant d’obésité, de diabète et de problèmes cardio-vasculaires liées à la " malbouffe ", la société mexicaine doit aussi prendre ses responsabilités et des décisions fortes afin de préserver la vie et la santé de l’ensemble de la population, riches comme pauvres, catholiques comme athées.

On ne sait toujours pas si " Dieu " descendra lui-même du ciel pour saluer ce louable effort fait pour une meilleure santé des futures générations mexicaines, mais les miracles d’une prise de conscience, suivie d’actions concrètes et tangibles, sont toujours possibles sur cette partie du monde, comme sur l’ensemble de la planète bleue, d’ailleurs !

Florent HUGONIOT

Oaxaca, août 2020

Source : https://lapartmanquante.com/2020/08/10/le-temps-des-nouvelles-croyances/

Le Grand Soir