Le tableau noir de Benghebrit

, par  DMigneau , popularité : 37%

Le tableau noir de Benghebrit

Je me réfère aux paroles de Barack Obama peut être que Feraoun apprendra une leçon de gouvernance dans sa vie professionnelle. « A l’ère où vous pouvez postuler à un job, suivre un cours, payer vos factures, commander une pizza, et même trouver l’amour depuis votre smartphone, l’Internet n’est pas un luxe, c’est une nécessité ».

Les citoyens lambda chantent toujours le refrain de la révolution " De nos Montagnes ". Ils vivent dans des lieux spéciaux loin des mensonges et ne s’intéressent plus à la politique qui ne les nourrit plus. Ils occupent la vallée de la Zaouïa, la vallée de Bouzegza, le sommet de Bab-el-Bekkouch, les hauteurs de Lala Khadîdja et le Kef Sidi Yahia de Sidi Medjahed.

Ces lieux étaient le fief des combattants pour la dignité. Les maitres de français de Benghebrit connaissent bien le courage des habitants de ces régions. Les habitants de ces lieux sont corrects et respectent la loi. Les réseaux sociaux glorifient leurs principes. J’informe Benghebrit que la Zaouïa est un douar dans l’Aurès non loin des monts Zalato. A ne pas confondre avec la zaouïa taiwanaise de Khlililou.

Loin de ces lieux, le tableau est noir. La rue ne croit plus aux paroles de ses dirigeants. L’individualisme est maitre et le politique devient ridicule. Rien n’est plus comme avant. L’autorité a perdu ses valeurs. La justice est absente quand l’argent est maître absolu sur le terrain. L’argent sale dicte la loi et veut le pouvoir. Le plus riche est le plus fort. Les honnêtes risquent les barreaux quand ils ouvrent leurs becs pour dénoncer l’anormal.

Les amis de l’homme d’affaires français « Dédé la Sardine », spécialiste des affaires offshores contrôlent le marché de la sardine. Les farfelus et les corrompus font du tourisme dans les zaouïas taiwanaises pour délaver leurs péchés. Le citoyen est déboussolé, il ne sait plus distinguer le juste du faux. Sa confusion est totale et ne sait plus à quel saint se vouer. Le pays des braves est en danger. Ce n’est plus l’Algérie de nos rêves.

Le 28 mai, veille des épreuves du baccalauréat, Benghebrit assurait que son département - en collaboration avec le ministère de la Justice, celui de la Poste et des Technologies de l’information, et les services de sécurité - avait pris les mesures nécessaires pour éviter toute fraude aux examens.

Boom et zoom chez nounou. Les sujets des sciences naturelles, d’histoire-géographie, de langue française et de sciences islamiques, ont été diffusés à la vitesse de la lumière sur Facebook bien avant la distribution officielle des copies dans les salles d’examen. Nounou ne contrôle plus la situation. Elle recourt à une session complémentaire.

Le BAC est devenu très important. Après la fuite, l’armée prend en main les sujets. Un avion spécial de Boufarik pour cette mission. C’est une guerre dans un cartable. C’est la bataille dans un portable. Le téléphone intelligent secoue la république !

L’histoire se répète. En 1992, une fuite, puis l’annulation du baccalauréat, avait conduit au départ du ministre de l’époque, Ali Ben Mohamed. L’éducation est une chose sérieuse. " Il ne faut pas la laisser entre les mains des civiles " twitte un internaute. Les jeunes internautes ont compris que l’exercice de l’autorité ne se limite pas à poser des interdits mais à faire comprendre et à faire admettre les raison du bien-fondé. Ils rappent et pensent que l’autorité d’un gouvernement ne se mesure pas par le nombre de policiers dans les rues. Elle se mesure par l’application des lois.

C’est à l’école qu’on enseigne à un futur policier comment appliquer les règles de l’ordre.

C’est à l’école qu’on apprend aux enfants que la violation des règles de l’ordre nécessite une condamnation.

C’est à l’école qu’on apprend aux futurs responsables comment gouverner dans le cadre de la loi.

Nos maîtres d’école nous ont appris que toute infraction non sanctionnée conduit automatiquement à un sentiment d’impunité. Ce sentiment ouvre la porte à la violence, la surenchère et la propagation incontrôlable du mal.

Le citoyen n’a pas besoin d’une protection policière quand la loi le protège. Le juge est un citoyen comme vous et moi. Il observe l’émission satirique « Ki hana kif annas » en famille et rigole et ne se sent pas visé. Ce juge gagne le respect dans la société quand il respecte la justice. Il n’a pas besoin d’une garde spéciale pour montrer son autorité ; la société le protège quand elle accepte sa justice.

J’illustre ce texte par les bonnes actions d’une juge norvégienne nommée Éva Joly. Cette dame croit en la Vertu et méprise les compromis. Éva est devenue célèbre par son engagement contre la corruption dans l’affaire Elf, TOTAL en France. La classe politique et intellectuelle française se méfie de cette dame verte.

Éva était en visite en Grèce, un pays miné par le mal de la corruption. Ce mal touche le trésor public, du citoyen fraudant l’assurance maladie au ministre blanchissant de l’argent en passant par les dessous de table dans le monde de l’entreprise.

Pour cette dame de vertu incontestable, l’impunité, c’est une manière de vivre au-dessus des lois, parce qu’on est plus fort que la loi (!) Éva Joly n’avale pas le mensonge pour dire, dans un langage transparent, ce qu’elle pense de la justice : Je ne m’y résigne pas.

Nous pouvons encore empêcher que nos enfants connaissent à l’âge adulte un monde où l’impunité régnerait en maître parmi les élites, où seuls les citoyens lambda auraient des devoirs.

Vous pouvez lutter contre la corruption avec votre smartphone.Chacun peut devenir militant dans son quartier, avec un simple smartphone. Vous pouvez par exemple photographier un établissement public et vérifier si son budget correspond. Hélas ! L’Algérie n’est pas la Norvège et Éva n’est ni la cousine de Benghebrit ni la copine de Feraoun. Elle n’est pas une fonctionnaire chez si Tayeb.

Chez nous, le smartphone véhicule la fraude dans le monde de l’éducation. Il est utilisé dans les choses négatives. Voulant développer ces négatifs, Feraoun ne reconnait pas les bienfaits de l’internet.

La vision de Feraoun, si vision existe chez nous, est peut être différente de la vision d’Éva. Elle trouve la solution facile pour développer ces négatifs dans son laboratoire photo amateur. Elle coupe l’Algérie du monde extérieur et prive quarante millions d’Algérien de cet outil d’information et trouve ça normal. Elle pense que l’Algérie est contrôlée par un cybercafé qui lui appartient.

Idée brillante, le cybercafé de Feraoun est fermé pour laisser les candidats au bac travailler dans calme et la confidence. Une chose est certaine, les enfants du peuple sont plus intelligents que leurs dirigeants. Ils savent comment utiliser le VPN (Réseau Privé Virtuel) pour ne plus passer par le contrôle de M. M’Hamed Toufik Bessai, l’ex gérant du cybercafé de Feraoun.

Notre ami, Ami Baba, peut nous dire, à peu près, combien coute une journée sans Internet pour un pays qui se respecte. Quant à Benghebrit, elle a dépassé ses limites pédagogiques. Elle voulait profiter d’un été calme pour mener la réforme des programmes scolaires. Elle doit plier ses bagages et prendre la route vers la zaouïa de Djelfa pour plaider sa cause. Son école a détruit la civilisation. Elle me rappelle l’univers post-apocalyptique dans lequel les anges tiennent le mauvais rôle. Pire que des anormaux, pire que le démon lui-même, les anges de mauvaise foi utilisent les moyens les plus pervers et cruels pour formater les cerveaux de nos enfants. C’est bien dommage, l’école n’est pas entre de bonnes mains.

Nos écoles et nos lycées sont devenus des supermarchés sans gardiens. Tout se vend sous leurs toits. L’improvisation et le non sérieux règnent dans ces lieux. Il me semble que les responsables de ce secteur enfoncent leurs têtes dans le sable et laissent le chemin libre à ceux qui veulent introduire l’Algérie au fond du gouffre qu’Amimirou et Alililou sont en train de creuser.

Nos intellectuels ont démontré leur paralysie cervicale en gardant le silence. Ils sont incompétents et ne peuvent pas parler des problèmes de l’école algérienne. Ils sont incapables de proposer des solutions. Ils vivent dans un monde chimérique gâté et fréquentent la Parenthèse. Ils se retirent dans le monde virtuel comme des vaincus. Ils baissent les bras et acceptent l’échec. Pour la plupart d’eux le fatalisme est leur refuge.

Les chefs de partis ne sont pas mieux. Ils sont en vacance. L’école est leur dernier souci. Si l’éducation est corrompue dans les mémoires des politiciens, comment est-il possible de pouvoir trouver des solutions aux problèmes réelles qui touchent à nos frontières ?

Permettez-moi de vous rappeler une réalité qui résume l’activité de notre classe politique. La seule chose qu’ils savent bien faire est la pose devant les caméras. Ils essayent de nous démonter qu’ils sont des experts en toute matière. En pratique, sur le terrain, ils sont absents.La polémique entre Ali Haddad, président du Forum des chefs d’entreprise (FCE), et Saïda Neghza, vice-présidente de la Confédération générale des entreprises algériennes confirme cette thèse.

Je conclue ce texte par les paroles de Barack Obama peut être que Feraoun apprendra une leçon de gouvernance dans sa vie professionnelle « A l’ère où vous pouvez postuler à un job, suivre un cours, payer vos factures, commander une pizza, et même trouver l’amour depuis votre smartphone, l’Internet n’est pas un luxe, c’est une nécessité ».

Pr. Omar Chaalal

Le Grand Soir