Le suicide du système capitaliste

, par  DMigneau , popularité : 0%

Le suicide du système capitaliste

Source : Le suicide d’Ajax, Giuseppe Cades (image Sotheby’s)

La crise sanitaire que le monde affronte depuis début 2020 a précipité la décomposition du système économique mondial basé sur le règne absolu du « capitalisme financier », « libéral » et « mondialiste », ainsi que le déclin du modèle politique ’’ démocratique ’’ qui prévaut dans les pays occidentaux depuis la fin du XIXème siécle.

A la recherche de la maximisation du profit possible afin d’améliorer sans cesse le ratio " Revenu / Capital Investi " et de verser des dividendes de préférence croissants aux investisseurs et aux rentiers actionnaires des entreprises privées, le modèle « capitaliste » a provoqué la délocalisation de la plupart des activités qui s’y prêtaient dans les pays où :

- les coûts de production étaient les plus bas, en particulier, les coûts de main-d’oeuvre,

- les " cotisations sociales " et les règlementations du travail étaient les moins contraignantes,

- les impôts et taxes, notamment sur les bénéfices, étaient soit inexistants soit très faibles.

Ainsi, la logique interne du système, visant à minimiser les coûts de production et à augmenter les marges d’exploitation et les bénéfices, a fonctionné " à plein régime " et sans aucun frein, au cours de 50 dernières années.

Le " crédo " classique de tous les maîtres d’œuvre et gourous de ce système est basé sur trois postulats principaux - dogmatiques et quasi-religieux - qui énoncent que :

- le système est autonome et " s’autorégule " par le simple jeu de « l’Offre » et de « la Demande » et de l’efficacité comparée des acteurs impliqués, toute tentative d’intervention publique menée, individuellement ou collectivement, par des « Etats » pour tenter de le contrôler et de le rendre plus juste et plus distributif, s’avérant inappropriée et contre-productive, les administrations bureaucratiques centralisées étant incapables de créer de la richesse,

- tous, pauvres comme riches, bénéficient, à court ou moyen terme, des surplus de richesses créés en permanence par le système, puisque, quelle que soit la répartition initiale de la richesse additionnelle, elle est toujours redistribuée grâce à la consommation accrue des plus prospères qui fait " ruisseler " des revenus additionnels vers le bas de " l’échelle ",

- lui seul promeut la démocratie et les libertés collectives et individuelles et peut faire face aux dictatures de droite ou de " gauche " qui jalonnent le monde et les faire évoluer pacifiquement, au fil du temps,

- le mélange, le rapprochement voire l’unification et la fusion des cultures, pays et populations qui résultent de l’accroissement des échanges et de l’ouverture des frontières, engendrés par le processus de mondialisation inhérent au système, sont bénéfiques et souhaitables, tant politiquement que moralement et sont - de toute façon - inéluctables en raison des évolutions techniques, notamment dans les domaines des transports et de l’information.

Malheureusement, ce crédo est faux.

En effet, " l’autorégulation " supposée du système est une vaste fumisterie, l’état de " nature " et " la loi du plus fort " régnant sur le monde notamment via les grandes multinationales apatrides qui échappent à tout contrôle et s’écharpent joyeusement entre elles pour le contrôle du pouvoir économique devant des Etats impuissants.

Ces derniers en sont réduits à protester mollement ou à s’incliner devant les diktats d’une poignée de multi-milliardaires qui font " la pluie et le beau temps " sur les réseaux d’information, dans « la presse » écrite et audiovisuelle, sur les marchés financiers et agricoles, dans les domaines de « l’énergie » et des matières premières et d’une manière générale dans les diverses industries civiles et militaires ainsi que dans les activités de " services ".

La redistribution des richesses n’est qu’une mauvaise plaisanterie, les plus riches accroissant sans cesse leur part du gâteau et la prospérité soi-disant " croissante " des états les plus pauvres n’étant qu’une illusion, chaque " progrès économique " étant immédiatement englouti par la croissance démographique effrénée qui les affecte.

D’autre part, la course permanente à la baisse des coûts se traduit, dans bien des cas, par une exploitation ignoble des populations les plus pauvres et les plus fragiles des états du « Tiers-monde », enrôlées dans les usines fabriquant les produits achetés par les grandes entreprises mais aussi par les PME des pays occidentaux qui se voilent pudiquement la face devant les conditions de travail inacceptables et les rémunérations indigentes des femmes,des hommes, et bien souvent des enfants qui y travaillent, transformés en nouveaux esclaves modernes, dédiés à leur assurer des profits démesurés et immoraux.

Ceux qui déboulonnent inutilement les statues d’esclavagistes du passé, morts depuis des siècles, feraient bien mieux de protester contre les esclavagistes qui sévissent impunément aujourd’hui et de boycotter leurs produits.

L’influence supposée " positive " du système « capitaliste » sur l’évolution " démocratique " des dictatures et sur l’amélioration des libertés individuelles dans le monde n’est qu’une légende.

Les autocrates et les tyrans prolifèrent sur tous les continents et les " grands principes " défendus par les tenants du système s’arrêtent à leur porte et glissent pudiquement sous le tapis, dès que les intérêts commerciaux, financiers, industriels et /ou géostratégiques des grandes entreprises comme des Etats occidentaux, courent le moindre risque d’être mis en jeu.

Les prétendus " bénéfices " et " progrès " obtenus grâce à la " mondialisation " et au mélange des civilisations, cultures, valeurs , traditions, religions et coutumes, relèvent davantage de " la méthode Coué " que de la réalité sur le terrain où terrorismes, " communautarismes ", " choc des valeurs " et des croyances, etc…. démontrent, malheureusement, à l’envi, que la grande unification tolérante et solidaire de l’humanité sous une bannière universelle et sous un ensemble de valeurs fondamentales partagées, n’est,au mieux qu’une utopie lointaine,ou au pire, la recette avérée pour allumer de nouveaux conflits sanglants et guerres civiles aux quatre coins de la planète ou aggraver ceux qui sont déjà en cours.

La crise sanitaire a révélé quelques réalités incontournables que tous les " prophètes " et " gourous " inconditionnels du système capitaliste universel, qu’ils soient " grands capitaines " d’ industrie ou dirigeants politiques, avaient, dans leur aveuglement dogmatique, négligé ou passé sous silence.

1 - A force de faire preuve d’une avidité irrépressible pour le profit, tous ces " grands managers " ont, en effet oublié un principe de base de bon sens : ‘’ Ne jamais mettre tous ces œufs dans le même panier ‘’.

Or, en confiant - ou en laissant confier - à quelques pays, comme la Chine, l’Inde, la Turquie,…. le monopole quasi-parfait de la production industrielle de nombreux médicaments, instruments, outils, et autres fournitures névralgiques, ils ont mis nos pays et nos peuples occidentaux en grand danger, et en état de dépendance absolue du " bon-vouloir " de ces pays.

Cette absence de vision et cet abandon inadmissible des pouvoirs régaliens par nos dirigeants sont très graves et seront probablement sanctionnés lors des différentes élections à venir en Europe.

2 - Ironie du sort, ces mêmes régimes autocratiques et dictatoriaux que nos " gourous " prétendaient vouloir - et pouvoir - amener à se réformer et à suivre une voie " démocratique ", ont pour la plupart, adopté avec " grand succès " le modèle économique du « capitalisme financier » et « libéral » sans pour cela apporter le moindre allégement à leur politique dictatoriale ou aux contraintes qui pèsent sur les libertés individuelles de leurs concitoyens.

Là aussi, le « système capitaliste » a lamentablement échoué puisque, non seulement, il n’engendre aucune amélioration automatique vers davantage de liberté mais il s’avère, au contraire, moins " compétitif ", sur son propre terrain, que les régimes dictatoriaux centralisés qui gèrent leur économie selon les principes capitalistes les plus orthodoxes mais de manière autoritaire et centralisée.

3 - Avons-nous jamais eu, lors de ces dernières années, démonstration plus éclatante de la faiblesse coupable de nos dirigeants face au cynisme des grands dirigeants d’entreprises multinationales que dans les deux récents exemples des dossiers de livraison des vaccins de " BIG Pharma " ou du contrôle des contenus et infos par les " mammouths du web ".

Les péripéties des affrontements qui ont eu lieu avec " Big Pharma ", en liaison avec les clauses des contrats, les prix et les garanties de livraison des vaccins, sont présentes à tous les esprits et il est donc inutile de s’y appesantir mais quel affligeant spectacle que de voir tous ces dirigeants des Etats-Membres et de Bruxelles, incapables de faire respecter les promesses de calendrier de livraison qui leur ont été faites, et obligés d’annuler ou de retarder, de plusieurs semaines voire de plusieurs mois, la vaccination de leurs populations au profit de pays plus malins, plus rapides ou plus enclins à céder à la surenchère des prix pratiquée de façon intolérable par quelques dirigeants de " grands labos " qui se comportent comme de vulgaires boutiquiers.

Dans le cas du " web ", on a vu - chose incroyable ! - quelques individus, certes doués et richissimes, mais de simples individus ne disposant d’aucun mandat collectif émanant du peuple, affronter et contester les décisions des dirigeants de grands pays ( par exemple, dans le cas de " Facebook " en Australie) ou décider, de leur propre initiative, de supprimer les comptes d’un Président élu et encore en activité,sur les « réseaux sociaux », ce qui - au-delà du personnage - est une aberration dans un pays supposé " démocratique " et respectant la liberté d’expression.

Cette impuissance, cette incompétence et cette subordination des « Etats » face aux grandes entreprises mondialisées, existe - bien entendu - depuis fort longtemps, mais la crise sanitaire a fait cruellement exploser cette réalité au grand jour et aux yeux de tous.

Et il est, là aussi, à craindre que les peuples présentent bientôt " l’addition " à leurs dirigeants lors des prochaines grandes échéances électorales devant leur abdication et impuissance face aux " grands manitous " des grandes multinationales.

A tous ces facteurs il faut ajouter :

- le ‘’ défaut génétique ‘’du système qui ne peut survivre qu’en état de croissance permanente de la consommation, dans un monde où les ressources naturelles s’épuisent et qui devient incapable de pourvoir aux besoins basiques d’une humanité à la taille démesurée,en matière « d’énergie », d’eau, d’alimentation ou d’espace.

- la pollution atmosphérique et aquatique générée par le système économique et par notre espèce, à l’expansion incontrôlée.

Il s’en suit que le capitalisme " mondialisé ", " financier " et " libéral ", s’autodétruit rapidement et que nous sommes condamnés à le suivre dans le suicide mondial collectif où il nous entraîne, si rien n’est fait pour changer les paramètres du système d’ici quelques années.

HEBER

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