Le rebond de l’épidémie exige la gratuité des masques et des tests massifs

, par  DMigneau , popularité : 0%

Le rebond de l’épidémie exige la gratuité des masques et des tests massifs

Malgré l’obligation du port du masque qui concerne de plus en plus de villes, le gouvernement refuse toujours de rendre les masques gratuits. La stratégie sanitaire du gouvernement est aussi hasardeuse qu’elle cherche à sauver en premier lieu l’économie plutôt que des vies.

Après l’obligation du port du masque dans tout l’espace public dans plusieurs villes (Marseille, Bordeaux, Toulouse, Saint-Étienne, Nantes, Nice...), c’est désormais au tour des Parisiennes et des Parisiens de la " grande " et de la " petite couronne " de se voir imposer le port du masque.

Le développement de cette mesure semble être la principale réponse gouvernementale à des indicateurs qui s’assombrissent alors que la rentrée des classes, des universités et de nombreuses entreprises n’est que pour dans quelques jours.

Malgré le lourd et coûteux avertissement de la première " vague ", le gouvernement semble encore agir " à l’aveugle ", en réaction aux événements, sur lesquels par définition, le virus a toujours de l’avance.

Pour cause, une petite " musique " s’installe ces dernières semaines, celle que seuls les éditorialistes les plus décomplexés se permettaient de chanter alors que « l’Europe » comptait ses morts par dizaines de milliers au printemps : les profits, l’économie avant les vies.

Ce refrain que les capitalistes n’essayaient même plus d’imposer face à leur propre faillite, fait son grand retour.

Face à la catastrophe économique qui se profile (dont le " Covid " n’a été que le déclencheur), à la peur du licenciement, ce discours pourrait avoir quelques facilités à s’imposer. Pourtant, le gouvernement n’est pas serein et toutes les mesures prises ressemblent plus à une " assurance politique " prise sur l’avenir pour répondre aux futures accusations : " Cette fois, nous avons fait quelque chose ".

Mais le gouvernement n’avait pas déjà pas " chômé " en février et en mars, occupé qu’il était à faire passer au moyen de tout l’arsenal anti-démocratique de « la République », la réforme des retraites, à saccager encore le système de santé (ce qu’il fera encore avec le " Ségur ", à peine le pays " déconfiné ") et à préparer des élections déjà perdues pour la majorité.

Aujourd’hui, nouveaux et anciens ministres s’affairent à offrir massivement des " cadeaux de rentrée " au patronat, à creuser la brèche sécuritaire au prétexte de la pandémie, à subventionner et accorder " sa bénédiction " aux licenciements (chez " Cargill ", dans « l’aéronautique », dans « l’aérien », dans « l’automobile » etc.).

Le plan pour la rentrée scolaire montre déjà toutes ses limites et l’école revêt une grande importance, nous l’avons vu en mars.

Fermer des classes, c’est empêcher les parents d’aller au travail. Si le masque a certes été rendu obligatoire dans les entreprises, il serait absolument déraisonnable de croire que les patrons vont respecter " à la lettre " et avec zèle cette mesure, à l’image du respect qui existe dans les entreprises des règles sanitaires et de sécurité en temps " normal "...

Les universités, dont l’ouverture va s’étaler de la semaine prochaine jusqu’au mois d’octobre, représentent également un autre problème alors qu’il s’agit de lieux particulièrement concentrés avec une population très mobile, mais tout autant précaire.

Le gouvernement reste ferme, le masque ne sera pas gratuit ! Même si pour cela, il faut se justifier par toutes les absurdités tragiques de notre société : " On ne paie pas des préservatifs à tout le monde, alors que le sida tue lui aussi ! " a déclaré un ministre.

Pour les franges les plus précaires de la société, l’imposition répressive et le coût des mesures sanitaires est un frein à la lutte contre le virus. Les mesures sanitaires sont - on le voit depuis le confinement - prétexte à toujours plus de pouvoir à la police.

Une arrestation pourrait presque être justifiée de nos jours par un masque mal positionné, de même qu’un licenciement (" Amazon " avait d’ailleurs eu un rôle pionnier dans la délation du non-respect des mesures sanitaires).

Enfin, la bonne utilisation d’un masque, qu’il soit lavable ou jetable, nécessité de disposer d’un certain nombre, ce qui est loin d’être le cas de tout le monde, non par manque de volonté de se protéger et de protéger les autres mais parce que le masque devient, dans le budget du mois, un concurrent à d’autres besoins essentiels.

Il est clair que pour une partie de la population, en l’absence de gratuité, le masque est réutilisé de nombreuses fois, quitte à se mettre au final en danger, pour ne pas tomber sous le coup d’une amende. La « double peine » après le coût des masques, dans la droite lignée de la doctrine répressive du gouvernement qui n’a jamais cherché à lutter contre le " Covid " qu’à coup de matraques, d’amendes, d’interpellations, de condamnations.

L’obligation du port du masque dans tout l’espace public interroge aussi sur le caractère contre-productif de la mesure :

- relâchement sur le port du masque,

- utilisation plus intensive et donc inefficacité de ceux-ci s’ils ne sont pas remplacés,

- et même rejet du masque (qui est un outil sanitaire essentiel) face à des politiques absurdes qui ne servent que le répressif, telle l’obligation à bord de sa voiture en cas de vitre ouverte...

Les " micro-gouttelettes " grâce auxquelles le virus se transmet, se diluent bien plus vite au grand air que dans un lieu clos : ainsi cette mesure fait débat au sein du milieu scientifique sur son utilité véritable.

C’est ce à quoi mène la politique " en zigzag " du gouvernement entre inutilité du masque obligatoire puis " port obligatoire ", avec comme ligne directrice celle de la désorganisation absolue propre à « l’économie de marché » (à la pénurie fait suite la surproduction) et la doxa libérale : des milliards pour le patronat mais impossibilité de rendre le masque gratuit à l’école, dans la vie quotidienne.

Aujourd’hui, face à la remontée de l’épidémie, la gratuité du masque devient de plus en plus impérieuse mais également les capacités en termes de tests et de traitement des résultats.

Si dans certaines villes, les tests sont relativement accessibles avec des " drives " pour lesquels il ne faut compter que quelques minutes d’attente, dans d’autres se faire tester relève du " parcours du combattant ", avec des files d’attentes de plusieurs heures sans assurance même de pouvoir passer dans les heures d’ouverture !

Des aveux d’Olivier Véran la rentrée pourrait créer quelques " embouteillages " malgré sa volonté d’augmenter les tests.

La perspective d’une vie avec le virus, implique la nécessité de pouvoir être testé partout, à tout moment. Mais cela implique également, par la suite, une réaction pour briser les chaînes de contamination, et en premier lieu dans les entreprises qui représentent un peu plus de 20 % des " clusters ".

Face au retour en force de l’idée que l’économie vaudrait bien quelques dizaines (centaines, milliers ?) de vies – ce qui est déjà son " carburant quotidien ", mais dont le coût humain peut exploser en cas de pandémie – la bataille pour la fermeture de certains lieux de travail, exigée par la situation sanitaire, pourrait être remise en cause par la nécessité économique.

Dans une situation combinée de crise sanitaire et de crise économique, nous le crierons encore et toujours : " Nos vies valent plus que leurs profits ".

A l’obligation du masque, il faut répondre par sa gratuité et par d’autres obligations... pour le « grand patronat » : interdiction des licenciements, baisse du temps de travail sans baisse de salaire pour travailler toutes et tous !

Les dispositifs sanitaires doivent être financés par une forte imposition des richesses et des profits du patronat. Nul " complotisme " à trouver dans les mesures sanitaires et économiques prises par « les puissants ». Ce serait s’imaginer une noirceur d’esprit (une morale qu’il serait alors possible de changer ?) là où il n’est que question d’intérêt de classe : il faut savoir ne pas gâcher une crise, comme l’ont répété les patrons de « l’aéronautique ».

C’est la préoccupation de la bourgeoisie que de savoir comment ce sont les classes populaires, les travailleuses et les travailleurs qui paieront la crise, parce qu’ils sont " en première ligne " face au virus et parce qu’ils paieront les conséquences de la déstabilisation d’économies capitalistes déjà condamnées à la crise et à la récession.

Un paiement que le gouvernement compte imposer par la matraque.

Cette offensive contre les franges les plus précaires de la société, contre les jeunes, contre les travailleurs menacés de licenciement pourrait faire émerger une colère d’ensemble pour la gratuité des masques, contre la cherté de la vie, contre les licenciements, contre les baisses de salaire.

Joël MALO

revolutionpermanente.fr