Le président Macron nous a dit ce que nous devions faire

, par  DMigneau , popularité : 0%

Le président Macron nous a dit ce que nous devions faire

Le président Macron nous a donné sa vision de la démocratie : « C’est un système politique où l’on choisit nos dirigeants. C’est un système politique où l’on choisit des représentants qui auront à voter librement les lois qui régissent la société. »

C’est un peu court, en somme, mais c’est précis.

Monsieur le président,

la démocratie n’est pas un système dans lequel des dirigeants élus - et parce qu’ils sont élus - font ce qu’ils veulent librement pendant leur mandat et ne rendent de compte qu’à la fin.

La démocratie est un système qui fait respect et écoute à « l’opposition ».

L’expression de « l’opposition » ou des oppositions est l’essence de la démocratie, sa prise en compte dans les décisions politiques. Or, vous parlez « de discours politiques extraordinairement coupables ».

Les seuls discours coupables sont ceux qui appellent à la haine de groupes, à la violence physique. Les discours qui analysent que « l’État » sous votre présidence aurait des comportements l’apparentant à la dictature ne sauraient, en démocratie, être " coupables ".

Ils le sont en dictature : l’opposition, en dictature, est combattue policièrement et judiciairement, réprimée, harcelée, jugée ; elle est considérée comme une atteinte à l’image du pays, à son intégrité, à son intérêt

Elle n’est pas prise comme une chance de faire mieux, en évitant ses penchants et excès.

En démocratie, tout au contraire, on considère que la critique fait avancer, qu’il y a un travail positif du négatif, et on intègre autant que faire se peu les propositions de l’opposition à la politique nationale.

La majorité a la décision finale, mais elle agit en écoutant positivement les oppositions raisonnables, raisonnantes. C’est ainsi que procède la science, qui nous a apporté l’allongement de la durée de la vie, une diminution considérable des souffrances, et les " outils-robots " qui nous dégagent de mille contraintes et nous permettent de consacrer une majeure partie de notre temps à ce que nous choisissons de faire, en notre liberté.

On peut voir que les pays " démocratiques " ont, globalement, réalisé une amélioration de la vie matérielle de leurs ressortissants. L’Espagne ne s’est développée qu’après la mort de Franco.

Que les dictatures, dont la très récente " dictature du prolétariat ", dictature communiste, n’a pas réussi à produire le minimum pour ses membres et est tombée toute seule.

En revanche, les dictatures utilisent les objets techniques produits dans les démocraties, dans la liberté, la concurrence et l’émulation, bien qu’ils rejettent ses qualités comme néfastes.

Afin d’être précis et de devancer les préventions, je ne donne pas tout le bonheur à la démocratie ; je dis qu’elle est préférable. Son application est incertaine et fuyante, il faut toujours lutter pour la maintenir, pour la perfectionner, elle risque sans cesse de s’ensabler dans le refus de la contradiction.

Et nous sommes " en marche " vers cette cessation du débat.

Le président Macron a la « chance » de ne pas avoir d’opposition institutionnelle. La droite a disparu dans l’action de la justice qui a éliminé son leadeur ; « la gauche » a été suicidée par Jean-Luc Mélenchon et Hamon, et ceux qui votent pour eux, leurs affiliés.

Hamon est " hors-jeu ". Aucun homme politique n’apparaît susceptible de gagner la prochaine élection présidentielle. Le président Macron vient de nous dire comment il se voit à la présidence et ce qu’était - selon lui - la démocratie.

Par ailleurs, bien que se situant en " philosophe ", le président Macron inverse la signification de l’observation de Max Weber par l’usage qu’il fait de l’expression de ce sociologue : si « l’État » a le monopole de la violence physique, cela signifie qu’aucun citoyen, aucun groupe n’a droit à la violence, cela ne signifie en aucune façon que la violence de « l’État » envers les citoyens est toujours légitime. La violence de « l’État » est sous surveillance permanente des groupes politiques et des citoyens.

Cette inversion du sens d’une considération qui a cent ans et qui est très généralement admise fait partie d’une sape de la démocratie et de son renversement en son contraire, sous couvert du maintien du " formalisme électoral ".

Rajoutez la tentation de légiférer contre la haine, c’est-à-dire contre la critique, puisque personne ne peut définir la haine.

De la même manière, « essayez la dictature ! » est une proposition de sophiste, une fausse logique : on ne se règle pas sur le pire, comme nous le propose le président. On ne serait pas « en dictature » puisqu’on trouve pire dictature.

On se règle sur le mieux, le meilleur. On n’est jamais assez démocrate parce qu’on peut toujours l’être plus. Voilà la règle politique qui nous régit depuis longtemps.

En même temps, pas la peine de s’énerver : avec ces déclarations, le président nous dit ce que la France doit faire pour revenir à une modération de la vie politique et de l’action de « l’État » du côté d’une démocratie respectée et honorée : recréer des oppositions raisonnables avec des leadeurs crédibles.

C’est notre tâche.

Orélien Péréol

AgoraVox