Le petit théâtre politique des Gandhi ne fait plus recette

, par  DMigneau , popularité : 64%

Le petit théâtre politique des Gandhi ne fait plus recette

Alors que le gouvernement Modi tente de sauver le dialogue de paix avec le Pakistan initié à Noël, malgré plusieurs attaques terroristes, le Parti du Congrès tente de tourner la droite indienne en ridicule. Au risque de finir comme l’arroseur arrosé.

Narendra Modi peut dormir sur ses deux oreilles, le Parti du Congrès n’est pas près de lui faire de l’ombre. Si elle excelle dans l’obstruction parlementaire qui a paralysé la session d’hiver au Rajya Sabha - le Conseil des États, équivalent du Sénat - où le Parti du Peuple (BJP) au pouvoir reste très minoritaire, la principale formation d’opposition, toujours pilotée par le clan Gandhi, a rarement été aussi peu à la hauteur du débat politique.

Les attaques islamistes perpétrées dans les premiers jours de 2016 contre une base de l’armée de l’air indienne à Pathankot, au Pendjab, et contre le consulat indien de Mazar-e-Sharif, en Afghanistan, auraient pourtant pu inciter les responsables de droite comme de gauche à resserrer les rangs.

Pendant qu’au Pakistan, on salue " le courage " et l’esprit de " responsabilité " dont fait preuve un gouvernement Modi attaché à la reconstitution des faits des dernières attaques terroristes plutôt qu’à promptement désigner Islamabad comme le responsable de ce regain de violence en Inde, le Parti du Congrès ne trouve rien d’autre à faire que d’encourager à l’escalade contre le voisin pakistanais et à moquer l’initiative de paix prise le jour de Noël par le Premier ministre.

De retour d’une visite en Russie le 25 décembre, celui-ci avait fait un arrêt surprise à Lahore pour fêter l’anniversaire de son homologue, Nawaz Sharif. Le dernier chef de l’exécutif indien à avoir posé le pied au Pakistan était Atal Bihari Vajpayee, l’un des fondateurs du BJP.

C’était en janvier 2004 et par la suite, durant dix ans de mandat, le Premier ministre du Parti du Congrès, Manmohan Singh, exprima à maintes reprises son souhait d’aller au Pakistan, sans jamais y parvenir.

Il y a donc de quoi s’étonner d’entendre aujourd’hui ce même parti qualifier l’initiative de Modi d’ " aventure absurde, pour ne pas dire tout à fait ridicule " et affirmer qu’elle aura " de sérieuses conséquences sur la sécurité nationale de l’Inde ". Ses dirigeants dénoncent " la pire manifestation de diplomatie spectacle " qui soit. Ils affirment aussi que la rencontre Modi-Sharif a été rendue possible par l’entremise d’ " un oligarque de l’acier " à savoir Sajjan Jindal, patron du groupe sidérurgique JSW, histoire de souligner le mélange des genres qu’affectionnerait Modi en fréquentant le milieu des affaires.

Tout ceci fournirait nature à un digne débat si le Parti du Congrès n’était pas aussi peu crédible dans ses agissements. Ainsi de sa présidente, Sonia Gandhi, veuve de Rajiv, qui a fait montre d’une arrogance stupéfiante début décembre, lorsque la Haute Cour de Delhi l’a convoquée, avec son fils Rahul, numéro deux du parti, pour qu’ils viennent s’expliquer sur l’abus de bien social dont ils sont soupçonnés dans le cadre du rachat du journal National Herald fondé en son temps par Nehru.

Les héritiers de la dynastie sont accusés d’avoir utilisé l’argent du parti pour rafler la majorité des actions d’un média privé. Si c’était avéré, ce serait pour le coup un drôle de mélange des genres. " Je suis la belle-fille d’Indira Gandhi et je n’ai peur de rien ni de personne ", a clamé la présidente du Parti du Congrès devant les caméras de télévision.

Sonia Gandhi fait référence à l’arrestation en 1977 de sa belle-mère qui venait d’être déchue de son poste de Premier ministre et allait être jugée pour avoir décrété l’état d’urgence deux ans plus tôt. A l’époque, le Congrès était au fond du gouffre mais avant d’arriver en prison, Indira Gandhi avait le sourire car elle savait que cette affaire allait la rendre populaire et lui permettre de rebondir.

De fait, trois ans plus tard, elle gagnait les élections générales après avoir repris les rênes du parti. Les temps ont changé et Sonia Gandhi peut toujours rêver à une revanche... En 2014, son parti n’a décroché que 44 sièges à la chambre des députés (sur 545) et prétendre, comme elle l’a fait, que le procès du " National Herald " relève de la " conspiration politique " est assez aventureux.

Pour le quotidien " The Hindu ", très peu d’Indiens croient que ce brouhaha suffira à faire revenir sur le devant de la scène un parti " moribond ". Du reste, comme le souligne Tavleen Singh, éditorialiste à " The Indian Express ", on se demande bien " pourquoi Modi aurait besoin de s’en prendre à des leaders d’un parti qui a aussi peu de représentants au Parlement ".

La journaliste rappelle que l’affaire du " National Herald " a certes été lancée à la suite d’un recours d’un élu du BJP, Subramanian Samy. Mais cela remonte à 2012, lorsque Manmohan Singh dirigeait le pays.

Quant à donner des leçons de nationalisme, la famille Gandhi est là encore mal placée. Fin novembre, Sonia est allé aux États-Unis pour subir un " checkup " dans un hôpital. Au lieu de faire confiance au système de santé d’un pays que sa famille a très largement dirigé depuis l’Indépendance, c’est toujours en Amérique qu’elle se fait soigner.

Comprenne qui pourra.

Guillaume Delacroix

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