Le nouveau krach financier : maintenant ou demain ?

, par  DMigneau , popularité : 66%

Le nouveau krach financier : maintenant ou demain ?

C’est une véritable « semaine noire » pour les marchés financiers. Le « Dow Jones » a battu son record de perte en nombre de points sur un jour et perdu 10 % en deux semaines. Faut-il voir dans ces mouvements le début d’un nouveau krach, comparable à celui de 2001 ou 2008, ou seulement une répétition " à taille réduite " de celui qui finira par venir, plus tard en revanche ?

Du sens des mouvements des marchés

Cette semaine ne grandit pas l’image de ces « marchés » fous, qui valorisaient le « Bitcoin » près de 20 000 dollars il y a peu et pour qui il vaut trois fois moins aujourd’hui, en disant long sur leur rationalité dans l’estimation de la valeur d’un actif.

Encore une fois, on a plus l’impression de voir un casino qu’une institution majeure de nos économies sensée permettre une juste allocation et rémunération du capital

Pire, le point de départ de cette « panique des marchés » a été la hausse des salaires de 2,9 % aux États-Unis. Si les « marchés financiers » se sont effondrés, c’est parce qu’ils ont l’impression que les salariés peuvent désormais s’inviter à la table du partage de la création des richesses…

En clair, « les marchés » sanctionnent le fait que toute la création de richesse ne puisse plus aller uniquement aux actionnaires et que les travailleurs semblent pouvoir réclamer quelques miettes du fait d’un faible taux de chômage.

Déjà, ces statistiques sont trompeuses, tant les « hausses de salaires » peuvent se concentrer sur les plus hauts salaires et totalement ignorer 90, voir 99 % de la population. Mais derrière se profile une évolution fondamentale : la remontée des taux d’intérêts s’amorce, du fait d’une remontée légère de l’inflation et de « la reprise ».

En France, les taux à 10 ans ont quasiment doublé en quelques semaines. Il faut rappeler ici le rôle des « mouvements de taux » en 1987

En effet, ces mouvements jouent sur « l’offre » et « la demande » de titres. Si le rendement des emprunts d’État et des placements monétaires monte, alors une part plus importante de la demande se tourne vers eux au détriment des actions, d’autant plus qu’elles sont assez chères, provoquant la chute de leur cours.

Bref, on peut penser que nous sommes dans un scénario propice à un « krach » immédiat. Mais il faut rappeler ici que ce n’est pas la première fois que les marchés tanguent fortement depuis le dernier « krach » : les soubresauts de la crise de la « zone euro » ou des marchés chinois ont déjà provoqué des frayeurs pas moins violentes dans les dernières années, sans qu’un vrai « krach » se produise.

Même si beaucoup d’indicateurs restent inquiétants, au premier rang desquels la bulle exubérante sur les « valeurs digitales » ou le simple niveau de Wall Street, bien plus haut qu’en 2007, et même si le risque qu’un « krach » se produise maintenant existe, je pense que le temps n’est pas encore venu pour la prochaine grande crise financière.

La crise de cette semaine pourrait n’être qu’un nouveau « coup de sang » des « marchés ». Il me semble encore manquer les facteurs qui transforment une forte crise en véritable « krach » : la faillite d’un fond ayant trop spéculé sur le " Bitcoin " ou celle d’une licorne comme " Uber " ou " Tesla ", qui ne parviendrait plus à financer ses pertes financières extravagantes.

Bien sûr, la prévision financière est un exercice un peu futile tant le comportement des « marchés » est exubérant et irrationnel, mais c’est aussi un moyen de chercher à comprendre notre époque.

Même si les déséquilibres qui s’accumulent sont colossaux et finiront par provoquer un « krach », je crois que nous n’avons pas encore atteint le point de « grand retournement ».

D’ici à 3 ans ?

Laurent Herblay

AgoraVox