Le nécessaire, l’utile, le superflu et enfin le nuisible

, par  DMigneau , popularité : 17%

Le nécessaire, l’utile, le superflu et enfin le nuisible

Les Hommes politiques - et maintenant les économistes - se donnent pour tâche d’organiser les sociétés. Pourtant, ni la quantité, ni la qualité des richesses produites ne dépendent d’eux. Is n’ont jamais été les principaux contributeurs au mieux être des individus. Ce sont les scientifiques, les ingénieurs, les techniciens avec les poètes, les peintres et les philosophes qui ont sorti quelque peu sorti l’humanité de la barbarie.

Le mieux-être d’une population dépend en premier lieu du type d’énergie et de la quantité qu’elle a à sa disposition. La révolution industrielle a été marquée par une augmentation considérable de la consommation d’énergies fossiles permettant de se passer, pour partie, des forces humaines.

Ainsi entre 1787 et 1996, leur consommation en France a été multipliée par près de 40 [1]. Le développement actuel est d’abord lié à l’utilisation massive d’une « énergie solaire accumulée » sous forme de charbon, de pétrole, de gaz. Encore fallait-il faire quelque chose d’utile de cette énergie.

Lorsqu’on suit les avancées scientifiques et techniques sans tenir compte des livres d’histoire, on s’aperçoit que les faits politiques - tout comme les politiciens - disparaissent dans le bruit de fond de l’agitation humaine.

En se contentant de l’énergie immédiatement disponible (bois, cours d’eau, vent…), l’Homme inventa maintes choses pour utiliser au mieux les ressources. L’invention de la roue date du IVe millénaire av. J.-C comme l’atteste la représentation d’un chariot en Mésopotamie. Le cadran solaire, le télescope, la catapulte, la vis d’Archimède sont quelques unes des autres innombrables inventions faites préalablement à l’ère du carbone.

L’utilisation frénétique des énergies fossiles - l’ère du carbone - commence vers 1720 par l’essor du procédé métallurgique de la fonte au coke. Un siècle entier s’écoulera cependant avant que ne disparaissent complètement les fourneaux au charbon de bois.

L’entrée de plain pied dans l’ère des énergies fossiles commençait. L’apparition des machines à vapeur puis d’une locomotive en 1817 va conduire à une multiplication considérable de la consommation de charbon : de vastes réseaux de chemin de fer seront construits dès 1830.

La foudre et le frottement de l’ambre permettent de voir ou d’engendrer de l’électricité naturelle, mais beaucoup de talents seront nécessaires pour l’apprivoiser.

Un premier générateur électrostatique « à frottement » fut fabriqué par Francis Hauksbee en 1705.

En 1799, Alessandro Volta invente la pile électrique en empilant alternativement des disques de cuivre et de zinc séparés par du feutre imbibé d’acide.

Les lois sur le phénomène d’électrolyse sont édictées par Michael Faraday en 1834 à une époque où la nature ionique des électrolytes n’était pas encore connue.

En 1832, Hippolyte Pixii, constructeur d’instruments de physique à Paris, réalise la première machine électrique à induction permettant l’obtention de courant alternatif.

Thomas Edison, autodidacte fertile, qui a amélioré la lampe à incandescence découverte par J. Swan en 1879 fonde l’Edison Electric Light Company en 1882.

Cette compagnie créera la première centrale électrique à charbon pour produire du courant continu dans le quartier de Wall Street à Manhattan. Une innovation clé fut ensuite le moteur électrique à courant alternatif, objet d’un brevet en 1887 déposé par Nikola Tesla. Il permet la conversion de l’énergie électrique en énergie mécanique.

En 1946, à l’Université de Pennsylvanie, ENIAC, le tout premier ordinateur, voit le jour, il pèse 30 tonnes et utilise des diodes à vide.

En 1947, les laboratoires Bell testent les premiers transistors. Ils sont complétés par les MOSFET en 1960 de Martin Atalla et Dawon Khang.

Les circuits intégrés permirent d’en interconnecter des milliers, puis des millions (1971 : 2300 ;1995 : 5,5 millions) changeant les caractéristiques des ordinateurs.

La suite d’instructions permettant de résoudre un problème donné est nommée " algorithme " du nom d’un mathématicien arabe du IXe siècle. Dès 1938, D. Knuth avait listé les propriétés requises pour un algorithme. Le principe de l’effet photoélectrique (transformation directe de la lumière en électricité) a été trouvé dès 1839 par Antoine Becquerel et son fils Edmond Becquerel.

En 1954, les laboratoires Bell présentent la première cellule « photovoltaïque » présentant un rendement de 4 %.

La plupart des découvertes et inventions utilisées de nos jours existaient déjà aux environs du milieu du XXe siècle. En mal d’innovations techniques, les sociétés occidentales se tournèrent alors de plus en plus vers le secteur des services pour augmenter la quantité de « richesses » produites.

Le poids de l’industrie est en France de 27 % en 1949, il diminue à 14 % en 2007. Dans le même temps, celui de l’agriculture fond de 21 % à 2 %.

La base même de la civilisation occidentale changeait de registre : les « vérités » scientifiques contestables et réfutables s’effaçaient pour laisser place à une vérité par le nombre : il suffira d’être cru par une multitude pour cela devienne vrai.

Le marchant fait, en effet, constamment appel à la « réclame », à la publicité, la communication de masse. La société du spectacle prit spectaculairement son essor.

Dans ce cadre, des professionnels du conditionnement des masses sont mobilisés pour servir des intérêts privés ou politiquement " corrects ". Le conditionnement repose sur l’émotion, l’affectif, le sentiment. Des doses homéopathiques de raison ne sont ajoutées que pour que le reste garde un minimum de crédibilité.

Les idéologies font place à une antienne unique divinisée : celle du libéralisme dont le nom même repose sur une escroquerie car utilisant le mot " libéral " pour désigner un économisme barbare.

Les révolutions numérique et " informationnelle " seraient censées mettre la connaissance au cœur des processus productifs. Il est certain que les téléphones et ordinateurs portables ont considérablement augmenté la connectique, le nombre de correspondants ou « d’amis », de chaque individu.

Il faut toutefois se demander pourquoi un stratège comme Napoléon déclarait : « Un mauvais général vaut mieux que deux bons ». En effet, que des personnes rassemblées cherchent plus à se nuire qu’à unir leurs réflexions est une banalité.

Le cerveau comprend de l’ordre de 100 milliards de neurones, chacun possède plusieurs milliers de connections avec ses voisins, le tout forme un système intelligent. Une coopération fructueuse entre semblables semble donc biologiquement possible.

En fait, le traitement neuronal conduit à l’intelligence car la transmission de l’information élimine le bruit de fond, l’accessoire, le futile. Un neurone donné reçoit des signaux d’un certain nombre de ses homologues : il va alors sommer ces signaux et réagir uniquement si un seuil est dépassé.

Un équivalent de ce seuil n’existe pas dans les réseaux de l’internet.

Une collectivité ne peut pas engendrer un degré d’intelligence inaccessible à des individus isolés car les échanges entre éléments sont trop sensibles aux bruits et trop emprunts d’émotion, de ferveur, d’admiration, de mépris, tous ces soubresauts d’affectif qui polluent un traitement efficace de l’information.

Une information doit être échangée sous forme binaire pour être traitée correctement, jamais sous forme de « peut-être », de « il paraît », de « je pense ».

Être plutôt qu’avoir relève de la morale mais il offre un choix clair infiniment plus efficace pour vivre ensemble qu’une concurrence jamais libre et toujours faussée.

La connectique planétaire régentée par quelques « surhommes » d’un nouveau monde devenu bien ancien permet de faire passer l’humanité du superflu au nuisible.

Jacques-Robert SIMON

AgoraVox

[1] Jean-Marie Martin-Amouroux Usages de l’énergie Article 60 (2015)