Le mea culpa bancal de Jack Lang, confronté à une tribune " pro pédophilie " dont il était signataire

, par  DMigneau , popularité : 0%

Le mea culpa bancal de Jack Lang, confronté à une tribune " pro pédophilie " dont il était signataire

Jack Lang. Capture d’écran " Europe 1 "

Jack Lang, ancien ministre de la culture de François Mitterrand, était interrogé ce lundi 18 janvier sur " Europe 1 " à propos de " l’affaire Olivier Duhamel " et, par ricochet, d’une tribune de 1977 défendant la pédophilie au nom de la liberté sexuelle dont il était signataire. " Une connerie ", selon Jack Lang, dont le " mea culpa " n’en reste pas moins bancal.

Sur le gril. Ce lundi 18 janvier, sur " Europe 1 ", Jack Lang, ancien ministre de la culture de François Mitterrand, était interrogé sur " l’affaire Olivier Duhamel " et, par ricochet, sur une tribune signée de sa main en 1977 défendant la pédophilie au nom de la liberté sexuelle.

" Une connerie ", selon l’ancien ministre qui, tout en condamnant les actes imputés à Olivier Duhamel, n’a rien trouvé de mieux, pour s’en désolidariser complètement, que de prétendre ne pas appartenir au milieu de " la gauche intellectuelle " parisienne.

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" Je ne vis pas dans ces milieux dont vous parlez "

Pour rappel, le célèbre politologue, contraint de démissionner de ses fonctions au " Siècle ", au sein de la revue " Pouvoirs " et à " Sciences Po ", est accusé dans un livre de sa belle-fille, Camille Kouchner, d’avoir abusé de son beau-fils à la fin des années 80.

" C’est une honte ce qui a été accompli par Olivier Duhamel. C’est une honte, il n’y a pas de mot pour désigner l’inceste, la pédophilie. C’est révoltant , commente Jack Lang. Ça me révolte d’autant plus que j’ai connu, comme collègue - je suis professeur de droit comme lui -, Olivier Duhamel, qui - est par ailleurs - un grand juriste. Nous avons participé ensemble à l’élaboration de la réforme constitutionnelle à l’époque de Nicolas Sarkozy ", explique-t-il.

Alors que Camille Kouchner affirme que plusieurs membres du vaste réseau d’Olivier Duhamel étaient au courant de ses agissements présumés, Jack Lang - pas cité par l’autrice – assure n’avoir jamais participé à cette forme d’omerta, ignorant tout de l’affaire.

" Je ne fréquente pas ces milieux, je vis en dehors de tout ça. Je ne vis pas dans ces milieux dont vous parlez ", ose-t-il.

Pugnace, l’intervieweuse Sonia Mabrouk insiste : « Quels milieux ? C’est une " gauche caviar " parisienne ? C’est un " entre-soi culturel " ? »

Il faut se pincer pour croire à la réponse de l’inventeur de la " Fête de la musique " : « Je n’ai rien à voir avec ça madame. Je suis un homme d’action, je suis à la tête de " l’Institut du Monde arabe ", je suis un universitaire et je ne participe pas à des mondanités qui me sont totalement étrangères. »"

Pour un peu, Jack Lang assurerait qu’il a vécu en ermite dans une bergerie de Lozère ces quarante dernières années. Rappelons tout de même, comme le rapportait " Le Monde " dans l’article par lequel le scandale est arrivé, qu’Evelyne Pisier, mère de Camille Kouchner, a été nommée à la direction du livre du ministère de la culture par un certain Lang, Jack.

Ce qui n’empêche pas ce dernier d’arriver à cette imparable conclusion : " Par conséquent, j’ai découvert comme vous, en lisant ici ou là, ce qui se passait ici et là. "

Soit, mais pourquoi prendre " les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages " ?

" Trois ans de prison pour des caresses et des baisers "

La " tempête Duhamel ", survenue, comme l’ont relaté nos confrères, dans un milieu " post soixante-huitards " auquel Jack Lang n’est pas étranger, a notamment fait remonter à la surface une tribune publiée il y a 44 ans dans le journal du soir, dans laquelle " le gratin " de la " gauche intellectuelle " prend la défense de trois personnes alors accusées " d’attentats à la pudeur sans violence sur mineurs de quinze ans ", soit de pédophilie.

Le nom de celui qui n’était pas encore ministre de la Culture figure parmi ses signataires. Parmi ces derniers : Louis Aragon, Francis Ponge, Roland Barthes, Simone de Beauvoir, Patrice Chéreau, André Glucksmann, Guy Hocquenghem, Bernard Kouchner - père de la victime présumée d’Olivier Duhamel - Gabriel Matzneff - visé par une enquête pour " viols sur mineurs de moins de 15 ans " -, Jean-Paul Sartre, Philippe Sollers.

Les trois hommes, condamnés à cinq ans de prison " avec sursis ", avaient, comme le procès l’a établi, entraîné de jeunes adolescents de douze ou treize ans, parfois frère et sœur, dans des jeux sexuels organisés, photographiés et filmés.

Comme l’a relevé " Libération ", c’est Gabriel Matzneff qui tenait alors la plume. Qualifiant ce cas de pédophilie de « simple affaire de " mœurs ", où les enfants n’ont pas été victimes de la moindre violence, mais, au contraire (…) étaient consentants », il écrivait : "« Nous considérons qu’il y a une disproportion manifeste, d’une part, entre la qualification de " crime " qui justifie une telle sévérité et la nature des faits reprochés ; d’autre part, entre le caractère désuet de la loi et la réalité quotidienne d’une société qui tend à reconnaître chez les enfants et les adolescents l’existence d’une vie sexuelle (…). »"

Ou encore, sans discernement entre la position d’auteur et celle de victime : " La loi française se contredit lorsqu’elle reconnaît une capacité de discernement à un mineur de treize ou quatorze ans qu’elle peut juger et condamner, alors qu’elle lui refuse cette capacité quand il s’agit de sa vie affective et sexuelle. "

Le texte s’achevait par cette sortie aujourd’hui hallucinante : " Trois ans de prison pour des caresses et des baisers, cela suffit. "

" C’était une autre époque, c’est une connerie ", regrette Jack Lang.

" On était très nombreux à l’époque à signer ça. C’était Daniel Cohn-Bendit, c’était Michel Foucault, c’était une série d’intellectuels ", explique-t-il – les deux personnalités citées par le " socialiste " ne font pourtant pas partie de la liste des signataires.

Jack Lang poursuit son " mea culpa ", tentant de rappeler le contexte de cette tribune : « C’était " l’après 68 " et nous étions portés par une espèce de vision libertaire fautive. Cette pétition, qui remonte à plus de quarante ans était une connerie inacceptable. »

Autre temps, autres mœurs ?

" Si on ouvre le débat, à l’époque nous n’étions pas seuls à dire cela, il y avait même des personnes éminentes, je pense à Catherine Dolto, même si elle était prudente, à professer ce genre d’appréciation. Ce n’est pas mon sentiment aujourd’hui ", avance encore Jack Lang.

" Basta ! "

Lequel, affirmant ne pas " avoir à se justifier à l’instant ", enchaîne les lapsus malheureux : " Je combats - et j’ai combattu - en permanence l’inceste, la pédophilie, cette violence sexuelle. J’ai été un militant permanent, en particulier des violences faites aux femmes (…). Aujourd’hui, nous sommes en lutte, les uns et les autres, contre l’inceste, les atteintes à la pédophilie, les atteintes aux mineurs. C’est révoltant. "

Agacé, Jack Lang tente de fermer le ban : " Qu’est-ce que je dois faire ? M’immoler devant vous ? Je ne peux rien dire de plus. On a fait une connerie, basta ! Mais depuis lors, j’ai combattu comme tant d’autres contre ce genre de bêtise. "

Le président de " l’Institut du monde Arabe " contre-attaque même sur " l’affaire Kouchner-Duhamel " : " Votre histoire de l’affaire Duhamel qui entache la gauche, c’est inadmissible de dire ça. Moi, je n’ai pas de rapport avec cette famille, pratiquement pas ", déclare-t-il, malgré les liens évoqués plus haut avec Evelyne Pisier.

Et d’ajouter, comme si la responsabilité d’une partie de " l’intelligentsia " de " la gauche " s’en trouvait diluée : " Aujourd’hui, l’omerta - si elle existe, elle existe d’ailleurs - elle existe partout en France. Elle ne concerne pas la gauche, elle ne concerne pas la droite, elle concerne toutes les familles, tous les milieux. C’est dans des villages et dans des villes, et c’est une chose abominable et monstrueuse. "

Poussé dans ses retranchements, Jack Lang est interrogé sur des " rumeurs " qui le concerneraient, sans plus de précision.

" Ah non, les rumeurs me concernant, alors là ça me laisse de glace. Je ne regarde pas les réseaux sociaux, les choses se répètent à l’envi, je suis clair en moi, animé par un idéal de vérité, de justice ", balaie-t-il, avant de dénicher un surprenant exemple : " Les rumeurs, tous les hommes politiques en ont subies. François Mitterrand, que j’aimais (…), a été l’un des hommes les plus haïs de France. On a propagé sur lui les pires saloperies, c’est la vie… "

Dans le cas de l’ancien président, cependant, toutes les rumeurs n’étaient pas infondées.

Louis NADAU

Marianne